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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 10:39

Akron, Ohio

Le 9 février 1969

 

            Lirez-vous cette lettre à temps, Randall Webb, ou bien pressé par vos intuitions nombreuses, l’aurez vous dédaignée comme tant d’autres, qui peut-être ne vous sont d’ailleurs pas même parvenues ? Je vous ai écrit quatre lettres l’année passée, quatre ruminations que je ne crois pas mal tournées sur les notions d’auteur et de classicisme Psycho-Batave, quatre ratiocinations de la plus verbeuse espèce et qui devinrent plus arrogantes et plus prétentieuses à mesure qu’elles butaient sur votre silence. Cette coquetterie d’oracle vous aliéna ma confiance et mon respect, quand je vous savais toujours vivant et domicilié chez votre mère. Je réfléchis alors sur la nature de ce qui pouvait décourager un esprit comme le vôtre au point qu’il suspende toute création pendant une année entière, car aucun article par vous signé ne fut publié cette année-là. Et si cette fâcheuse stérilité vous frappe aujourd’hui, je ne vois qu’une raison pour l’expliquer : l’année 1968 a entièrement sapé et anéanti la doctrine Psycho-Batave. Dans l’unique lettre que je possède de vous, les Byrds sont évoqués, et 1968 les a vus se dévoyer dans une nostalgie infantilisante du country-western alors même que les Nashvilliens de stricte observance les ont conspués au Grand Ole Opry, dans cette lettre également, vous louez le single « Autumn Almanach » des Kinks, et 1968 signifia à la fois leur apogée artistique et le début d’un déclin commercial qui se poursuivra, mais surtout vous considérez cette définition si européenne de l’auteur qui, hélas, s’est depuis incrustée dans la conscience de nos musiciens, a pétrifié leur geste, a nourri la pompe de leur expression et a, je le crains : de manière durable, empuanti leurs sonorités. Et dans ce moment historique de la reconnaissance d’une dignité artistique et d’une validité commerciale du genre, germeront d’horribles pousses parmi lesquels un style introspectif, hypocritement intimiste et maussade, et un style tout d’enflures mêlé de flûtes de Pan, de Tolkien et de Penderecki. Il ne sera alors guère étonnant que quelques-uns, qui auront conservé le savoir de 1966, se changent en gardiens du temple, mais cela tournera vite à l’acrimonie et au désespoir –le plus sage est d’oublier ou bien de déplacer le Psycho-Batave dans des formes moins sujettes à l’engouement et au consensus, quoique traversées d’un dessein universel, parce que le contrôle du monde reste bien sûr notre priorité. Défions nous aussi de tout ce qui se targuera d’ignorer ou même de railler les codes au profit d’un prétendu naturalisme pulsionnel, démon qui investira plusieurs tendances de la musique future. Cette année 1968 écoulée,  j’écoute avec sang froid une poignée d’enregistrements Psycho-Bataves qui convoquent une émotion spéciale entre toutes, puisque ces disques, soucieux d’une inscription dans leur époque, qui à défaut d’être stimulante est la leur toutefois, ont enturbanné leur essence Psycho-Batave, plus du tout à la façon des excellents Topsy Turbys, pour lui conférer un aspect plus « psychédélique », et si le projet Psycho-Batave autorise et même prône la compromission et l’amour du succès, je considère alors ces tentatives non seulement comme les plus belles mais aussi comme les plus exactes, mais songe en même temps avec amertume qu’aucun disque Psycho-Batave n’avait recours à de tels travestissements entre juin 1965 et octobre 1966. Ce Psycho-Batave déclinant a ses vertus et je pense en particulier aux étonnants Lincoln St Exit, créateurs de « Paper Place » et de « Who’s Been Driving My Liitle Yellow Taxi Cab », enfants du Nouveau-Mexique et donc héritiers d’un sens exacerbé mais point trop conscient de la fatalité. Vous remarquerez combien l’imagination plastique des hipsters se gargarise de plates références aux dessins d’enfants, supposés vierges de lâchetés et fertiles en visions, qu’on trouvera ensuite très intelligent d’assombrir ça et là, ou bien, et cela est presque pire, de rendre « doux-amer ». Les enfants ou les fous, ceux-là fournissent l’esthétique à venir, et vous comprenez qu’un géant tel que John Wayne sera communément insulté. Revenons aux Lincoln St Exit. En dépit de la vulgarité des titres de leurs chansons, celles-là n’ont pas abdiqué les grandes caractéristiques du style Psycho-Batave, tel que vous l’avez circonscrit il y a maintenant trois années : concision, sens harmonique tempéré, joie mélodique, drame épuré, bref la logique de l’indépassable, et j’ajouterai : un chanteur, non point habité, mais doté d’une attitude, l’attitude se comparant à la prestation limitée et parfaite d’un second rôle, opposée au charisme de la vedette. Oui, The Lincoln St Exit rejoue tout cela, dans l’infini égarement d’une galaxie froide, et en retire une certaine puissance polaire et dévitalisée, une manière de traînasser ou de tourner en rond, qui ne sont pas seulement imputables au mood du Nouveau-Mexique. Que vous n’ayez pas pris la mesure de l’adieu glacé du Psycho-Batave me confond de rage et de honte, Randall Webb. Pour ma part, je m’attellerai à quelques oeuvrettes de circonstance, où il sera question de cave, et j’entends prouver par les actes ce que mon discours suggérait plus haut : la possibilité de déplacer le Psycho-Batave dans d’autres formes d’expression, et de le représenter dans sa force initiale, celle de 1966. Et vous, allez-vous relever la tête ?

           

 

                                    

 

 

 

 

Daytona Beach, Floride

Le 14 juillet 1970

 

Monsieur Marty,

J’ai retrouvé dans un classeur votre lettre datée du 9 février 1969. Les précédentes que vous mentionnez ont dû être égarée. Ou je ne me souviens pas. Peu importe.

