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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 15:51

This is it. The Psycho-Batave contest is now over and we are pleased to unveil the names of the winners.

 

Category 1 : Deep Soul 1964................................................MDS with  "Prickett Smith - The Girl Don't Know (What Hit Her) / Gonna Buy Me A Ticket (Clayton 66981)"

Category 2  : Teen trauma 1966.............................................PSPOT with ""Stop Hasslin' Me/I Quit"-Captain And The Crunches (IT) "

Category 3 : Psych/Prog 1970.................................................MDS with "Zenn Diagram - Dreams In A Mirror / A Hit Of Sunshine (Saphyre CR74326)"

Thank you.

 

MDS, double-winner

*

PSPOT

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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 17:38

            -Boulter Lewis, je vous livre mais ne vous abandonne pas, à la très salutaire pestilence de la terrible Chambre Terrible, en espérant que vous n’y défaillirez pas à l’exemple d’une jeune couventine qui verrait pour la première fois le lupanar auquel la destine un bien méchant oncle.

            Uder Mermouch sourit avec étroitesse et me laissa observer le contenu de cette pièce, qui devait être l’antichambre du lieu où se tenait Jean-Pop 2. Et je dus me pencher sur les quelques objets qu’elle contenait pour seulement commencer d’y réfléchir. La main, cette main que Mermouch me faisait miroiter, occupait mes pensées, aussi je m’agaçais de la contrainte qui m’était imposée de vaquer dans cet endroit sans inspiration ni goût. Les objets dont je relevais la présence étaient sans exception extrêmement déplaisants. Je soupirais. Alors Mermouch, dont c’était le tour de s’agacer, décida de rompre là mon inspection de la Chambre : « Y voyez-vous clair, Lewis ? Ou bien la dureté de votre périple a-t-elle atrophié votre jugement ? Est-ce là le fier Chief Lewis de la redouble garde-montée de Concord, Massachussets, le bras armé du Psycho-Batave, celui qui alliait au sûr maniement du gourdin une perspicacité et un cœur tels qu’ils le firent remarquer de Randall Webb qui vit en lui non seulement un directeur d’opérations mais aussi un directeur de conscience auprès des jeunes populations suburbaines de son Etat ?

            - Je peux admettre, Mermouch, que dans l’isolement où vous croupissez, vous élaboriez de longues joutes du Discours, et que trop heureux d’accueillir ce que dans la langue de Buvnana, on nomme un Phrère, vous lui fassiez subir le résultat courroucé de votre activité mentale. Mais à la décharge de celui qui vous écoute, embarrassé, sachez qu’aujourd’hui, peu après mon arrivée au pied de l’Elbourz, on m’a initié aux Mystères du Bulgare et évoqué devant moi, avec une grande pudeur, la mort du génie Marvin Marty. Considérez que ma cervelle a été nourrie à foison.

- Bon. Il n’y a donc pas lieu d’y revenir. La Chambre Terrible, Lewis, a été conçue pour répondre à la marche négative de l’esprit chez certains individus, parmi lesquels vous comptez peut-être. Les uns accèdent immédiatement à leur désir, ne le poursuivant que pour ce qu’il est et se moquant, ignorant ce à quoi leur désir se heurte ; les autres ne connaissent pas cette facilité d’élection, il leur faut d’abord, et ensuite régulièrement, écarter des désirs infâmes, ceux-là doivent vivifier leur amour en détestant ce qui trahit cet amour, ils adoptent une marche négative de la pensée, par dégoûts stimulants, si vous voulez. Rien n’est enviable dans cette disposition d’esprit, elle oblige celui qui en est pourvu à toujours se frotter à la mauvaise engeance, sa mauvaise engeance : il ne lui est pas offert de goûter simplement et immédiatement à son désir, il doit l’affronter à ce qui le menace pour en sentir le prix. Il est évident que les premiers sont enviés par les seconds, parce qu’on ne retire aucune connaissance valable de la fréquentation de son ennemi quand on recherche chez lui, non sa nature, mais un point à partir duquel, comme un ressort, on revient plus aimant vers son désir à soi. La tendance est présente chez l’enfant qui ne veut entrevoir le monstre que pour le bonheur de se cacher, ou bien lorsqu’il regarde la neige ou les éclairs, puis s’enveloppe de chaudes couvertures. Je vous parle d’enfants, parce qu’ils sont souvent considérés à tort comme les êtres immédiats, alors que bien des comportements chez eux révèlent déjà un art du médiat. Bref, notre Chambre Terrible recèle une concentration assez conséquente de ces petits artefacts propres à susciter l’irritation d’un Psycho-Batave et qui vous prépareront à la compagnie onctueuse de notre cher Jean Pop 2.

- Une sorte de purge, n’est-ce pas ? Qui vous dit que j’appartiens à cette seconde catégorie d’individus, celle dont vous prétendez qu’ils adoptent une « marche négative de l’esprit » ?

- Oh, je ne suppose rien du tout sur votre appartenance à telle famille d’esprits. Utilisez cette Chambre, ou bien ne l’utilisez pas. Je vous l’ai présentée, cela ne signifie pas que je vous y destine, que je vous en recommande l’usage. Vous faites comme bon vous semble, gros Yankee.

- Pardon, pourquoi ajoutez-vous « Gros Yankee » ?

- Pas de méprise, Lewis. Je ne suis pas comme Poire et d’autres, tombé sous le charme du Sud : toute cette fascination pour la terre maudite et aristocratique est source d’affèteries que je n’apprécie pas. Par « Yankee », je voulais vous signaler mon attachement pour ces Etats industrieux et pratiques du Nord, leurs belles institutions, leurs impeccables établissements bancaires et universitaires. Quant à « gros », il suffit à prouver que je ne suis pas hypocrite au point de nier la corpulence de mon interlocuteur, que je l’honore et lui souhaite de durer.

- Vous prétendez ne pas m’obliger à écorcher mes nerfs dans cette pièce et cependant, vous ne semblez pas m’indiquer d’autre issue.

- Parce que vous n’en voyez guère, que vous ne recherchez pas cette issue, au fond.

- Ce type d’argutie passe toute mesure, je m’en vais vous briser les vertèbres et je n’emploierai pour cela que mes mains !

