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29 octobre 2005 6 29 /10 /octobre /2005 22:00

            « Ce n’est pas quelque sinistre religiosité qui me pousse ici à vous entretenir des disques Goldwax. Ni le confinement de cette salle, ni le silence empreint de gravité de notre hôte, pas même la finesse jésuitique de votre esprit ne m’entraîneront dans cette direction, non. Il importe, avant d’entamer ce discours, de fermement définir le mood requis, et j’emploierai pour cela la méthode négative, qui est la seule dont je dispose. Je ne vous mens pas sur la nature de mes dispositions, Sweign. Etant formé au rejet, c’est ainsi, par rejets multiples, que j’arrive à cerner l’objet de mes spéculations. Et je commence par marquer mon peu de goût pour la religiosité. A l’inverse, j’exècre toute familiarité, la supposée verdeur de ton de celui qui s’exprime sur la musique américaine, parce que, sachez-le, ma tâche est d’ordre heuristique. Les disques Goldwax, Sweign, je les ai étudiés pour eux-mêmes, et les ai mis en rapport avec des pratiques a priori contraires de la soul music. Au terme de ce double effort, j’ai acquis la certitude qu’il existe malgré la diversité des idiomes une unité signifiante de l’ensemble de la soul music, ce pourquoi je ne répugne pas aux genres lorsque ceux-ci supplantent les nuances classificatoires que nous connaissons : deep soul, northern soul, soul de New York, New Orleans soul, raw funk, etc. Mais, tout cela, je l’ai compris en fixant mon attention sur la forme la plus épurée, la plus orthodoxe de la soul music, celle que les disques Goldwax ont immortalisée en une poignée d’enregistrements entre 1964 et 1969. Longtemps, la chanson de Louis Williams « I’m Living Good » (écoutez le morceau dans le module "Top-notch music" en haut de la page) a résumé pour moi l’esthétique des disques Goldwax, et il est arrivé ce qui arrive toujours lorsque l’esprit se pénètre trop d’un objet singulier : celui-ci a pris les proportions de l’univers. Je veux dire que les révélations de cet objet ont très tôt cessé de valoir pour lui seul mais se sont avérées opérantes pour d’autres objets, et finalement se sont converties en clefs de la compréhension infinie. « I’m Living Good », dont je n’avais pas tout de suite mesuré la vigueur conceptuelle et mythique, « I’m Living Good » est devenu l’oiseau gigantesque qui, lorsqu’il déploie ses ailes, caresse les pôles et effleure les planètes. Inutile de rappeler l’évidence de la ligne mélodique, la maîtrise paisible du rythme, la simple beauté des harmonies. L’essentiel me paraît cette fois le message délivré par le chanteur : celui-ci vit de bonne manière et se réjouit sans vulgarité de vivre de bonne manière. Ce n’est pas « I’m Living Right » ni même « I’m Living Wild » mais « I’m Living Good », prodigieux contentement qui fut celui de Pindare. En cherchant d’autres créateurs du type pindarique, j’ai immédiatement été séduit par Lee Dorsey, indéfectible maître Mc Wellback de Louisiane, le seul à pouvoir habiter avec chaleur et humour des compositions aussi marécageuses que « Tears, Tears & More Tears » ou « Riverboat ». Lee Dorsey, seul à savoir qu’on peut s’absenter pendant une chanson, non parce ce que cette dernière vous incommode mais parce qu’il est dans la nature de l’homme de s’abîmer parfois dans de furtifs détachements. Lee Dorsey, rare ou bien unique chanteur dont le Pat restait inentamé et munificent en 1978. J’ignore pour vous, Sweign, mais Randall Webb ne se souvient pas d’avoir respiré un seul jour de l’année 1978 ! Louis Williams et Lee Dorsey. Je me suis alors interrogé sur l’étrange pouvoir de cette poésie du contentement, au moment-même où l’essence Psycho-batave était gaspillée aux quatre coins du monde. Mon interrogation atteignit une telle intensité qu’elle me fit  nier la réalité de chanteurs douloureux, tels O.V Wright ou James Carr, de chanteurs pharaoniques, tels David Ruffin ou Levi Stubbs,  soutenus dans leur mégalomanie par une industrie savante, de chanteurs roués, tels Bobby Freeman ou Johnnie Taylor, de chanteurs esthètes et subtils, tels Brooks O’Dell ou Eddie Whitehead, de chanteurs égrillards, tels Robert Moore ou Joe Tex, de chanteurs virils et agressifs, tels James Brown ou General Crook, de chanteurs féminins, tels Smokey Robinson et Johnnie Daye, de chanteurs énigmatiques, tels James Knight ou Cecil Washington.