Je dois vous avouer que je suis las de pleurer la fin du printemps Psycho-Batave, et que l’émiettement de cette théorie, qui me paraît aujourd’hui empreinte de vague poésie adolescente jusque dans le flou même qui la caractérise, ne m’empêche plus de dormir. Surtout ne perdez pas de vue que je ne suis ni l’inventeur, ni le prophète du Psycho-Batave. Ne faîtes pas de moi un martyr, je ne suis qu’un homme simple qui a aimé trop ardemment.

            Bobby Fuller, dont vous parliez avec éloquence dans votre première lettre, a été victime de cette martyrisation, c’est certainement ce déplacement de l’homme, de son quotidien magique à un Valhalla irrespirable, qui a précipité la fermeture des paupières Psycho-Bataves. Il m’est arrivé parfois de vouloir interpréter les paroles de Bobby Fuller, celles de « Let her dance » en particulier, de mettre en parallèle la jalousie faussement magnanime qui y est affichée et la mort brutale du chanteur. J’ai également eu la tentation d’habiller cette chanson de couleurs qu’elle ne pût supporter plus de quelques secondes. Alors, je me suis tourné vers d’autres chansons de Bobby Fuller, j’ai admiré l’acrobatique composition de « Never to be forgotten », les savants décrochages rythmiques de « Don’t ever let me know », et je suis toujours revenu à la blancheur de « Let her dance », cette bourrasque dans laquelle il n’est plus question de style mais de courir, morceau d’évidence à la neutralité surhumaine.

Alors vous pensez bien qu’échanger ne serait-ce que ce souvenir contre des miettes d’art, ce serait trahir.

Bien à vous.

 

           Randall Webb

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17 juillet 2006 1 17 /07 /juillet /2006 11:39

           « Looking for you » est un miracle post-67. En effet, certains titres de la fin des années 60 (« Can’t you stop it now » de The Mixed Emotions, « Don’t crowd me » de Keith Kessler, « Come to me » de Black & Blues ou le mythique 45 tours des Psycho-Bataves Lavette ultimes The Keggs), indifférents aux effluves délétères de leur époque poilue, continuent de creuser le sillon Psycho-Batave sans relâche, les poumons pleins du vivifiant printemps 1965.

Ainsi en est-il du titre de The Celtics. Possédant la qualité aérienne des meilleurs moments de The Byrds, « Looking for you » n’est cependant pas exactement un titre de Sunrise-pop comme les autres, du fait justement de son éclosion tardive. Si l’on ne retrouve pas tout-à-fait l’ébahissement virginal de The Dovers, cette impression d’ouvrir les paupières pour la première fois sur un monde qui a encore tout à offrir, c’est évidemment à cause de 1968.

Comme pour le groupe de Roger Mc Guinn au moment du fascinant pourrissement sur pied de Notorious Byrd Brothers, quelque chose est vicié. Cependant, où est recelée la fraîcheur de ce titre ? Pourquoi y respire-t-on aussi aisément malgré tout ? La réponse se trouve précisément dans la manière avec laquelle est traitée cette chanson, ses arrangements et sa production. Alors que The Byrds, à la même époque, déshumanisent les leurs par un dépouillement hanté d’échos métalliques, The Celtics procèdent par accumulation, créant un généreux et naïf capharnaüm de toutes les techniques et astuces d’enregistrement disponibles. La volonté de vouloir condenser tant de choses dans un si petit espace, ce trop-plein qui se déploie au sol comme l’ombre de l’aigle, c’est justement la marque de la fin de l’adolescence : la timidité des premiers jours s’est évanouie et on succombe à la tentation de tout dire, même si l’on manque de temps et de place. L’exaltation des sentiments passe désormais par là, et l’extase muette des premiers jours a laissé place au lyrisme, cette tentative bavarde de revivre indéfiniment le premier baiser.

The Celtics - Looking for you

Flash de dernière minute : On a retrouvé la vidéo du "Taste of the same" de The Bad Seeds, cliquez ici pour la voir et lire le commentaire correspondant de Randall Webb.

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11 juillet 2006 2 11 /07 /juillet /2006 18:14

            Je garde en mémoire ces récits terribles du désoeuvrement des vieux grenadiers de l’Empereur, eux dont la vaillance soudain inadaptée au monde nouveau qui s’édifie, trouve un exutoire dans la rumination ou la psychose. Je me fais l’effet d’être l’un d’eux, voûté sur le banc fruste d’une petite église des montagnes. Si un enfant curieux passe près de moi, je m’emploierais à le divertir- quoi de plus ?- des épisodes fameux et innombrables de la geste Psycho-Batave, et j’exaucerais bien malgré moi le souhait funeste de Legendre de fondre la furie concrète de mes aventures en romans inoffensifs et chamarrés. Le renoncement de Poire était d’une valeur autre, plus bruyant mais finalement moins logique et moins inéluctable que celui de Legendre. En cela, parce que sa parole était si sensée, elle m’atteignait au plus profond, et me faisait entendre combien il était naturel, comme est naturelle l’érosion de la roche, qu’un système de vie, quel qu’il soit, disparaisse ou bien favorise son propre émiettement, qui le préserverait un peu, au mieux, conserve un semblant de vigueur dans un suave figement rococo, invisible à la plupart, contentant toutefois une poignée de mécréants dont je suis. Devais-je poursuivre mon enquête ? Ma raison commençait à vaciller. Je perçus même dans le chant plaintif des moines qui s’étaient assemblés sous la nef un écho de ma situation : je crus un instant les entendre harmoniser sur Crying In The Chapel . Le pathétique de l’identification est un signe certain de démence, qui plus est lorsque ce phénomène si consternant se produit dans la sèche et ingrate Arménie, terre absolument réfractaire à l’art de The Orioles, ailleurs célébrés et fêtés comme les Dieux de l’amour. Mais surtout, je m’étais persuadé qu’un message d’ordre spirituel m‘était adressé par mes amis Randall Webb et Don Creux, qui m’invitaient à me reposer dans la déploration et dans l’extase de la déploration. Alors un événement bien plus extravagant et dont je ne mettais plus en doute la réalité, un événement si comique qu’il ne fallait pas prétendre l’avoir inventé soi-même, secoua  ma torpeur. L’un des moines parla énergiquement à l’ensemble du groupe et conclut son exhortation par les mots suivants : « Ok guys, we’ll cut the shit later, see ya ». Eberlué, je m’approchai de cet audacieux ecclésiastique :

 

            « - Je crains, Monsieur, d’être la proie d’étranges hallucinations. Figurez-vous que je vous ai entendu vous exprimer dans un sabir Vieux Loup typique de l’Illinois. Rassurez-moi : vous ne comprenez pas un traître mot de ce que je vous dis ?