- Gare, Lewis ! »

Soudain, je fus en mesure de comprendre le défi qui m’était lancé, quand mon regard se posa sur un médiocre foulard multicolore, et alors, par coups d’œil successifs, tout forma un système de représentations qui figura pour moi les règnes honnis du Psycho-Batave. Le moindre objet révélait son ennemi et mon esprit fut tout entier soulevé de la colère des Titans. Le lecteur me permettra de renoncer ici à tout effet dramatique, auquel je préférerai une synthèse claire de mes observations. Jamais je ne pus nommer aussi exactement les exécrations du Psycho-Batave, jamais je ne vis d’aussi près la nature de ce qui, pendant les quatre dernières décennies, flétrit le cœur de mon ami Randall Webb.

Une première série d’objets se regroupait sous l’idée du Règne de l’Animal, toutes conceptions grossières, appuyées, de la musique. Il y avait d’abord nos opposants les mieux connus, les Hippies crasseux de San Francisco, qui furent les promoteurs du flou, du nébuleux, de l’interminable, qui exposèrent les fins tissus du Psycho-Batave au soleil meurtrier du concert à ciel ouvert, dont l’avatar le plus obscène est bien le « festival », et qui plus tard fournit le cadre attendu aux manifestations abjectes du « folklore ». Cela, la scène WASP du folk l’avait par ailleurs déjà réalisé, mais comme on s’en doute, une initiative de la Nouvelle-Angleterre n’est jamais généreuse, elle se laisse oublier et n’engendre guère de rassemblement. Les Bouchers du rock « metal » et « progressif » entérinaient et cette dissolution des rapports et cette massification, du volume, de la durée, des instruments, de la structure. Boucherie, oui, liée à la bêtise des instincts et de la culture. On n’opposera pas trop facilement une musique instinctive à une musique cérébrale, quand ce qui détermine la valeur d’un instinct ou d’un mouvement de l’esprit est bien l’usage droit que l’on en fait. De ce point de vue, celui d’un usage stupide et faux des instincts et de la raison, nous jugerons que Black Sabbath, Genesis et les Sex Pistols sont un seul et même groupe, parce qu’ils pataugent dans la même merde. Je terminerais la description de ce Règne par son espèce la moins soupçonnée : les Anglocentristes, qu’ils enveloppent leur carcasse galeuse de l’Union Jack ou bien exacerbent leur dandysme. L’anglocentrisme est cette tentation qui révèle combien nous nous déterminons par rapport aux gigantesques Etats-Unis : nous en rejetons la culture du spectacle, qui ne nous paraît pas convenir à l’intelligence et au goût, mais nous reportons notre affection sur le pays d’Europe qui, entre tous les pays d’Europe, a enfanté les Etats-Unis. Les Anglais ne sont ni les plus subtils, ni les plus pervers, ni les plus raffinés, ni les plus choquants. Hormis The Beatles et Joe Meek, tout est allé de travers dans ce pays, que les fiertés 1.nationale, 2. prolétaire, 3. urbaine, ont remisé parmi les régions à folklore. L’Angleterre du Music-Hall, telle que Greg Shaw, d’un regard absolument neuf et englobant, la vit un jour. Ce désastre folklorique, un groupe nous permet de le saisir dans sa progression : The Kinks, et un autre groupe a toujours témoigné de son horreur, souillant d‘abord le mouvement Mod, inventant l’opera-rock, et culminant dans le stadium-rock, ce groupe haïssable quatorze fois, le plus immonde de tous, est The Who, dont nous reparlerons tant le pédophile Pete Townshend est décidément l’addition de toutes les tares que nous évoquons ici. Lou Reed lui-même ne témoigne pas d’une telle complétude dans l’abjection.

                                               Pete Townshend

Une deuxième série d’objets faisait écho au Règne de la Magie, auquel participent malgré eux, certains bons éléments du Psycho-Batave. Les chamans, qu’on dit « possédés », en constituent le premier groupe, en nombre et en importance. Non contents d’abasourdir ou de négliger la musique à l’avantage de leur personnalité dégoulinante et totalitaire, ils renouent avec l’image romantique et primitiviste du Poète. Cette image avait son sens, sa pertinence dans la première moitié du XIXème siècle, dans le domaine littéraire surtout, mais au cœur de la révolution Psycho-Batave, elle est un embarras, une honte, et même une vomissure. En outre, le chaman transpire, il transpire tellement que la transpiration devient le signe de son élection. Il ne s’agit pas d’une transpiration de traître, c’est la transpiration des entrailles, qu’on croit la mesure de la sincérité, de l’urgence, cette même-transpiration est le corollaire enfantin de « l’inspiration ». Dans sa forme extrême, le chaman laisse place au prophète, qui associe au délire narcissique une volonté de contrôle, qui a bien compris que le premier, par sa puissance démonstrative, pouvait nourrir la seconde. Très souvent, le shaman suit la pente qui le mène au prophétisme : ainsi Jim Morrison. De plus rares fois, il se désempêtre de tout cela à la faveur d’un accident qui lui apprend le ridicule de sa posture. Bob Dylan connut cette lucidité : du chaman qu’il fut, il n’y eut nul prophète. Les pâtres , enfin, désignent la variété la plus inoffensive de nos « inspirés » ou « possédés » ; si leur douceur bucolique inverse les manifestations les plus sordides décrites plus haut, on doit néanmoins s’inquiéter de la confiscation de l’idée de poésie dont ils se rendent actuellement coupables. Les pâtres sont ceux-là même qui se sont emparés de l’enfance, de ce qu’ils lui supposent de candeur et de créativité ( !) pour l’affronter aux conflits de l’âge adulte ou aux peurs profondes de l’être humain, et obtiennent pour tout résultat le « doux-amer », comme on dit, « l’acidulé-poivré », le « lisse-rongé de l’intérieur » et autres fadaises bêtement contradictoires.