                                        

                                                              The Ovations

          Au risque de falsifier cette luxuriance, je me plus à penser que tous étaient des chanteurs de la certitude et du contentement, et gardez-vous, Sweign, d’interpréter bassement ce que j’avance. Car il n’est nul extatisme ni même joie de vivre dans ce contentement. Imaginer Louis Williams béat, célébrant la simplicité du bon vivre, me répugne. Savez-vous, Sweign, que je ne sache pas de chanson plus irritante et erronée que « What A Wonderful World » par Louis Armstrong ? Je déteste cette forme de mièvrerie coulante et panthéiste, qui réunit les hommes pour des raisons aussi superficielles que le vert des arbres. La figure du Noir d’Amérique qui oppose sa douceur aux ambitions sanguinaires des Blancs m’a toujours semblé suspecte, et je lui préfère, dans un registre voisin, l’endurance dénuée de sympathie de certains héros de William Faulkner, en particulier Lucas Beauchamp qui est mon favori. Permettez-moi, Sweign, de penser que Louis Williams n’a pas été gâté par les fumets du barbecue et l’odeur entêtante du sucre d’orge. Je parlais de joie mais j’omettais de signifier que cette joie est dure ou plutôt puissamment armée de certitude : une joie certaine. Une joie certaine ne se confond pas avec la joie végétale de l’homme qui goûte sa place dans le monde. Une joie certaine naît d’une expression, d’un langage originaux, dont on a organisé exactement la matière et dont on devine la vocation universelle. Comment expliquez-vous, Sweign, que pas un chef-d’œuvre de la soul music n’offre le spectacle de la fragilité ? Même dans ses moments les plus sentimentaux, qui sont fort nombreux, la soul music reste vigoureuse, pleine et fière. Tout art véritable ne s’excuse pas d’apparaître, il affirme sa plénitude et son originalité, il se pose en tant qu’entité inédite de la Création. La soul music est fondamentalement liée au bonheur de créer des œuvres impérissables et en cela, elle porte au sommet l’idée de l’art entendu comme expérience de la divinité dans l’homme. Adieu, Sweign. »

            Randall Webb pencha son visage vers le mien et j’aperçus la couleur blanchâtre de ses yeux, cernés de noir comme les yeux d’un aigle très vieux. Il s’éloigna, laissant derrière lui la carcasse d’un jeune coq et quelques os. Adrian Lloyd avait disparu. Quand je fus à nouveau dehors, je le trouvai en train de coller l’affiche du film qu’il projetterait à compter de ce jour pendant toute une année : Le Cimetière De La Morale. Je quittai l’Italie le lendemain, sans avoir mené à bien la tâche qui m’était confiée. Jean Pop 2 me permit de regagner New Bedford et, parce que nulle rancune ne l’anime, il me convia à participer à sa mascarade annuelle au large de la Mer Baltique. Là je donnai libre cours à ma frénésie sexuelle, puisqu’à New Bedford, vous l’apprendrez assez tôt si vous vous attardez dans notre ville, le sexe est prohibé et passible de lourdes peines. Je dois vous avouer, Boulter Lewis, que je ne remarquai même pas l’entrée de Randall Webb à bord du navire. Je sus après que Jean-Pierre Paul-Poire l’avait ramené de F***, où le grand homme l’avait tiré d’une embuscade tendue par l’abject lou ride. Depuis, tous deux avaient écumé les principales villes d’Europe pour finalement nous rejoindre à Riga. La mort de Randall Webb m’a ému certes mais vous devez savoir que sa créativité s’était étiolée au cours de son voyage en compagnie de Poire, que sa santé mentale vacillait, et qu’il était par conséquent raisonnable de penser que le Maître Psycho-batave avait jeté ses derniers feux. La mort n’a donc rien interrompu et il est permis d’envisager, comme Legendre le suggère dans sa désormais célèbre oraison funèbre, que la révolution Psycho-batave bat désormais son plein. Maintenant, avant que vous ne me laissiez reprendre mes activités, Boulter Lewis, je vous ferai part d’une vive source d’inquiétude : que diable fichait François Becquerel sur notre navire ? "