-         Tirez ma barbe, cher Monsieur, gloussa le moine.

Je tirai la barbe.

-         Fagen !

-         Ah ! Ah ! Seyant comme postiche, n’est-ce pas ?

-         Alors vous dirigez ce chœur apostolique viril ?

-         Vous seriez surpris de savoir qui se cache sous ces scapulaires. Tous, vous les connaissez. Et il me désignait, dans une cour, les moines qui riaient à gorge déployée.

-         Eux non plus ne sont pas des Arméniens ?

-         Qui l’est de nos jours ? L’Arménie dans son ensemble est un leurre. Arrêtez une villageoise bossue ou un escogriffe barbouillé, et, hilares, ils vous apprendront qu’ils sont des Suisses ou des Chiliens.

-         A quoi rime tout cela, Fagen ? Et puis, pourquoi l’Arménie ?

-         Pourquoi !

-         Oui, dites-moi pourquoi l’Arménie s’est changée en un cortège de masques ?

-        

-         Fagen ?

-         D’accord, nous ne savons pas pourquoi, mais nous y sommes, pas vrai ? Lewis, ne perdons pas votre temps à examiner ces broutilles, elles ne présentent qu’un intérêt superficiel. Quand vous aurez mené votre tâche à bien, j’accepte que vous et moi, nous nous penchions sur le problème de : pourquoi l’Arménie ? Mais il y a mieux et plus urgent. En êtes-vous ?

Par une petite porte dissimulée derrière l’autel, nous nous engouffrâmes dans un dédale de pierres blanches. La réverbération de notre course, mêlée au halètement de notre souffle rendait confuses les explications que me prodiguait Donald Fagen sur les aménagements du souterrain. J’apercevais ça et là quelques cellules où je devinai la présence d’un riche matériel d’enregistrement : « Nous avons abattu quelques parois pour faciliter la communication entre les divers compartiments du studio. »  « C’est un genre de profanation, non ? » « Ce scrupule ne nous a pas effleurés. Il y avait bien quelques ossements qui devaient être ceux des anciens habitants des catacombes, mais en l’absence de leurs propriétaires, nous avons cru bon de les mettre au rebut. » « C’est donc bien une profanation. » « J’en informerai mes compagnons, Lewis, mais dépêchons-nous, je vous prie. » La descente du souterrain prit fin devant une curieuse échelle que je crus sculptée dans la craie des parois ; en grimpant à l’échelle, toutefois, je compris qu’il s’agissait d’ossements et je jetai alors un regard réprobateur quoique paternel à Donald Fagen qui protesta de sa complète innocence. Nous soulevâmes une trappe et fûmes projetés dans un lieu dont il me semblait avoir déjà foulé le sol. C’était une suite de l’hôtel dans lequel Becquerel et moi résidions, d’un luxe tout à fait singulier puisque les signes ostensibles de distinction et d’apparat consistaient en crucifix de bois et portraits de patriarches contempteurs. La pièce était animée, résonnant de la musique monocorde et pauvrement rythmée de voix masculines locales. Mais il nous fallut franchir l’épaisse colonne de fumée, jaillie des cigares, et vaincre notre répugnance pour l’abominable puanteur des chiens, avant de découvrir les acteurs de la scène qui se jouait sous nos yeux incrédules : une femme, de celle qu’on nomme « de petite vertu », dansait sous les applaudissements et les vivats lubriques d’un groupe de gardes-chasse et de policiers ivrognes, qui scandaient un air informe, sans doute à cause du désir qui les obnubilait et qui les privait de cette concentration nécessaire à l’invention d’un semblant de mélodie, aveugles devant la laideur de cette drôlesse dont les atouts flétris ne pouvaient contenter qu’une bande de gras moustachus, ennemis de toute délicatesse et chez qui l’abrutissement et l’isolement a très tôt favorisé d’exceptionnels dispositions au viol collectif. Fagen, dans leur dos, prononça quelques paroles dans l’idiome de ces assassins, et une terreur superstitieuse se peignit sur les traits de chacun d’eux. Après un rapide conciliabule, tous se dispersèrent, nous laissant seuls en compagnie de la femme atroce. « Elle aussi, vous la connaissez ! Demandez-lui d’ôter quelques-unes de ses fripes, vous verrez –En aucun cas, Fagen, en aucun cas : cette créature est si laide que je crains d’en être poursuivi dans mes cauchemars si jamais je la voyais nettement –Et pourtant, vous ne pouvez agir autrement ! » Ce disant, Fagen se saisit de la femme, qui ne résista point, et plaça son visage en pleine lumière : « Ah !... Becquerel ! »

 

                             

                                   Le très discutable François Becquerel

 

François Becquerel, confondu, marmonna quelques pénibles justifications mais déjà, je brisai une chaise contre le plancher et m’emparai d’un pied dont je me fis un gourdin de fortune. Je punis rageusement le transformiste qui avait cumulé le péché de décadence berlinoise à celui de théâtre de rue. Fagen conservait le silence. Une fois Becquerel édenté et éborgné, Fagen me révéla ce que je n’osais encore comprendre : c’était lui, l’équivoque Becquerel, qui avait rédigé la lettre de Sweign, un faux donc, dans le but déraisonnable de me faire renoncer à la suite de mon enquête, c’était déjà lui qui, par des soins répétés, dans les semaines précédant notre voyage à Istanbul et sous une identité fallacieuse, avait totalement émoussé les nerfs du pauvre Jean-Pierre Paul-Poire, et c’était lui enfin qui avait souhaité endormir ma vigilance et saper mon courage dans les montagnes oubliées de l’Arménie. « Mais il ignorait l’activité secrète de votre section Psycho-Batave, et ne soupçonnait pas que ce pays fantoche piègerait sa conscience… Je vous remercie, Fa… »

Une poussière étoilée voltigeait en lieu et place de mon guide malicieux. Et dans l’heure qui suivit, je posai le pied et mon Pat retrouvé sur le massif de l’Elbourz, là où un homme furieux roulait impénitent dans son tank fortifié.