Une troisième série d’objets renvoyait au Règne du Peuple. Plus que jamais, le souci du Peuple, de son approbation, marque les temps contemporains. Le goût des Peuples nous caractérise. Il faut les connaître, les pratiquer, et les honorer. Il est aujourd’hui très scandaleux de décréter la nullité spirituelle ou artistique d’un Peuple. Nous sommes tout de suite suspectés d’allégeance aux théories nazies. Les protélaristes/prolétarophiles jouissent d’un immense crédit qu’il est quasi impossible d’entamer. L’histoire ancienne de la musique populaire américaine est en effet liée à la représentation du Pauvre, celui des champs et celui des villes. Quantité de très belles œuvres Psycho-Bataves, à l’image des « Workin’ Man » et « Low-Class Man » de Dean Carter, continuent de nourrir la mythologie du Prolétaire. Il ne faut donc pas la traiter de haut et pourtant, il convient de s’en défier quand celui qui s’en réclame recherche un traitement populaire d’une matière populaire. Le Peuple est bon dans les mains des Nantis, parce que lui-même, le peuple, est incapable de se saisir dans une forme artistique satisfaisante. Les romans d’amour français du XVIIème Siècle mettaient en scène des bergers, comme la vieille poésie latine, et c’était un divertissement de Cour. De même, les Prolétaires ne doivent pas être ceux qui offriront de leur vie une représentation artistique correcte. Le Psycho-Batave l’exige, qui méprise Bruce Springsteen, prolétarophile notoire, dont l’humilité feinte n’a jamais produit que de grasses et grossières tranches de rock FM. Avec l’ultra-stylisé « Dode’s Kaden », Akira Kurosawa fait davantage en faveur du Pauvre que l’œuvre entière du plus infect ressortissant de l’Etat du New Jersey, qui, nous le suggérons maintenant, afin de préserver l’aura très Psycho-Batave qui est la sienne, doit interdire de séjour Bruce Springsteen, et l’exiler au Pays Basque, ou bien en R.D.A. Nous ne prendrons pas la peine d’accabler les piteux Humanitaristes qui ne trouvent pas de Peuple à leur mesure dans le quartier résidentiel, protégé et surveillé, où leurs villas de magnats de la pornographie s’érigent, et qui, par conséquent, reportent leur affection sur des tribus amazoniennes, dont le savoir millénaire et l’éthique de vie si pure forcent l’admiration. Notre peine, nous la prendrons davantage à l’encontre des révolutionnaires, saliveurs impénitents, parce qu’ils ne sont évidemment pas les véritables révolutionnaires. Le Psycho-Batave a reconnu l’infinie promesse d’une vie meilleure dans la musique de The Gestures, et a refusé très nettement les singeries bruyantes des MC5. Mais puisqu’il s’agit d’évoquer les musiques qui, en leur temps et au-delà, firent l’effet de missiles, je me rappelle, les larmes aux yeux, ces temps de prosélytisme où, tâchant de mon mieux de pallier l’absence de Randall Webb, parti en Floride puis en Europe, j’apprenais aux jeunes générations à bien séparer le geste à la fois cinglant et amical du Northwest Sound du geste lourd et empâté du MC5, j’attirais leur attention sur les saines et simples propositions de The Wailers et fustigeais la bave rhétorique et musicale du premier groupe de la décadence de Detroit.

                                                        MC5

Une quatrième série, enfin, symbolisait le Règne du Mondain. Et j’entends par là autre chose que la mondanité, plutôt le mauvais génie des villes, la pègre de l’avant-garde, tant est avéré le fait que nulle avant-garde n’est désormais possible ou acceptable depuis que les sociétés occidentales sont devenues richissimes au milieu des années 1960. J’ai toujours considéré que la véritable avant-garde était l’ultime fantaisie de l’aristocratie, comme son chant de l’irresponsabilité. Irresponsabilité devant la valeur marchande d’une création. Ce sens de l’irresponsabilité étant perdu à jamais, l’avant-garde n’est plus envisageable, et si l’on persiste à en parler, celle-ci n’est qu’une farce. De ce règne que j’appelle Règne du Mondain participent certains escrocs au premier rang desquels le putrescent Lou Reed et le bouffon Frank Zappa. J’ai à de nombreuses reprises connu le bonheur de cogner sur le premier mais le second, je l’ai toujours fui avec application. Lou Reed est en effet sujet à des crises de laconisme ou de mutisme qui rendent supportables sa bastonnade ; tandis que Frank Zappa, vous pouvez craindre qu’il se mette à gesticuler et à pérorer, qu’il ricane entre deux slogans qu’il aura lancés contre l’uniformisation ou le capitalisme. Les décadents sont les chiffes-molles idéales, ceux dont la passion pour l’ordure et l’excès invitent presque à les détruire, afin de les constituer eux-mêmes, à leurs yeux, comme des réalisations parfaites. Don Creux, lorsque nous partions en quête de putains expertes à Tijuana,  goûtait fort peu mon acharnement contre les musiques locales, et m’asséna une fois : « La ville aussi a ses ploucs, et, Boulter, mec, tu ne les accables pas assez ». Les décadents sont les ploucs de la ville ; comme ceux des campagnes, ils célèbrent avec morbidité leur quant-à-soi. Je trouvai là une raison supplémentaire de décrier le turpide Lou Reed. Au cours des années qui suivirent, marquées par la disparition de Don Creux, l’étiolement mental de Marvin Marty et l’étrange asile néerlandais de Randall Webb, je perçus Lou Reed comme un publiciste. Car un temps vient où le décadent désireux de rencontrer le marché doit non seulement étaler sa maigre et triste collection de fétiches mais surtout s’efforcer d’en renouveler la présentation. Alors l’esprit du publiciste se fait jour, cet esprit qui ressasse quelques motifs plus du tout choquants au point de les faire passer pour ce qu’ils n’auraient pas dû être : des banalités. Frank Zappa est-il plus infâme ? Le satiriste finit de nous écoeurer avec son cynisme convenu et l’insigne médiocrité de sa vision musicale. Il cherche bien entendu à déconstruire ces musiques commerciales, débilitantes et radiophoniques qui piègent nos consciences, et à cette fin, très naturellement, il maîtrise l’idiome du Jaz. Oui, le satiriste aime le Jaz, qui possède un cerveau.

 

 

                                                            Un groupe de jaz

 

 

 

            Je n’en pouvais plus. Le Jaz vint à bout de ma ténacité. Je manquai de m’effondrer lorsque Mermouch me retint par le bras : « Je vous avais promis une main, Lewis : elle approche. » Et nous quittâmes enfin la Chambre Terrible, qui m’avait exténué et dont je pouvais espérer qu’elle relèverait ma jouissance, sitôt la porte franchie. Une lumière douce fondit sur moi.

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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 12:08

Marine

Dernière émission de l'année ! Mais le Centre d'études Psycho-Bataves ne chôme pas pendant l'été puisque nous préparons le premier Cahier du Centre, à paraître à la rentrée. Yeah.