 

 

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28 octobre 2005 5 28 /10 /octobre /2005 22:00

Civilité

Deux Californiens très polis 

Jeanpop2 et M. Poire sont deux gentlemen d'une politesse exquise. Ils céderaient volontiers leurs places aux personnes âgées s'ils empruntaient les transports en commun. Ils n'hésiteraient pas à tenir la porte pour des femmes si ces dernières étaient pourvues de Pat. Quoi qu'il en soit, ce sont des hommes de dialogue et des citoyens honorables, comme le souligna cette émission d'une bienséance rare sur les ondes d'aujourd'hui

Pietro Attila and The Warlocks "Goodbye"

Johhny Young "Good evening girl"

Tom Thumb "Respect"

Los Shakers "Won't you please"

Syl Jonhson "Sorry 'bout that!"

Lenis Guess "Thank goodness"

The Temptations "Sorry is a sorry word"

The Beachcombers "Help yourself baby"

D' Swooners "Please please Trina"

The Palace Guard "Sorry"

The Hentchmen "Please tell me"

The Backseat "Where is Mary"

The Ju-ju's "I'm really sorry"

The Wallace Brothers "Thanks a lot"

Oliver Bush "Please come back my love part 1"

Band Of Angels "Accept my invitation"

The Score "Please please me"

The Sea-Ders "Thanks a lot"

The Kee-Notes "Please don't tell me no"

 Masters Of Stonehouse "Please"

The Answers "Please please go away"

The Boards "Please tell me why"

Zen "Please accept my invitation"

The Ballroom "Baby please don't go"

The Remains "Thank you"

William Bell/ Mavis Staples "I thank you"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Le site est actuellement en maintenance mais vous pourrez bientôt l'écouter en différé. 

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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 22:00

       C'est bien connu : avec le psychédélisme, c'est la candeur adolescente qu'on assassine, ce sont les bals de fin d'année qu'on investit de cheveux trop longs, de slogans et de bouffées d'opium. Souvent pour le pire, sauf lorsque cette musique dictée par la mode et imposée par l'époque s'empare des plus fantasmatiques cauchemars, comme c'est la cas ici avec le avec le "What will the new day bring" de Disraeli, murder ballad hippie...

       Toute la perversité que peuvent contenir des paroles psychédéliques, tous ces thèmes abscons, de l'ordre du délire, sont poussés à leur comble dans ce titre de Disraeli, puisque le moteur en est le le crime le plus abyssal : le meurtre gratuit. Même si le rythme, l'ampleur et l'imagerie musicale du titre évoque un western onirique, on est bien ici dans le domaine du Giallo : cette histoire de meurtre commis sur une femme impossible, au moment même où celle-ci peigne sa blonde rivière devant un miroir intemporel, semble tout droit extraite de "Suspiria". Et à la manière des assassins d'Argento, Disraeli se sert des fanfreluches psyché (écho, bandes à l'envers...) pour torturer la mélodie originelle, nous faisant assister à une entreprise de destruction harmonieuse de la beauté. Tous les détails participent de ce mouvement, y compris la voix du chanteur dont la mollesse torve rappelle le jeu absent de l'inoubliable tueuse du "Sisters" de Brian De Palma.

       Mais ici, comme dans les meilleurs films fantastico-policiers italiens, rien d'horrifique, rien qui nous fasse détourner la tête ou chercher de l'air dans la salle noire. Seulement une transfiguration de l'acte criminel après laquelle la sexualité, l'amour, l'émotion se résument à cette si belle nuance de rouge qui goutte de l'oreiller.

                  Disraeli - What will the new day bring ? 

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23 octobre 2005 7 23 /10 /octobre /2005 22:00

Nouvelle rubrique sur ce blog, le trivia vous permettra de confronter votre culture avec celle, incommensurable, du Jeanpop2 Crew. postez vos réponses en commentaires. De nombreux prix sont évidemment à gagner.