 

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5 juillet 2006 3 05 /07 /juillet /2006 11:16

A quelle vestale accompagnant Jean Pop II est adressé le déchirant "Get out of my life" de Little Anthony & The Imperials, et pour quelle raison ? 

 

                                    

Little Anthony & The Imperials - Get out of my life

    

     Prix :

            1 - L'acétate du "Voices green and purple/Trip to New-Orleans" de The Bees.

            2 - Le rôle principal dans le prochain film de Brian De Palma.

              3 - Un manuel de cuisine indienne Psycho-Batave.

Bonne chance !!!

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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 19:39

            Un jour d’été que Jean Pop II se promenait à Florence, accompagné de cinq femmes, son ouïe fut titillée par des rumeurs provenant de derrière cette place où il aimait à voir les vieilles dames nourrir les pigeons. Curieux, il s’y dirigea et tomba sur une jeune foule bariolée qui entonnait des chansons pleines de vulgarité enthousiaste.

            « Qui sont ces gens ? » demanda-t-il.

            « Des supporters de football, Maître. »

            « Fort bien. »

            Amusé par ce cortège qui semblait fêter une victoire sur une autre nation, Jean Pop II le suivit à quelque distance à travers les rues pavées. Le groupe fut vite interpellé par une contre-manifestation des plus abjectes : une bande de pédés progressifs maussades. Ceux-ci, perchés bien précautionneusement sur un balcon, avaient mis leur transistor au volume maximal, empoisonnant l’atmosphère du voisinage avec du post-rock canadien (Eux qui n’ont jamais entendu parler de Painted Ship ou de Guess Who). Leur chef, terne personnage mal rasé à la bouche molle, portait un T-shirt sur lequel était inscrit « Fuck God » et toisait les manifestants d’un air lymphatique et suffisant.

            C’en était trop.

            Jeanpop2 se rua sur la gouttière, l’escalada avec l’agilité d’un bassiste louisianais, et arrivé à hauteur du fâcheux, il lui administra un uppercut qui précipita ce dernier sur le bitume. Et c’est du haut du balcon qu’il s’adressa ainsi à sa dépouille :

« Cadavre ! Mérites-tu seulement le goudron qui te servira de cadre jusqu’à la fin de ton existence physique ? De quoi est faite ta pauvre vie, PP de basse extraction ? D’engouements tièdes pour la déconstruction systématique de l’art, notion que tu transportes comme un sésame social. De la honte glaciale de ne pas être au fait de tous les « undergrounds » (le mot qui résonne le mieux à tes oreilles de chacal) du monde, de la hantise de partager avec le plus grand nombre tes mesquines découvertes, disques de « collectifs » que tu te gardes pourtant bien de chérir, puisque tu n’as pas de maîtres.

Pas étonnant alors de trouver parmi tes disques les albums vinyles des bouchers de das vélvète untergrund. Je ne répéterai pas pour ton cerveau inéduquable tous les griefs imputables à ce groupuscule. Saches d’abord que le New York des bas-fonds que tu fantasmes vélléitèrement quand tu n’es pas occupé à tes mondanités n’a pas attendu les vignettes du george brassince américain qu’est lou ride pour être rendue sous la forme la plus vive dans l’art.

Prenons pour exemple un film que tu ne connais pas, car Hollywoodien : « Sweet smell of success » d’Alexander Mackendrick. Tu ne comprendrais pas les motivations de Tony Curtis/Sydney Falco, qui ouvre des portes, traverse des rues sans fin pour quelques chantages minables, les yeux dévorants. Tu ne l’as pas vu, fier d’allumer les cigarettes de J.J. Hunsecker/Burt Lancaster, ce dernier détenteur d’un Pat terrifiant (« Match me, Sidney ! »), qui peut sortir d’une boîte de Times Square à l’aube et proclamer devant une rixe, intouchable : « I love this dirty town. »

         

Tu ne comprendrais pas car tu resteras étranger au luxe, à la couche supérieure de la nuit New-yorkaise, à l’élégance corrompue qui ne se réveille pas dans un squat qui ne peut inspirer qu’une blatte comme lou ride. Le véritable groupe de la violence urbaine, c’est le Dan de « The Royal Scam », dont même les cartes postales (« The fez », « Haïtian divorce ») ne sont pas plus fraîches qu’une bouche de métro.

Pour parler de ce qui est encore plus éloigné de ton champ visuel, taupe, sache que New York est également le dernier bastion de la lutte contre les hippies nord-californien dont tu fais partie. Un des plus vaillants groupes de résistance Italo-américains, The Four Seasons, donnera la leçon d’élégance ultime en l’an de désolation 1969 avec l’album « The genuine imitation life gazette » : En reprenant à leur compte certains motifs psychédéliques (le collage kaléidoscopique, la citation, le groove aristocratique anglais, le goût pour l’onomastique) mais en y appliquant la rigueur et le sens de la concision de leurs aînés. En détournant quelques clichés hippies (l’enfance égarée, le cloisonnement de l’individu dans la société, le vocabulaire biblique) mais avec une intention esthétique qui dépasse de loin le message simpliste et donne même l’impression d’une distance amusée à l’égard de ces thèmes.

Ainsi, le dernier clou dans le cercueil sanfranciscain est planté dès le premier titre de l’album, alors que des chœurs interpellent Frankie Valli par des dégoûtants « Hey bud » et que ce dernier leur répond, grandiose : « I’m a man just like you, so damn you call me by my name, you’d better call me by my name ». Autant imaginer Joe Pesci tabassant franck zapa.

Et pour t’apprendre à vivre comme ce que tu es, chien, je vais commencer par te tailler les oreilles en pointe. »

 

            Ainsi fit Jean pop II, et il fit vite, et il fit bien.