Phrase de la semaine : "C'est un groupe de l'halètement, avec un H." (M. Poire)

The Thunderbolts "The fisherman"

The Great Lakes "We'll build our own kind of love"

The Ricochetts "Losing you"

The Ricochettes "I don't want you"

The Tidal Wave "Searching for love"

The Nightcrawlers "The last ship"

Thor's Hammer "By the sea"

Alan Burns with The Ushers "Whirlpool"

The Denims "White ship"

The Charmells "Sea shells"

The Young Rascals "Too many fish in the sea"

The O'Jays "Lonely drifter"

Dennis Wilson "River song"

The Moon "Pirate"

The Majic Ship "Night time music"

The Ballroom "Sea of tears"

The Four Mints "Row my boat"

The "Fantastic" Group "Land of lakes"

North Atlantic Invasion Force "Blue and green gown"

The Painted Ship "And she said yeah"

James Carr "Pouring water on a drowning man"

Chimney Sweeps "Cold fish"

The Tidal Waves "She left me all alone"

Uder Mermouch a attribué à l'Oregon un indice de 3 sur l'échelle Psycho-Batave

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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 19:14

Diddley Beat

Ahhhh, Sred Sweign, Poire, Mermouch, le crew au complet... ça le fait grave les garçons.

Phrase de la semaine : "Bo Diddley rhythm, c'est ça ?" (Sred Sweign)

The Monterays "Bo-did-it"

Buddy Holly "Love's made a fool of you"

The Insect "Be good and go"

M. Lucky & The Gamblers "Take a look at me"

The Piece Kor "All I want is my baby back"

The Talismen "Castin' my spell"

The Treytones "Nonymous"

The Fabulous Blue Jays "I'll make you cry too"

Adrian Lloyd "Lorna"

The Easybeats "I'm just tryin"

The Night Riders "Pretty plaid skirt"

The Descendants "Lela"

The Yankee Rebels "I wanna know why"

The Troggs "Meet Jacqueline"

Dale Gregory & The Shouters "Did ya need to know"

Jerry & The Others "Don't cry to me"

The Colony "Pseudo psycho intuition (politician)"

Limey & The Yanks "Guaranteed love"

The Soul "Have it all your way"

Paul Revere & The Raiders "The great airplane strike"

Lawson & 4 More "If you want me you can find me"

The Impac "Rat-a-tat"

The Ugly Ducklings "She ain't no use to me"

Uder Mermouch a attribué à l'Oklahoma un indice de 5.1 sur l'échelle Psycho-Batave

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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 20:04

Sitar vs harpsichord

Poire de retour ! Certes amoindri mais encore en verve. Et il en fallait de la verve pour animer cette émission au bord du hippie, preuve une fois de plus que le Psycho-Batave se déplace dans les ans. Yeah.

Phrase de la semaine : "Le sybaritisme inquiet lui va à merveille" (Jeanpop2)

Andre Williams "The Stroke"

Darius "I feel the need to carry on"

Marcus "Grains of sand"

Soul Inc "60 miles high"

The Second Helping "Floating downstream on an inflatable rubber raft"

Chris & Craig "Isha"

The Misty Wizards "It's love"

Lee Dorsey "What you want is what you get"

The Chocolate Watch Band "Gone and passes by"

The Virgin Sleep "Love"

The Remains "Time of day"

The Twilights "The way they play"

The Nu-Dimensions "Another side"

David Ruffin "Each day is a lifetime"

The Supremes "Love is here and now you're gone"

The Impressions "Love's Happening"

Ronnie Mc Nair "Isn't she a pretty girl"

Billy Nichols "London social degree"

Johnson, Hawkins, Tatum & Durr "A world without you"

Ronnie Bird "Sad soul"

Phil Ochs "Cross my heart"

Uder Mermouch a attribué à l'Ohio un indice de 5.7 sur l'échelle Psycho-Batave

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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 19:11

Ville de New York, Manhattan, quartier du Bowery, milieu des années 1970, un soir d'été.

L'atmosphère est étouffante, il fait chaud et l'air est si fortement chargé d'humidité qu'à chaque inspiration on a l'impression d'avoir le visage coincé dans un inhalateur qui serait fixé à un brumisateur tiède et sale. Il se fait tard, la circulation reste intense mais fluide. Les trottoirs sont parcourus par l'habituelle faune de cette heure dégueulasse. Petites frappes en jeans moulants, maillots de corps blancs maculés de sueur, chaînes arborées sur des pectoraux ostentatoires, ils traînent sur les perrons de pierre, la mine agressive. Des nanas passent, vulgaires, remontées et tendues comme des crotales prêts à attaquer, elles allument vicieusement la feinte passivité de prédateur des michetons, ils se retrouveront. Ailleurs, des teenagers surlookés, pompes de sports et vestes étroites, les cheveux en bataille s'attardent. Cà et là, quelques noirs en groupes compacts échangent bruyamment, parlent avec force gesticulations, se vannant savamment les uns les autres. La rumeur de la métropole est impressionnante, il n'est pas encore assez tard pour qu'elle baisse jusqu'à devenir tolérable. Nous sommes dans ce coin de Manhattan situé juste au nord de Little Italy, à l'ouest du East Village et à l'est de Washington Square déjà infréquentable à cette heure-ci. Ce n'est pas downtown, pas midtown non plus, nous sommes dans l'estomac de Manhattan. On entend parler partout un anglais rapide, truffé de tournures argotiques, extrêmement imagé et codé du côté des noirs, plus cinglant et direct du côté des italo-américains qui reluquent depuis les perrons tout ce qui passe. Les 'th' sont prononcés 'd' ou au mieux 't', tous les 'r' disparaissent. Toute cette salade humaine, bouge, vibre, d'une manière souple, comme bridée, car on sent chez la plupart de ces jeunes hommes, ils ont entre 15 et 25 ans, un cocktail de potentialités explosives qui à tout moment pourrait s'exprimer autrement que par l'idiome saccadé de New York. La rue est d'une couleur marronasse plombée, les trottoirs sont dégueulasses, la chaussée très inégale est couverte des cicatrices de travaux s'étant succédés sur des décennies, c'est pourquoi les voitures roulent lentement, dans chaque angle c'est le carnaval des ordures. Ici naviguent à vue tous les désoeuvrés qui sortent enfin après l'insupportable journée passée enfermés chez leurs parents – dans des 'tenements' bruyants de cris, de pleurs, de rires d'enfants, de récriminations féminines dans un italien marqué du mezzogiorno – tous prêts à se remonter à bloc. Ils ont déjà fait passer quelques anxyolitiques ultra costauds avec du whisky bon marché allongé de bière. Les noirs tirent nerveusement sur des cigarettes roulées très odoriférantes. Les inclassables teenagers ont des regards pleins de paranoïa, les pilules sans doute.