 Question 1 :

Quel est le rapport entre la scène garage du Massachusets et petula clark?

 Question 2 :

Quel grand acteur Psycho-batave chante des choeurs sur une chanson mid-seventies du Pat master Kris Kristoferson ?

 Question 3 :

Sur la pochette de quel album californien à la genèse plus que chaotique cette homme surfait apparaît-il par erreur?

Question 4 :

Quel est le rapport entre Allen Toussaint et la littérature persane ?

 Question 5 :

Quels sont les deux groupes ou chanteurs aujourd'hui de renommée mondiale que Joe Meek refusa de produire au début de leurs carrières ?

 Question 6 :

Quel est le rapport entre les Underdogs de Detroit et Bruce Willis?

 Question 7 :

Quel est la différence entre Aretha Franklin et la race bovine?

 Blindtest :

Groupe inconnu, un effort SVP

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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 22:00

Lyrisme

Johnny Guitar's "kratae"

The Talismen "She was good"

The Friars Of youth "All you wanted was a stand-by"

The Bare Facts "Georgiana"

Aaron Neville "She's on my mind"

Wallace Johnson "A love as true as mine"

The Tan Geers "Let my heart and soul be free"

Nameless "Life"

The Losse Ends "He's a nobody"

Uptight "Don't go away (I love you)"

The Blades Of Grass "You turned of the sun"

Soul Inc. "Ode to a girl"

The Dynamics "I'll be standing there"

The Dynamics "Yes I love you"

The Four Tops "Baby I need your loving"

Eddie Campbell "Contagious love"

The Koobas "Better make up your mind"

The Epicureans "I don't know why I cry"

Sonny Villegas "I cry"

O.V. Wright "That's how strong my love is"

Sarah Simpson "I kicked the habit of loving you"

The Flying Burrito Brothers "The dark end of the street"

New Colony Six "Let me love you"

The Maharajas "Another turn"

The Dovers "About me"

Bettye Swann "Make me yours"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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17 octobre 2005 1 17 /10 /octobre /2005 22:00

Il est des morceaux soul que doit priser Roman Polanski. Il en est que le cinéaste aurait pu inclure, pour quelques secondes, dans la bande-son de ses films les plus inquiétants, "Le Locataire" en tête. "Fantasy world" de James Knight and The Butlers, "Break in the road" de Betty Harris en sont. Le plus obscur "Baa baa black sheep" les suit de près dans la catégorie des titres soul où des ombres absconses se profilent derrière le satin, où au beau milieu de la danse l'on sent une poignée de neige entre les épaules. Bref, le cercle restreint de la soul hantée.

A première écoute tout semble familier ; riff floridien, groove pectoral, intensité solennelle à la David Ruffin. Cependant c'est cette intensité hors du commun qui retient justement le toucher. Alors on commence à dénombrer les anomalies : les changements incessants de rythme, prédilection maladive pour le contretemps, le décrochage du groove en milieu du refrain, et surtout la béance provoquée par le break central, où l'orgue le plus inquiétant du monde se glisse dans la rue vide à la manière d'un chat trop symbolique.

Pas d'orgue du fantôme ici (voir l'article "L'orgue du Fantôme") : ni hululement nocturne, ni silhouette enturbannée stevensonienne, mais l'impression de devoir se mettre à l'abri à cause de l'oiseau-roc qui se profile dans le ciel blanc.

A ce moment, si le chanteur s'est absenté, ce n'est pas comme chez Lee Dorsey pour faire la sieste, mais afin de se protéger... De quoi? Peut-être des brimades qu'évoque le titre de la chanson, ou bien s'agit-il d'un motif racial, ou alors Chuck Brooks veut-il se préserver du champ de bataille magnétique qu'il a mis au jour... Quoi qu'il en soit, "Baa baa black sheep" contredira jusqu'à la fin de la musique les lectures unilatérales du genre infiniment complexe qu'est la soul music.