Steely Dan - Green Earrings

 

The Four Seasons - Wall Street village day 

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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 18:54

Retour

Pour cette dernière émission, un hommage fut rendu à M. Poire et son retour chanté par de nombreux invités parmi lesquels notre ami Uder Mermouch et la nurse de Diamond Joe. Comme Ulysse, comme Ringo, comme nos frères du Vietnam, c'est fatigués mais heureux que nous rendons l'antenne jusqu'en septembre (avec l'exception d'une "nuit du rock'n'roll" avec des amis vieux loups courant juillet dont Loretta vous reparlera à coup sûr)

James Brown "Get up offa that thing"

The Burgundy Blues "I'll get you back again"

The Swinging Machine "Comin' on back home"

The Mondels "You'll never come back to stay"

Machine Gun Kelly's Reject "I'm going back"

The Fe-Fi-Four plus 2 "I wanna come back (from the world of LSD)"

The Piece Kor "All I want is my baby back"

Johnny Gilliam "Baby take me back"

Diamond Joe "Hurry back to me"

Same Cooke "I'll come running back to you"

The Byrds "Going back"

The Poor "Come back baby"

The Zephyrs "Take her back"

Pete & The Boulevards "Lover return"

Paul, Ritchie & The Cryin' Shames "Come on back"

The Easybeats "Find my way back home"

Steely Dan "My old school"

The Uncivilized "Back again"

The Rites Of Spring "Comin' on back to me"

Jonathan's Experiences "Come back"

The Gents "If you don't come back"

Mike Furber "You're back again"

The Salas Brothers "The return of Farmer John"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 18:50

C’est en 1974 que Smokey Robinson, amateur éclairé de littérature anglaise, est ébloui par la lecture du « Maître de Ballantrae » de Robert-Louis Stevenson. Il ne peut s’empêcher de voir en le personnage de James Durrie un double de l’orageux David Ruffin, tant les deux ont en partage le charme diabolique qui sert leurs sombres desseins, la séduction trouble qui force, sinon la sympathie, du moins l’admiration inquiète.

Un jour que Smokey s’entretient de ce mimétisme avec Nicholas Ashford, ce dernier lui suggère d’adapter l’intrigue du roman de Stevenson sous la forme d’un concept-album, également pour donner un coup de fouet au format qui semble en bout de course. Smokey, enthousiaste, pousse l’idée encore plus loin et encouragé par le succès de « Lady sings the blues », biopic de Billie Holliday entraîné par Diana Ross, a l’idée d’une adaptation cinématographique qui mettrait en scène les plus grandes vedettes de Motown. Un roman Anglais du 19ème siècle étant un matériau idéal pour le compositeur, peu porté sur la vague ultra-réaliste de la blaxploitation mais désireux de créer un cinéma noir aristocratique.

Pour lui, le noyau matriciel du projet est cet évident constat : si le maître doit être joué par David Ruffin, son terne frère persécuté, Henry, le sera en toute logique par le frère du chanteur de « My whole world ended », Jimmy Ruffin, l’un incarnant l’excès et la flamboyance, l’autre la modestie et la mesure.

Autour de ce duo de rêve, le casting se décide progressivement : le rôle de l’intendant Mckellar sera tenu par le discret Melvin « Blue » Franklin, dont l’enrobante voix de basse, pense Smokey, servira à merveille la narration (l’idée d’une voix off sera cependant vite écartée, mais Blue gardera le rôle grâce à sa distinction un peu raide), celui de la cousine et femme Allison sera octroyé à Mary Wilson, alors en vacances des Supremes (Diana Ross étant sur d’autres projets dont nous reparlerons). Se pose alors pour Robinson et Ashford le problème du personnage ahurissant, à la lisière du fantastique, de l’Hindou Secudra Dass. Marvin Gaye sera un temps pressenti pour l’interpréter, mais ses différents avec Smokey et sa place marginale au sein de la compagnie font que la collaboration avec le chanteur est vite avortée. Les auteurs ont alors la brillante idée de faire appel à Woody Strode, le grand acteur Fordien pionnier du Hollywood noir, dont la carrière semble alors s’épuiser dans des films d’exploitation italiens. Parmi les autres rôles d’importance, notons celui du timoré colonel Francis Burke, tenu par Eddie Kendricks, et celui du carnavalesque capitaine pirate Teach, incarné par le remplaçant de David Ruffin, au sein des Temptations, Dennis Edwards.

                                            

                                     David Ruffin sur le tournage

Smokey convainc aisément Berry Gordy de donner son aval pour la production, et s’attelle alors à l’écriture du scénario qu’il achève en dix jours avec la collaboration de sa femme et de Nicholas Ashford. Il s’agira bien sûr d’un musical, et le couple Ashford/Simpson sera mis à contribution pour l’écriture de morceaux originaux (le seul morceau non-inédit mais légèrement modifié au niveau des paroles sera « I can’t be hurt anymore », chanté par David Ruffin/James après sa deuxième mort). Citons, entre autres « (you can’t hang on to) a sad memory », déchirante complainte de Jimmy Ruffin/Henry adressé à sa femme encore amoureuse du maître de Ballantrae. Elle lui répondra par « Some affection » quand elle se résignera à partager pleinement la vie tranquille du père de ses enfants (« I can give you some affection/ Even if I miss some action/Life can be sweet without passion »). David Ruffin, quant à lui, se fendra d’un tellurique « Learn I’m the boss », appuyé par le falsetto d’Eddie Kendricks/Burke, alors qu’il rosse le capitaine Teach et lui vole le commandement du vaisseau pirate. Mais le clou restera bien sûr le premier duel nocturne dans la charmille (filmé avec un filtre gris en plein été, ce qui permit d’accentuer l’effet d’étouffante immobilité de l’air, admirablement rendu dans le roman de Stevenson) et l’unique duo entre les deux frères, « One of us will leave ».

Le tournage, effectué entre la Californie du sud et les forêts du Vermont durera un mois (juin/juillet 1975) et sera plutôt chaotique, principalement à cause de la personnalité instable de David Ruffin et de sa paranoïa nimbée de drogues. Ainsi, durant la scène de la prise de pouvoir du galion, il ne fera pas semblant de frapper Dennis Edwards mais lui brisera même une côte en le rouant de coups, acte qu’on peut interpréter comme de jalousie à l’égard de l’homme qui l’a remplacé au sommet des Temptations.