Nous remontons un peu la rue vers Houston Street puis Broadway, dans ce coin qui est un tout petit peu moins orthogonal que le reste de Manhattan. Houston Street marque le début de la zone orthonormée de Manhattan où les rues et les avenues sont numérotées, les avenues courant du sud vers le nord, les rues les croisant implacablement à angle droit. Nous débouchons sur Houston, artère importante où l'activité est maladivement fébrile à cette heure. Nous ne nous laissons pas étourdir et cheminons sur le trottoir sud au milieu d'ombres en mouvement, croisant dans toutes les encoignures de portes des statues aux poses dégingandées, certaines autres plus sculpturales contre des poteaux d'indication. En fait nous allons vers la station Broadway-Lafayette où passent de très nombreuses lignes de métro en provenance et à destination surtout de Brooklyn, du Bronx et de Harlem. Nous savons que nous y trouverons les deux individus que nous cherchons, chacun provenant de son 'borough' respectif par le métro. Ils se sont donnés rendez-vous là, à la sortie de la bouche sur Lafayette. De Brooklyn on peut venir ici directement par les lignes de l'IND: K, F, D et B, du Bronx par les lignes de l'IRT: 4, 5 et 6. La nuit est tombée assez vite, nous ne sommes qu'à 40° de latitude nord et maintenant cette fausse obscurité typiquement urbaine nous entoure. La nuit doit être somptueusement étoilée plus loin sur Long Island car le ciel est dégagé mais il ne nous présente ici, au fond des perspectives que nous croisons, qu'un ocre pâle des plus douteux. L'éclairage créé un archipel de macadam et de pierres sur lequel on n'arrête pas d'avancer, un peu effrayé par sa vulgarité, son ampleur, on saute de bloc en bloc. Quand on regarde bien ces couloirs, ces corridors que sont ces avenues et ces rues, on se sent pris comme une souris parcourant le fond d'une gouttière ou un réseau tels que ces dédales de laboratoire pour cobayes et l'on ressent très nettement, si on se laisse un peu trop aller un à la constatation, une onde d'angoisse sourdre de la nuque et nous parcourir. Sentiment ou sensation commune ici, on sait ce que c'est, on n'est finalement pas plus inquiet que ça, on va retrouver dans quelques minutes au croisement avec Broadway, Alan Vega et Martin Rev.

Arrivé au croisement on repère tout de suite Alan Vega qui, sorti de la station, arpente d'une manière si considérable un espace si réduit. On le repère non pas à cause de sa taille qui est modeste mais parce qu'il fume comme un sapeur et qu'à travers le nuage de fumée qui l'entoure il émane de son visage une sorte de furie. Son visage est assez rond, il a les pommettes larges, un nez busqué et de grands yeux sombres en amande. Un visage qui nous évoque à la fois les rives méditerranéennes du moyen-orient et quelque chose d'ibérique. Son ascendance est juive ashkénaze, des confins de l'Ukraine avec la Pologne et un peu séfarade, de le péninsule ibérique. Il émane quelque chose de peu rassurant de son regard et de ses gestes. Il a les traits marqués, tirés et son teint mat clair est terreux, gris, ce qui fait ressortir d'autant plus l'iris noir des ses yeux, qu'il darde un peu partout et dans lesquels on perd les pupilles. Il déambule à tort et à travers mais quasiment sur place, il trépigne, portant frénétiquement à ses lèvres épaisses une cigarette filtre sur laquelle il tire lourdement. Nous tombons vraiment en arrêt face à ce personnage car il s'agit bien d'un 'character' comme le dit l'anglais, associant en un mot limpide les caractéristiques à la fois physiques et " morales " d'une personne. Nous le connaissons un peu déjà, pour l'avoir vu lors d'une de ses nombreuses prestations dans un des centres indépendants d'artistes plasticiens qu'il fréquente, flanqué de Martin Rev depuis 1971. Martin Rev vient d'ailleurs d'apparaître. D'aspect opposé à celui d'Alan Vega, il est très grand, possède un visage longiligne encadré d'une chevelure bouclée hirsute et est habillé comme un teenager vaguement junky. Il paraît comme à son habitude complètement ailleurs, isolé dans une nonchalance qui, on est porté à le croire, cache une grande concentration au contraire de Vega qui à tous points de vue, possède une fâcheuse tendance à se diperser tous azimuts avec une énergie très mal dirigée. Il se sont vus et c'est bien sûr Vega qui se précipite vers son binôme et le salue. Très rapidement ils se mettent à échanger intensément tout en se dirigeant d'un train soutenu et quelque peu déséquilibré, vers le Bowery que nous venons de quitter.

Les deux sont en contraste autant à la vie qu'à la scène. Lors des quelques prestations fugaces auxquelles nous avons assisté, l'un était retiré derrière ses machines tandis que l'autre gesticulait aux marges du public, littéralement à sa face. Il nous faut parler un peu de ces sortes de performances qui ont commencé en 1971. Vega vient du vaste monde des arts plastiques, car il est originellement sculpteur. Il y occupait une place qui visiblement ne satisfaisait pas pleinement ses ambitions ou bien plus simplement ne convenait plus à ses visions. Ce monde était à cette époque un vaste marécage à la faune très complète. Comme dans le monde de la musique, les strates de cet écosystème présentent aussi bien de la boue que des hauteurs quasi célestes. Alan Vega semblait croupir quelque part dans ce milieu depuis trop longtemps à son goût. Il avait vécu un temps plus ou moins à la rue et cohabitait avec d'authentiques squatters dans les nombreux immeubles en état de déliquescence plus ou moins avancée qu'offrait la ville de New York. Il avait par ailleurs fondé une sorte de galerie, qu'il gérait, appelée The Project of Living Artists dans laquelle il semblait vivre maintenant.