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16 octobre 2005 7 16 /10 /octobre /2005 22:00

Comique

Laissons la parole à Clifton Poire, le sympathique oncle Américain de notre précieux ami :"Comedy is ah ah ah. This goes from the greasy ah ah ah to the brainy ah ah ah. And the more you get closer to the brainy ah ah ah, the more you use your throat and close your mouth. In the greasy ah ah ah pattern, you're adding the teeth & cheeks movement, which can exhaust you. Laughing is good for yer health."

B. Bumble and The Stingers "Nut rocker"

The Emperors "Karaté"

Jennifer Wells "Dining in Chinatown"

The Tammys "Egyptian Shumba"

Nai Bonet "Jelly Belly"

Skip Stanley "Satellite baby"

Dee Jay and The Runaways "Boney Maronie"

Radars "Finger lickin' chick-en"

Groep 1850 "Mother No-Head"

The Jayhawks "The Creature from outer space"

Sly and The Family Stone "Chicken"

Gino Washington "Do the Frog"

Lee Dorsey "The Kitty Cat song"

The Kinks "Autumn Almanach"

Myron Lee "Fat Man"

Clarence Reid "Send me back my money"

The Atlantics 2 "Sonny and Cher"

The Interpretations "Jason Pew Mosso, part 1"

The Assortment "God bless our hippie home"

Mo & Jo "The Yo-yo song"

The Hush Puppies "Look for another love"

The Wild Tones "Fifty Megatons"

Archie King "The Vampires"

The Rivingtons "Pah pah oum mow mow"

King Coleman "The boo boo song"

Lara and The Trailers "Run for your life"

The Valiants "I don't wanna leave the Congo"

Singing Dogs "Rock'n'roll"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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13 octobre 2005 4 13 /10 /octobre /2005 22:00

            « Je vous en prie, prenez votre temps pour déchiffrer le code qui s’y doit lire, car je ne doute pas qu’il s’agisse là d’une sorte de sésame Psycho-batave, comme à peu près tout ce que notre cher Randall Webb a consigné dans sa vie ; seulement, ces métaphores-ci, qui me résistent depuis tant d’années, sont à ce point hardies que je m’en remets aux capacités exégétiques du premier venu, et vous pouvez être ce premier venu, quoique votre figure, votre maintien, qui dénotent tous deux une bonne éducation, une fière ascendance, m’inclinent à penser que je vous connais, non pas que nous nous soyons déjà rencontrés, mais je vous connais, et par là vous estime, vous prise comme l’être distingué, et pas, voyez-vous, comme le premier venu, qui, même si mon modeste antre l’appelle, n’en reste pas moins le premier venu, je vous connais comme si, chacun de nous de son côté, avait achevé un même destin, autour de questions semblables, jugées également par vous et moi de l’importance la plus insigne, à l’exemple de cette essence Psycho-batve, que je mentionnais à l’instant, et qui, mon absence d’étonnement en faisant foi, vous doit être familière et révérée, non, je ne saurais penser autrement qu’en termes de gémellité désirante puisque vous et moi, sachez-le une fois pour toutes, sommes mus par un désir absolument identique. » A ces mots, je me retournai et dévisageai mon hôte. C’était un pêcheur d’une quarantaine d’années, de corpulence moyenne et au visage fin et tendu. Il avait ce teint propre aux anciens clercs de mon enfance, que les longues veillées au-dessus de la paperasserie juridique avaient rendu pareil aux registres qu’ils établissaient. La voix ourlée et lointaine qui avait émis sans effort de longues et sinueuses sentences me paraissait inadaptée à la silhouette qui se tenait devant moi. Ce ne fut qu’aux premiers gestes que l’homme esquissa en ma direction, pour m’inviter à prendre place, que je devinai chez lui un souffle et une forme physique indéniables. Les exercices sportifs, qui avaient sculpté Randall Webb, Poire et les autres, avaient également fortifié mon hôte qui, je le rappelle au lecteur distrait, jouissait d’une réputation immense de danseur. Il était un poète et un danseur, et bien savant eût été celui ou celle qui aurait décelé chez lui le talent qui avait précédé l’autre. « Sred Sweign, si j’étais imbus de diplomatie orientale, j’exécuterais immédiatement une génuflexion, mais parce que je suis fils de la mythique Amérique, je vous serre virilement la pince, mon cher ami. » Sred Sweign, le fameux Italo-américain de New Bedford, d’ascendance finlandaise, sourit de manière engageante, en montrant sa dentition qui était saine. « Boulter Lewis, c’est donc vous ? Je n’avais pas remarqué que vous portiez votre plaque de policier. Ainsi on ne m’avait pas menti, les forces de l’ordre abritent en leur sein le plus généreux des Psycho-bataves, le seul partenaire de pensée de notre regretté Randall Webb. Voulez-vous savoir ce qui me lie à votre ami, comment et où je l’ai rencontré ? J’imagine que votre visite est liée à sa disparition, aussi devez-vous m’interroger. Il est tout naturel que vous écoutiez le récit que je vais entreprendre :