Malheureusement, Berry Gordy, qui n’avait pas lu le roman de Stevenson, fut certainement effrayé par les rushes, car il suspendit la production pour imposer des modifications. D’abord cette histoire était jugée trop sombre pour toucher le public qui ne s’attendrait certainement pas à une telle débauche de violence psychologique de la part de Motown. Gordy insista pour que les deux frères se réconcilient à la fin, mais aussi pour l’inclusion de davantage de personnages féminins. Le peu d’attention qu’il montra pour ce projet peut aussi être expliqué par le fait qu’il était occupé par une autre production moins courageuse mais commercialement plus viable, « Mahogany » (la success story d’un top model Afro-américain encore une fois interprété par Diana Ross).

Quoiqu’il en soit, Smokey Robinson refusa de faire les concessions nécessaires et le film resta tristement inachevé. Pourtant, il devait s’en souvenir sous les flocons de l’année 1991, lorsqu’il chanta « One of us has left » pour l’oraison funèbre de David Ruffin, qui lui non plus n’en était pas à sa première mort.

David Ruffin - Each day is a lifetime

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20 juin 2006 2 20 /06 /juin /2006 11:29

Anatomie

Dernier coup de théâtre de l'affaire Toto, M. Poire, cette fois déguisé en Louis Farrakhan, n'a berné personne mais nous a touché, nous avons donc décidé de le réintégrer. Welcome home, boy. Pour cette spéciale Anatomie était également présent Uder Mermouch, sosie du deuxième M. Poire qui nous a diverti par son acariâtre humeur.

Vito & The Hands "Vito & The Hands"

The Purple Hearts "I'm gonna try"

The End Result "A bird in the hand"

The Lazy Bones "I'm driftin'"

The Meters "Liver splash"

Jimmy Jones "Snap my fingers"

The Newcomers

The Cadaver "Haven't got the time"

The Apolloes "Laugh in my face"

Edge "Seen thru the eyes"

The Soul Machine

Billy Nichols "Shake a leg"

Kent & The Candidates "The Neck"

Brain Train "Me"

The Plagues "(Clouds send down) tears in my eyes"

The Small Faces "My mind's eye"

The Eyes "Man with money"

The Underdogs "Get down on your knees"

Les Fleur de Lys "Mud in your eye"

Syl Johnson "I'll take those skinny legs"

Kicking Mustangs "Kicking ass"

Joe Tex "Funny bone"

The Clovers "Your tender lips"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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18 juin 2006 7 18 /06 /juin /2006 22:48

            Le 8 novembre 1973, Marvin Marty, alors tout auréolé du succès critique et public de son deuxième long-métrage, Keep The Wine Alive, accorde une interview à la revue Herald Tribune qui se fendra pour l’occasion d’un retentissant supplément sur le film de cave. L’expression, née sous la plume du critique Pauline Kael, figure pour la première fois en couverture d’un magazine et servira dès lors de point de ralliement pour plusieurs tendances individuelles et indépendantes du cinéma mondial. Marvin Marty se félicite de ce que son œuvre suscite des émules et loin de déplorer les copies parfois éhontées de l’inaugural Afternoon Of The Wine, décrète qu’un cinéma qui ne forme pas série ou genre n’a pas la moindre valeur artistique. Il devient ainsi difficile d’amener le cinéaste à qualifier lui-même sa résolue altérité. D’autres s’en chargeront qui provoqueront une rupture définitive entre Marvin Marty et la critique. Quand bien même l’œuvre de Marvin Marty aurait à connaître d’étonnantes, souvent stupéfiantes mutations, il convient dès lors de considérer cet entretien de 1973 comme le testament public de son auteur. Le Centre d’Etudes Psycho-Bataves est fier de vous en livrer le contenu original, intégral et impérissable.

 

MARVIN MARTY : « N’oubliez pas que le premier naturalisme était une invention d’aristocrates... »

            Comment juges-tu l’engouement autour de ce que Kael appelle le film de cave et qui semble prendre souche dans ton premier métrage ?

            Ecoutez ma petite, je sais bien qu’en 1973 nous sommes censés renoncer à nos vilaines conventions bourgeoises, en particulier cet antique voussoiement, mais la chose me gêne, j’ai l’impression de me retrouver à Richmond au milieu d’étudiants velus et braillards, qui déjà conduisent la voiture parentale parce que voyez-vous, ils étaient tous issus de milieux ultra-favorisés, et ces étudiants qui me vouaient une haine farouche se demandaient si la révolution par les armes était préférable aux préceptes du Mahatma Gandhi ou à l’infiltration de type entriste, ce genre d’horreur, ma petite, n’est pas faite pour me mettre dans de bonnes dispositions, j’ai même une forte envie de vous flanquer une dérouillée alors que vous en convenez, nous devrions vous et moi faire le In & Out. Mais oublions. Reposez votre question.

            Comment jugez-vous l’engouement autour de ce que Kael…

            PAULINE Kael, donnez-lui un prénom, on a le sentiment que vous apostrophez Jean-Pierre Sartre dans un amphithéâtre parisien, c’est répugnant ! Et, avant de continuer, ne dites pas « métrage », ni « scénar ».

            … de ce que Pauline Kael appelle le film de cave et qui semble prendre souche dans votre premier long-métrage ?

            Le terme est très intéressant, à condition de laisser de côté ses connotations francophiles. Oui, la cave est au centre de ma mise en scène. C’est l’ouverture et si l’on est attentif à ce qui s’y joue, la vibration principale de l’action, je veux dire le mood, est donné d’emblée. En tout cas, tous ces mecs qui filment leur cave et qui font s’émerveiller Pauline Kael, eh bien, il n’est pas sûr que chez eux, filmer une cave procède d’une nécessité interieure, ils ont sans doute été bouleversés par la première séquence d’Afternoon Of The Wine, la puissance visuelle et rythmique de cette séquence est, je crois, strictement distincte de son rôle dans la narration et la formule que moi et Maurizio avons ainsi établie, après trois ans de recherche, est tellement captivante que plusieurs peuvent l’adapter à leur mise en scène.