Cette vie socialement en marge allait de pair avec une partie non négligeable de l'activité des arts plastiques de la ville, qu'on peut qualifier à juste titre d'underground. Alan Vega en faisait résolument partie et vivait donc dans un refus assez radical de ce qu'une majorité de ses concitoyens, vivait comme l'american way of life, vue à travers toute la planète comme le rêve américain. Alan Vega était foncièrement en incompatibilité avec cette vision très normative de la vie, le faisait savoir à qui voulait bien l'entendre et en conséquence vivait assez mal. Si Martin Rev vivait moins radicalement du fait de son tempérament peu enclin à la lutte ouverte, il n'en partageait pas moins le même dégoût de ce qu'offrait cette époque en terme de standardisation de modèle de vie. N'étant pas plasticien il ne bénéficiait pas des mêmes entrées que Vega dans certains des égouts de l'underground. Il vivotait assez tranquillement, dans son non moins délabré Bronx natal, prêtant ses qualités de musicien, compositeur et interprète lors d'un tas de prestations alimentaires, s'occupant obsessionnellement de ses claviers et de ses boîtes à rythmes. Il jouait notamment du piano électrique pour le groupe Reverend B. qui fréquentait avec les New York Dolls, Blondie ou encore Television la galerie de Vega. Il faut ajouter que Martin Rev apaisait quelque peu son être beaucoup moins simple qu'il le laissait paraître en faisant un usage assez peu modéré de sédatifs opiaciés, Vega se référait parfois à lui en l'appelant malicieusement 'Tree of weed' que l'on traduira librement « arbre à came ». Il faut ajouter à cela qu'Alan Vega absorbait quant à lui des quantités non négligeables d'alcool qui ne faisaient qu'exacerber sa colère.

Les deux se retrouvaient pourtant sur les mêmes scènes à jouer un spectacle sonore déroutant et pour le moins nouveau. Certains en étaient immédiatement dégoûtés et le faisaient savoir, d'autres fascinés et intrigués regardaient et écoutaient. Ils voyaient, médusés, un Alan Vega furibard, hurler des propos néo-beat tour à tour obscènes et enjôleurs, comme des slogans d'une nouvelle ère, alors qu'ils entendaient, quelque part derrière lui, provenir des claviers et boîtes à rythmes de Martin Rev, absolument statique et concentré, un quasi mur sonore. Ils jouaient rarement plus d'une vingtaine de minutes, le temps que certaines personnes plus excédées que les autres commencent à répondre physiquement aux provocations d'Alan, en lui envoyant tout ce qui se trouvait à leur portée, à quoi il répondait, tandis que Martin continuait inlassablement à frapper ses rythmes industriels et nourrir son mur sonore jusqu'à ce qu'Alan vienne le sortir de son hypnose en lui disant qu'il allait falloir arrêter là. Alan Vega avait bel et bien commencé à filer un coton qui pourrait satisfaire à de nombreux chefs ses vues artistiques. Aussi bien dans son rapport au monde, qu'esthétiquement, il y avait là quelque chose d'inédit dans sa radicalité. De rares spectateurs l'avaient compris, il courait des bruits qui commençaient largement à déborder le milieu des squats pseudo artistiques et des galeries plus ou moins informelles pour se répandre dans d'autres sphères, celles du non moins marécageux milieu de la musique pré-punk de ces années là. Un milieu qui caressait l'espoir de transgresser certains canons voire de transmuter le genre.

Nous ne nous y étions pas trompés, ce que nous avions vu et entendu était bel et bien inédit et perfectible. Il était tout à fait possible que ces deux là offrent enfin une réponse musicale à la putréfaction généralisée des sphères aussi bien créatives que civiles. L'association stupéfiante du ton rockabilly de Vega à la musique parfaitement mécanique et hypnotique de Rev, donnait un ensemble rigoureusement conceptuel et transgressif au plus haut point. Beaucoup n'y comprenaient rien, ou ne voulaient rien y voir d'autre que foutoir sonore et défoulement psycho-pathologique de Vega. Au fil du temps Vega et Rev sortirent un peu de l'ornière des obscures performances 'arty' pour donner des prestations sur des scènes plus ouvertes de Manhattan. Les réactions n'étaient guère différentes, mais la part des gens interloqués qui faisaient l'effort de s'interroger croissait. C'était une époque résolument post hippie, l'époque du nouveau Max's Kansas City près d'Union Square, du CBGB, situé sur le Bowery, quartier que nous avons traversé tout à l'heure. La plupart des gens fréquentant ces lieux auraient déclenché chez un citoyen lambda d'âge mûr une sensation réflexe très animale, mélange de peur et de violence physique, un réflexe d'autodéfense. Il n'était pas rare dans ces lieux d'avoir à enjamber des corps en pleine salle, mais cette faune ne déparaillait pas dans le coin. Pour une bonne part on rencontrait pas mal de véritables loques et déchets humains à travers toute l'Amérique schizoïde d'alors. Seulement là, se jouait ce que la gestation musicale de cette ville inséminée par ces temps allait accoucher de plus pertinent. Parmi la cacophonie du moment on pouvait discerner ce qui allait devenir un punk new-yorkais autrement solide que son parodique et minable célébrissime pendant londonien et surtout des mouvements ou 'vagues' réellement indépendants (qui allaient générer de nouvelles chapelles), embryons de la future new wave et de la symptomatique no wave subtilement déstructurée et noisy. On pourrait évoquer les Ramones, les Fleshtones, des pesonnalités telles que Richard Hell ou Lydia Lunch etc. Pour ceux qui étaient trop fatigués, vaincus ou désabusés, l'époque était ouvertement à la souillure. Aucune ère n'avait jamais offert autant d'opportunités et New York était LA ville réceptacle de tout ce que l'Amérique comptait de branques, loufoques, démagos et mégalos. Dès lors, la déperdition au coeur de toute cette humanité obnubilée en marche donnait un spectacle qui n'était pas beau à voir. Mais la ville possédait un pouvoir autrement positif et indubitable, celui de catalyser. De sorte que le printemps d'une frange de tous ces corps et esprits en lutte réglée avec leur temps allait fleurir. Alan Vega et Martin Rev, en étant assez frappés pour ne pas disparaître corps et âmes au milieu de la cohue, allaient faire l'expérience jusqu'à son terme regénérant. Si eux mêmes allaient être marqués par certains précipices sur lesquels ils s'étaient penchés, leur musique allaient émerger, définitivement différente, de cette décennie prolixe en rébellions sonores, comme un manifeste syncrétique.

Leur association avait pris le nom de Suicide, ce que nous considérerons comme une marque ironique d'espoir en ces temps si lugubres. « Suicide a toujours eu à voir avec la vie. Mais nous ne pouvions vraiment pas appeler le groupe Life. Alors nous l'avons appelé Suicide justement parce que nous voulions revendiquer la vie. » (Alan Vega, 1985).