 

 

Sred Sweign, a man, the seagulls, the sea

            « Il y a près d’une année, sur la requête de Jean Pop 2, qui exècre tout déplacement personnel, j’avais arpenté la Toscane et ses environs afin de localiser le site idéal pour la construction d’un domaine d’un genre très particulier, le Domaine du Corps, qui devait servir de complément au déjà ancien Domaine de l’Esprit, qui se trouve à Fort Worth. En effet, Jean Pop 2 vivant tragiquement la séparation ontologique de la nature humaine, celui-ci envisageait de réaliser matériellement cette séparation en faisant bâtir deux domaines, le Domaine du Corps et le Domaine de l’Esprit. Je me trouvai ainsi sous la lumière angélique du ciel toscan à la recherche du lieu qui soulagerait la souffrance de notre ami. Un après-midi de flânerie me vit entrer dans un minuscule cinéma d’une bourgade appelée Donnafugata. J’y assistai à une projection de L’Innocent, et je ne pus convenablement m’imprégner de cette histoire tant l’unique spectateur, qui m’avait précédé dans la salle, semblait faire son possible pour nuire à l’intelligibilité des dialogues en suçotant avec rage une cuisse d’agneau et en rejetant d’épaisses fumées de son cigare. Quand le film fut terminé, je bondis vers le malotru dans l’intention explicite de lui déchausser quelques incisives, mais le propriétaire du cinéma, surgissant je ne sais d’où, m’arrêta d’un simple regard, à la fois triste et seigneurial, le regard d’un lion que ses lionceaux ont déshonoré. Je retrouvai mon calme et allai saluer l’homme, dont je sus alors qu’il ne fallait pas m’aliéner la bienveillance. C’était Randall Webb. Oh non, même lorsqu’il regardait une œuvre de cinéma, Randall Webb refusait de considérer autre chose que la musique Psycho-batave. S’il avait assisté à la séance, m’expliqua-t-il, ce n’était pas pour le film lui-même, dont il ignorait tout, mais par respect pour celui qui le projetait depuis un an, le merveilleux Adrian Lloyd, qui avait chanté « Lorna » en 1965, c’est pour lui uniquement que vous me voyez ici en train de dîner de cette succulente cuisse d’agneau, car la présence d’un génie, ou le tumulte de pensées hautes et galvanisantes, me donnent de l’appétit, et je ne cesserai pas de manger en votre présence, sachez-le bien, j’aurais tort d’interrompre mon dîner quand le désir de parler à un étranger de ce qui m’agite se fait pressant, d’ailleurs vous ne m’êtes pas étranger, j’ai lu votre poésie, celle de Buvnana aussi, je sais qui vous êtes, Sred Sweign, et votre apparition suscite en moi la création d’images, toutes ayant trait à la romance, au poignant dans la romance, je vous vois danser fougueusement au bras d’une sculpturale femme noire et vous effondrer de douleur pour aussitôt vous ressaisir, parce que la musique rayonne joyeusement dans votre cœur, qu’elle ne vous a pas abandonnée, non, la musique, ainsi que cette femme, vous contentent, et la révélation de ce contentement, le fait superbe que deux réalités, de cette Terre, puissent contenter une âme, voilà ce qui vous émeut aux larmes, oui, un contentement se produit et sitôt consumé, un autre se profile, ainsi nous pourrons à nouveau nous réjouir, cela Sweign, c’est l’explication de votre joie. Alors je songe à Louis Williams et à The Ovations, qui chantaient en 1965 « I’m Living Good ».