            Chez vous la cave procède donc d’une nécessité interieure ?

            Je l’ignore. Comme mes imitateurs, je traite en virtuose la séquence d’ouverture, je me débrouille ensuite pour que le récit ne trahisse jamais la vibration initiale de la cave. Ce qui ne signifie pas que l’après-cave manque de consistance, non, on pourrait définir l’après-cave comme un écho superlatif du moment-cave, un écho anormalement enrichi. En tout cas, même si je suis incapable de vous expliquer pourquoi chez moi et pas chez les autres la cave procède d’une nécessité intérieure, je sais qu’il en va néanmoins ainsi parce que, voyez-vous, j’ai créé cette fichue cave, je l’ai créée avec Maurizio, les autres ont seulement bénéficié de mon invention !

            Il est très rare qu’un cinéaste, dès son premier film, découvre lui-même l’image matricielle de son œuvre.

            Rien ne dit que mes films futurs prendront la cave pour point de départ, mais vous avez raison : les cinéastes comme moi sont très rares et puis, même si le moment-cave doit disparaître, il y aura toujours un substitut de la cave. C’est très important pour moi, cette mystique de la cave, elle me distingue radicalement de mes vils contemporains rousseauistes et de tous ces documentaristes abjects qui estiment que le cinéma d’aujourd’hui doit être branché sur l’état du monde et vous vous doutez bien que le monde en question est forcément un pays pauvre, exploité et en guerre ou bien un pays riche à condition qu’on en stigmatise la pourriture et l’injustice. Alors avant que vous ne me posiez la question, je ne fais pas de cinéma engagé et la cave n’est pas une métaphore de la conscience moyenne américaine, non, par ailleurs j’ai beaucoup d’admiration pour la guerre.

                                                         

                                         Marvin Marty quelque semaines avant sa mort

            Vous interdisez toute lecture politique de votre œuvre ?

            Ainsi que toute lecture symbolique. Ce que je montre doit être considéré pour lui-même, c’est une méthode de vie, une leçon de style et de rythme qui jusque-là ont été surtout illustrées par d’autres moyens que ceux du cinéma. J’admire le travail de grands cinéastes mais ce qu’ils ont accompli l’est une fois pour toutes, eh oui, j’aurais bien aimé être Mizogushi, or Mizogushi a déjà existé et nul ne peut le lui enlever, le fait d’avoir existé, même Marvin Marty qui est adulé de nos jours, principalement pour de fausses raisons, qui sont néanmoins bonnes à prendre, bref Marvin Marty ferait un bien triste Mizogushi tout simplement parce qu’on ne fera pas meilleur Mizogushi que le vrai Mizogushi. Alors cependant je découvre une possibilité de faire du cinéma totalement neuve puisqu’elle m’a été suggérée par un génie de la théorie musicale que peu de personnes connaissent et qui est aujourd’hui tellement consterné par la marche des événements qu’il a renoncé à toute influence mondiale et se concentre à présent sur le meurtre de personnalités du show-business.

            Vous cherchez le salut du cinéma en dehors du cinéma, à l’image de ceux auxquels vous vous opposez de si vigoureuse manière.

            C’est exact. Il y a en moi un rapport infiniment médiat, oblique, au cinéma et c’est à croire que l’essentiel de ce que je fais consiste en idées, en positions philosophiques. Par là, vous avez raison de le souligner, je ne suis qu’une crapule européenne sans mains et sans sceptre, je me flatte et me paie en discours, je me prends pour un auteur également et je bâcle certaines parties de mes récits, conscient de la force, de l’autorité de la mise en scène. Oui, ce sont des inepties d’Europe. Je vous assure que je travaille à m’en détacher. Mais cela prend du temps. Cela exige que l’on renonce à la composition intime de notre désir. Vous savez, je demande à Dieu chaque jour d’être un bon Américain, de 1880 disons, il faudrait que je commence à aligner des films médiocres, tout juste charmants, sans me soucier de frapper fort à chaque plan, sans ce démon qui est le mien de faire de chaque film un diamant brut. J’aimerais tant que s’instaure une certaine routine qui me permette de respirer le cinéma quoique je filme. Howard Hawks le pouvait, lui. Mais comprenez que l’état présent de l’industrie cinématographique n’autorise plus ce libre et désordonné développement d’un tempérament génial, elle sanctionne chaque échec et commercial et artistique, et puisque nous évoquions l’Europe, je vous dirais que l’œuvre de Balzac, somme parfaite dont les parties sont inégalement traitées, est pour moi exemplaire. Ce type d’accomplissement, seuls un temps et un lieu très précis l’autorisent : il faut la conjonction remarquable de trois facteurs, le crépuscule du mage-littérateur romantique, l’explosion du lectorat bourgeois, l’avènement du feuilleton sensationnel, et Balzac se tenait là, au milieu de ces trois merveilleuses possibilités historiques, il lui a suffi d’introduire le plus beau thème du roman : l’argent. Marvin Marty a commencé le métier en 1971, de quoi dispose-t-il pour reposer son génie impétueux ? Rien, rien ne me permet de tâtonner, d’essuyer des rebuffades, d’échouer, de cumuler les outrances dans tous les registres. Je dois me conformer au profil défini par les critiques européens : un auteur à l’œuvre sélective. Notre ami et contemporain Stanley Kubrick, si je le compare à Howard Hawks, est peut-être tout aussi génial mais en un sens il est aussi racorni et étouffant que Flaubert l’était lorsqu’on le compare à Balzac. Peu d’œuvres, toutes violemment stylisées, frisant le grotesque, révélant une haine du moyen et de l’anonyme, typique du bourgeois parvenu hanté par son origine, celui qui veut tant ressembler à l’aristocrate qu’il en hystérise ce qu’il croit être sa vision, et je crois qu’un véritable aristocrate ne rechigne jamais à la simple joie de représenter sans afféteries les choses de ce monde. Oui, n’oubliez pas que le premier naturalisme était une invention d’aristocrates.