Suicide faisait vraiment peur, y compris aux Punks. C'était trop pour eux, trop conceptuel, trop minimaliste, trop loin de cet immédiat besoin de satisfaction propre aux toxicomanes, trop plein de ce bruit électrique bizarrement modulé par un Rev pas du tout démonstratif, trop riche de toutes ces références qui pointaient dans les propos de Vega. Bref, ils nous jouaient des pièces sonores terroristes qui n'épargnaient personne. Ce 'primal duo' comme ils aimaient se qualifier eux-mêmes avait malgré tout suffisamment éclairé de sa lumière électrique la vision de certains producteurs qui allaient fonder le label Redstar. Martin Thau et Craig Leon allaient les produire et éditer leur premier LP éponyme à la fin de l'année 1977 puis, les manager.

Cet album de sept titres, inaugurant le label, présentait les morceaux suivants: Ghost Rider, Rocket U.S.A., Cheree, Johnny, Girl, Frankie Teardrop, Che, fruits d'une élaboration mûrie depuis 1971. Tous ces titres sont devenus des classiques d'une sorte d'avant-garde rare, celle qui ne se vivait pas comme telle. Alan Vega précisera qu'il n'avait jamais été question pour lui d'avant garde mais d'un travail littéral de génération du son de New York. Aujourd'hui encore l'écoute de l'album Suicide reste un choc, constitué des arides mélodies de Rev, essence réminiscente de la fin de l'ère industrielle occidentale associée à l'épiphanie incantatoire rockabilly de Vega. Ce genre de choc que l'on peut vivre en découvrant une personne qu'on côtoyait depuis longtemps sans l'avoir remarquée et qu'on dinstigue un beau jour comme un être extrêmement intéressant auquel on sait que l'on va s'attacher dangereusement, un retour introspectif dans son être et sa temporalité.

Cet opus connu, à sa sortie, un unanime succès d'estime mais dût attendre la fin des années 1990 et une réédition en Grande-Bretagne pour connaître un véritable succès commercial. Or cet album dès sa parution en décembre 1977 allait sortir le 'primal duo' des trop précieux marasmes du rock New Yorkais en l'électrocutant. Cet album allait être le manifeste choc, la déclaration péremptoire, la thérapie lourde d'un ensemble de genres aux cousinages incestueux croulant sous les posture égotistes et la mauvaise foi. Il représentait une ouverture, un destin, des frontières à redessiner afin d'être dépassées à nouveau. Une sorte d'épiphanie de ces temps dépourvus d'humour et d'espérance. C'est pourquoi il allait présenter même durant la décennie de cire suivante cette surprenante vitalité, cette nouveauté saisissante qui perdure jusqu'à nos jours. Il allait être l'une des oeuvres les plus nobles de l'histoire du rock, l'une des pierres angulaires de sa rééidification.

 

 

UDER MERMOUCH, 6 juin 2007

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 18:55

Vision

Emission solo pour Jeanpop2, qui s'acquita de sa tâche avec un brio nervalien.

Phrase de la semaine : too many to list.

Just Two Guys "Eyes"

Invasion "Do you like what you see ?"

The Eyes "You're too much"

Tracers "Watch me"

Great Scots "The light hurts my eyes"

Eyes Zooms "She's gone"

Facts Of Life "I've seen darker nights"

The Astronauts "Can't you see I do"

The Amoebas "Look at the moon"

The Chants R&B "Come see me"

The Vagrants "Oh those eyes"

The Young Aristocracy "Look and see !"

Paul Revere & The Raiders "Take a look at yourself"

Edge "Seen through the eyes"

The 1910 Fruitgum Co "Reflections from a looking glass"

Those Guys "Lookin' at you behind the glasses"

Stephen Hartley "Have you seen her"

The Fifth Generation "If I see her"

One Way Streets "I see the light"

Guy Kraines Trio "Come see the way"

The Birdwatchers "It's to you I belong"

The Easybeats "See line woman"

The Byrds "I see you"

The Dovers "The third eye"

Those Rogues "Wish I could see you again"

The Bundles "Watch me girl"

The Lollipops "Look at this boy"

The Bobcats "Can't see for looking"

The Black Diamonds "See the way"

Eyes Of Dawn "Time to be going"

Brave New World "I see"

Disciples "Junior saw it happen"

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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 18:04

L’Ohio ne laisse pas indifférent au sein de la rédaction. Certains le honnissent comme l’état qui représenterait le moyen, le lac d’eau tiède, « le ventre mou du Psycho-batave » pour reprendre l’expression de Demetrius Jackson. D’autres confessent la fascination que leur inspire ce lieu privé de faciès, écrasé de grisaille. Il s’agira pour nous, comme le juré devant la plaidoirie, de comprendre, davantage que de réagir.

Nous laisserons à notre collaborateur Uder Mermouch le soin de dresser la psycho-géographie de l’Ohio ; nous nous chargeons pour le moment de révéler cet inédit de Randall Webb, composé durant l’hiver 1970.

 

            « J’ai posé les pieds à Akron, puis j’ai traversé Cleveland en voiture dimanche après-midi. L’air était humide et la chaussée semblait se tasser sous les roues. Je me suis souvenu de la violence, pendant les années où il y avait de la musique, avec laquelle Demetrius et moi rejetions en pavé les productions émanant de l’Ohio, la superbe un peu vaine avec laquelle nous contournions la fausse bonne humeur de The Outsiders ou The Choir, l’amateurisme trop peu bouleversant de The Alarm Clocks ou The Rats, la maigreur d’inspiration de The Human Beinz, dont la carrière exclusivement constellée de reprises était loin de nous inspirer autant de fauverie écumante que celle des lanciers The Chants R&B.

Toutes ces formations incapables de fraîcheur étaient cause que Demetrius avait baptisé l’état « le ventre mou du Psycho-Batave ». Aujourd’hui, je peux revenir sur cette proclamation sans appel, pour défendre la production musicale de l’Ohio non pour sa grandeur, mais pour la radicalité de son salissement, qui me semble maintenant la marque non d’un « milieu », mais d’une flaccidité unique et, somme toute, troublante.

Je dois dire que cette révision me fut d’abord inspirée par l’écoute du « I’ll leave you cryin’ » du Us Too Group, il y a quelques mois. Datant de février 1967, cet enregistrement pourrait presque autant provenir de la létale 1969, tant il porte sur lui la chapelure de poussière de ces années tardives et poussives. D’une tristesse insondable, cette chanson n’en est pas pour autant émouvante. Elle insuffle une morosité lente, donne l’impression de passer une nuit dans une gare, découpé par les néons.