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10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 22:00

      L'Islande ne fascine plus personne, terre sans âme pour hommes sans coeur. Aujourd'hui refuge chic pour informaticiens et vidéastes à lunettes rectangulaires, sexy comme un mannequin anorexique en moufles ; l'Islande n'a pourtant pas toujours eu la patine pédé progressif qu'elle brosse aujourd'hui fièrement.

      N'oublions pas qu'on y buvait des alcools forts dans le crâne de son ennemi, à l'époque où les Islandais ressemblaient davantage à Ernest Borgnine qu'à une publicité pour agence publicitaire.

 

      Puis, avec Thor's Hammer dressés dans la tornade, c'est la traditionnelle et rassurante histoire du groupe éclos avec la deuxième vague du rock'n'roll : au départ influencés par The Shadows, à tel point que la première formation est baptisée The Shadows (mais en Islandais : Skuggar), le groupe connaît un remaniement lorsque le chanteur se fait opérer des amygdales. puis un voyage à Glasgow du guitariste avec son équipe de foot verra ce dernier acheter son premier album des Beatles, sésame pour un renouvellement magique du répértoire du groupe, devenu soudain grenier Psycho-batave. Puis c'est le film à la "Hard day's night" : "Umbarumbamba".

      D'après la tendance des producteurs de l'époque à neutraliser les impulsions les plus mortifères en les muant en farce souriante, on peut dire qu'"Umbarumbamba" est un film bien en deça de sa bande-son, soit quatre morceaux, quatre cercles de l'enfer islandais : colère crasse ("I don't care"), ennui teinté d'illusions ("Better days"), brutalité paysanne ("The big beat country dance") et sentiment d'inanité ("My life"). Quatre morceaux qui en fin de compte disent merveilleusement l'adolescence mais moins bien qu'un cinquième, "By the sea", écarté du projet final, probablement par un producteur vieux loup.

      C'est pourtant cette chanson qui traduit le mieux ce moment de la vie où la douceur maternelle se mêle de rouge et qu'on prend conscience qu'à trop étreindre on étrangle. C'est sur ces accords de guitare sèche emballés par une batterie trop pressée, heurtée comme dans un bus bondé, que s'entrelacent deux voix qui semblent elles aussi se dépêcher de vouloir.

      Et c'est toute la force de ce morceau, magnifique témoignage de la tendresse primitive, du feu intérieur Psycho-batave qu'éprouve l'adolescent quelques secondes dans sa trop longue vie.

(Vous pouvez écouter le morceau "By the sea" dans le module musical en haut de la page)

 

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8 octobre 2005 6 08 /10 /octobre /2005 22:00

Tragique

Ainsi parla M. Poire à un prosélyte qui voulait présenter à un pédé progressif une synthèse du tragique Psycho-batave : "Parlez de la fatalité, de la recherche de la perdition (Warren Oates !), de l'aliénation, de l'impossibilité de concilier ses contraires, du soleil brûlant, de l'espace confiné, de la mort horrible."  Oui Poire, bien dit.

The Last Straws "A woman of gradual decline"

Murphy and The Mob "Born loser"

The Tikis "Somebody's son"

The Dogs "Don't try to help me"

Mike's Messengers "Gone and left me"

Los Bravos "Going nowhere"

The Brimstones "It's all over now but the crying"

Big Maybelle "Oh lord what you are doing to me"

Minnie Ripperton "Expecting"

David Ruffin "Each day is a lifetime"

The Barons "Live and die"

Sportin' life "Servant to the sky"

The Dhag Dhag's "Tipo sicodelico"

Destiny's Children "The fall of the queen"

Roy Junior "Victim of circumstances"

The Bare Facts "Bad part of town"

Jackson C. Frank "Dialogue"

The Lost And Found "Don't move girl"

The Mojos "Love does it's harm"

Little Tommy Brown "Don't leave me"

Jeb Stuart "Will I ever be free?"

Betty Harris "Bad luck"

Scott Walker "Always coming back to you"

Roy Orbison "Crying"

The Whyte Boots "Nightmare"

The Mops "I'm just a mops"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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