            Etes-vous un aristocrate ?

            Je suis un bourgeois. En art aussi, je suis un bourgeois, et ce n’est pas si dramatique. J’allais vous parler de cet homme, génie de la théorie musicale, qui, je vous le répète, est avec Maurizio mon guide spirituel. C’est un aristocrate américain, en dépit de toute vraisemblance historique, c’est même le plus aristocratique de tous les hommes, du moment que l’aristocratie cesse d’être évaluée selon la propriété foncière ou les rites de la chevalerie. Un aristocrate depuis au moins cinq siècles, ça n’est guère plus qu’un formidable détachement du monde, la plus brave liberté du goût qui est le sens du naturel, pas celui de la brillance comme on le croit généralement, non le naturel fluide et élégant. Je ne méprise pas du tout l’outrance du style, le flamboiement de l’imaginaire : je les considère pour ce qu’ils sont, un génie bourgeois, le génie du bourgeois malheureux. Mon ami Randall Webb en est fort éloigné. Sa théorie du Psycho-Batave s’articule principalement autour de l’impératif de « joie harmonique mesurée », n’y voyez pas un paradoxe, car c’est une tentative, difficile, de borner le goût, et nul autre qu’un aristocrate n’a ce genre de souci, vous comprenez. Cette censure est radicalement esthétique. Certes, le repli dans l’esthétique pure a souvent été analysé comme une ruse de la raison historique, un geste faussement aristocratique puisqu’il consolide la volonté bourgeoisie de tenir l’artiste éloigné des problèmes pratiques. Je rétorque à cela que quand bien même il y aurait ruse de la raison, il n’est pas indigne et contre-nature pour un aristocrate de consentir à cette récupération, s’il s’assure ainsi la possibilité de toujours créer. Mon ami Randall Webb ne craint pas d’être la pute de quiconque, il accepte d’être un jouet, un hochet, il ne se rebelle pas contre le processus historique qui va à l’encontre d’êtres tels que lui. Un jour, mon ami Randall Webb sera le plus loyal serviteur de l’ordre et des puissants, lui et moi le savons, et nul ne l’en blâme.

            Quand vous soulignez l’influence de Randall Webb sur votre travail, se limite-t-elle à une référence théorique ?

            Je ne laisserai jamais Randall décider de quoi que ce soit sur un tournage ! Et encore moins lorsqu’il s’agit de l’écriture d’un scénario ! Randall Webb ne connaît ni la rigueur ni la méthode, deux qualités hélas indispensables à la fabrication d’un film. L’essentiel chez Randall, c’est qu’il est un vivier d’intuitions esthétiques, et il faudra toujours des êtres plus raisonnables que lui pour en tirer du solide. Vous savez, Webb se moque bien du film de cave, parce que –c’est ce qu’il pense du moins- c’était à prévoir, je veux dire que le film de cave, dans l’optique de Webb, ce n’est guère que le développement cinématographique du Psycho-Batave. Evidemment, le film de cave ne se résume pas à cela. Randall et moi, nous nourrissons cependant un projet, de stricte obédience Psycho-Batave cette fois : un film de tapirs. Randall raffole de ce genre désuet qui avait fait les beaux jours de l’industrie cinématographique néo-zélandaise entre 1960 et 1966. J’avoue que pour ma part, je tiens Tapir Twist A Gogo pour un film supérieur à, disons, Andrei Roublev.

            Et vous réunirez autour de ce projet le casting ambitieux de Keep The Wine Alive ?

            Ah ! Ah ! Jon Voight attaqué par des tapirs, ça ne manque pas d’allure !... Pourquoi pas… Vous souhaiteriez que je vous révèle la manière dont Marvin Marty a convaincu Gene Hackman, Liv Ulman et Jon Voight de participer à son film, et surtout comment s’y est-il pris pour rester néanmoins dans les limites de son budget ? Hmm… Le désir de savoir amène parfois l’être humain… à se défausser de ce qui pèse… sur ses actions, sur ses paroles… il recouvre alors une liberté de manœuvre stupéfiante, il … il se livre, avec frénésie, aux transports de celui qui détient le savoir, et ma chérie, c’est moi qui le détiens, oui, c’est moi qui sais et… mettez-vous nue, c’est la condition, oui, vous devez vous mettre nue et là, je parlerai… vous ne voulez pas ?... bien… vous allez le publier ?

            On fera des coupes, M. Marty.

 

            Oui… Vous pouvez inventer pour ce qui regarde le casting, je m’en fous pas mal à vrai dire…Maintenant, vous dégagez.

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13 juin 2006 2 13 /06 /juin /2006 18:41

Elégance Nashvillienne

Le colonel dans nos studios

Cette semaine, pour cette émission feutrée et paisible comme un coin de Kentucky, un nouveau Poire, timide, discret mais pénétrant fut mis à l'épreuve (le deuxième étant renvoyé pour motif de forte tête). Mais le clou de l'émission resta l'apparition inopinée du colonel Khadafi, Jeanpopophile avéré, qui nous étonna par sa grande culture Psycho-Batave. Quant à la mascarade Alain Madelin, c'était encore un coup fumeux de Poire 1er, qui commence à nous attendrir avec son obstination.

Houston Wells & The Masters "Little one"

Sharon Tandy "I wanna be your baby"

Johnny Daye "Stay baby stay"

Ron Sexmith "Chasing forever"

Charlie Rich "Lonely weekends"

Dan Folger "The way of the crowd"

The Everly Brothers "Cathy's clown"

The Essex Green "Rue de lis"

Lee Dorsey "There should be a book"

The Five Americans "Sympathy"

The Turtles "Lady-O"

Bernard Smith "Man without a people"

Don Covay "Stop by"

Evie Sands "I'll never be alone again"

Jimmy Holiday "The turning point"

Jimmy Ruffin "As long as there is L.O.V.E. love"

Glenn Campbell "By the time I get to Phoenix"

The Christmas Spirit "Will you still believe in me"

Peter Von Poehl "Travelers"

Sandy Salisbury "Butter me over with Cinnamon sugar"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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