C’en était bien assez en tout cas pour relancer mon intérêt pour cet état longtemps laissé à la porte. Ma première constatation fut qu’on n’applique aucun visage à l’Ohio. Lorsqu’on évoque les formations du cru, nulle particularité, même vestimentaire ou d’attitude, encore moins ethnique, ne vient titiller le devant ou l’arrière des yeux. Aucune vision de lascivité lagunaire ou de hipsterisme de bitume californien ; absente, la mise impeccable des Underdogs de Detroit, lorgnants vers le lamé Motown ; hors des mémoires, le colossal guitariste Texan de The Bad Seeds, ainsi que la mâchoire ferme de leurs voisins Sparkles. Même des scènes moins documentées mais tout aussi primordiales convoquent des images dont reste privé l’Ohio : il suffit de penser à la chemise de lin blanc des Arizoniens The Grodes, qui illuminèrent d’insectes inquiets le désert lourd.

Pas d’image, peu d’innocence et une absence troublante d’originalité : voilà ce qu’inspire l’Ohio, cette anti-chambre de l’Illinois. Pas de culture, ni d’intelligence, peu d’humour également, et ce des deux côtés du spectre : On ne sera pas étonné qu’un des morceaux les plus brutaux et littéraux du rock garage (« I know » de Shepherd’s Heard) provienne de Mansfield OH. Ce morceau sans génie, débauche d’énergie malsaine, ne suggère pas une fascination d’ordre intellectuel telle que peuvent en développer des compagnons de cauchemar comme le doublé ultime d’Adrian Lloyd ou le « Hey freak » de The Swamp Rats. En face, du côté tendre du spectre, c’est le même manque de références, de perspective, de profondeur ; témoin le « She » de The Fortels, au titre si peu éloquent, sommet inversé de Psycho-Batave Lavette, mais surtout sa face B, « Merry-go-round » où l’effondrement ne semble plus contextualiser la chanson, mais en être le cœur même. Que dire alors du « Georgiana » de The Bare Facts (nom d’une réalité glaçante, geôlier mutique prévenant toute tentative d’évasion), soufflé d’un timbre millénaire par un chanteur certainement adolescent ? C’est un fait : la musique de l’Ohio provoque l’ennui, mais non pas le bâillement distingué émis du balcon ; non, elle distille l’humiliation diurne, le désir d’oubli du sommeil, bercé de murmures toxiques, et c’est certainement à ce rideau de fer mental qu’aspirent les faussaires de It’s Them, dont le vol onomastique fait écho à la torsion qu’ils infligent à « Gloria » avec leur plombé « Baby I still want your loving ».

Voilà ce que m’inspire cet état pourrissant, qui ne semble attendre que le moment où il sera ruine assumée. Et comme les histoires les plus morbides possèdent leur part d’astre, il est une exception qui se dégage miraculeusement de cette envoûtante boue : c’est le « Land beyond the moon » de The Motions, hymne ravageur à la sagesse que je veux joué à mon enterrement. Loin de toutes ces Clevelands bâties sur le modèle de la souffrance.

Us Too Group - I'll leave you crying

Bare Facts - Geogiana

Fortels - Merry-go-round

It's Them - Baby I still want your loving

The Motions - Land beyond the moon

 

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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 09:48

Vieillesse

Emission marquée du sceau du crépuscule, elle fut conduite sur un rythme de deguello par Jeanpop2 et Uder Mermouch, toujours privés de l'absence de M. Poire, retenu prisonnier par les Lavillièristes, qui ont contraint Jeanpop2 à consacrer l'émission suivante à M. Bernard Lavilliers. Ce sera chose faîte.

Phrase de la semaine : "La sagesse, ce n'est pas un temple où on rentre en silence." (Jeanpop2)

Mike Mathis "My old woman"

The Bush "To die alone"

Svensk "Getting old"

The Kinks "Lazy old sun"

The Twilights "Once upon a twilight"

Bari & Breakaways "Old man mose"

Ruins "The end"

Londons "Old man"

Betty Wright "Paralysed"

The Ovations "Rockin' chair"

James & Bobby Purify "Just like old times"

Spencer Wiggins "He's too old"

Love "Old man"

The Easybeats "Where old men go"

The Byrds "Old John Robbertson"

Them "Dirty old man at the age of 16"

Names And Faces "You're an old leaf"

Steve & The Board "Now I'm older"

The Bold "Gotta get some"

The M.H. Royals "Old town"

Joy And Dave "Let's go see gran'ma"

We The People "The day she dies"

Uder Mermouch a attribué au Nouveau-Mexique un indice de 4.9 sur l'échelle Psycho-Batave

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 17:44

         Hallo Freunde. Now’s the time to prove yourself the purest champion of the Psycho-Batave Graal, and the deal is easy.

 

            You gotta create three band names, related to a special period and musical genre of Psycho-Batave. For each of these names, pick the ideal single, a-side and b-side. At last, you’ll also name the label on which these sides were released.

 

            Only one cover will be authorized. No homonymous for the band’s name. No justification to be brought with what you suggest : let the jury decide for the right interpretation. Year and genre cannot be replaced. They are :

 

1. Deep Soul, 1964

 

                  2. Teen Trauma, 1966

 

                  3. Psych-Prog, 1970

 

            Jury consists in : Jean Pop 2, Jean-Pierre Paul-Poire, Peter Bogdanovitch and Emile Maugelmann. No member of the jury will participate.

 

            Prizes consist mainly in Respect, Honour and Devotion. But we might as well imagine something more substantial. Like some patch of skin detached from the Holy body of Jean Pop 2. The Contest will last a full month.

 

            Look at these following propositions meant to inspire you in this difficult task. Note that the variation on Sred Sweign’s name is purely an amusement, and not a rule.

 

Deep Soul, 1964 : Sred S. Sweign Jr. “What Do I Get (In Return)” b/w “Soul Bear” (Peak Records)

 

Teen Trauma, 1966 : Little Sred & The Sweigns “I’ve Been Working Hard” b/w “Full Time Weeper” (Timber Records)

 

Psych-Prog, 1970 : The Sred Sweign Plastik Machine “In The Wake Of Artemis” b/w “Children Of Hope” (Albert Camus Records).

GOOD LUCK !!!

 

 

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