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1 octobre 2005 6 01 /10 /octobre /2005 22:00

           Des larmes. Je devais prendre ces larmes pour point de départ. Elles m’avaient été suggérées par l’apparition-même de Randall Webb au son de « Wait Til The Summer » de The Illusions. Les larmes formaient un texte énigmatique renfermant à la fois une morale de vie et l’identité d’un premier témoin dont je m’empresserais de recueillir le témoignage. Or connaissais-je plus d’un être réputé pour ses larmes, celles qu’il versait abondamment dans un élan d’amour et de bonté, dans une tension inaltérable vers le secret de la terre, la beauté de ses créatures, la joie de son inspiration ? Il me fallait interroger cet homme, pleureur impénitent, « crying poet », redoutable danseur et athlète impeccable. Il vivait à New Bedford, petite ville de pêcheurs dans le New Hampshire, où il exerçait le vénérable emploi de contrôleur des douanes. Le poste qu’il occupait s’adossait fébrilement à l’Océan, dissimulé derrière une rangée de bâtisses oranges uniformes, ce qui donnait au visiteur l’impression succincte que l’occupant logeait en vérité dans les flots et qu’il remontait à l’occasion dans sa cabine qui servait de passage vers la terre ferme. Cette idée était renforcée par le fait qu’aucune serrure n’en protégeait l’entrée. Je me glissai ainsi dans l’endroit, en l’absence de son propriétaire, et examinai avec intérêt les rares objets et pièces de mobilier qui en composaient l’intérieur. Une table en bois tressé était disposée au centre de la pièce. A gauche, la silhouette noire d’un bureau de nacre imposait silence et recueillement au visiteur, auquel ne pouvait échapper la crête brouillonne de papiers administratifs, tandis qu’à l’opposé, une couche de nattes rappelait opportunément la simplicité de l’homme qui y dormait. Une seule fenêtre, de dimensions ridicules, laissait pénétrer la lumière blafarde de l’Océan. Je m’approchai du mur en face de l’entrée. Dans un cadre était glissé un très émouvant daguerréotype, représentant un barrage à Louxor, en 1903. Au milieu du paysage, l’aïeul de notre ami, maître de chantier, arbore médailles honorifiques et demi-sourire avec la plus exacte civilité. Puis, un peu plus haut, le poster dédicacé de toute l’équipe (« the team ») des L.A Express, formation 1983.

           Ce poster témoigne de la profonde amitié qui liait jadis notre homme et le coach des L.A Express, Jean Gopoulos, l’un des tout premiers Psycho-bataves, génial au point d’avoir très tôt rompu tout lien avec la musique, vers 1968, producteur et arrangeur spectaculaire, jalousé par Ed Cobb qui lui reconnaissait un flair commercial inégalable, un sens de l’humour sonore insondable et une facilité proverbiale avec les femmes de la haute société, qu’il charmait en grande quantité à l’aide de son Pat. Après avoir entraîné les Express, Jean Gopoulos s’est reconverti dans la gérance de casino : il est aujourd’hui à la tête du Caesar’s de Las Vegas. En promenant mon regard sur les étagères frustes au-dessus de la couche de nattes, je relevai la présence d’ouvrages de droit maritime ainsi que plusieurs essais d’agronomie et de planification sociale. Mais l’atout principal de cette collection était assurément la somme biographique et analytique de Jean-Pierre Paul-Poire sur Marvin Marty, le démiurge du Film de Cave. J’observai la feuille de papier faisant office de marque-page : quelques mots indistincts griffonnés avec violence, où je crus comprendre qu’il s’agissait d’os sacrés, de juments pleines et de The Talismen. Ils étaient signés RW.

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25 septembre 2005 7 25 /09 /septembre /2005 22:00

Epique

Maître Poire talking : "Nous consacrons une série de quatre émissions à la science poétique d'Aristote, examinant ses répercussions les plus contemporaines sur la musique psycho-batave. L'épique, premier des deux registres théorisés par le philosophe, est défini comme la représentation narrative d'un objet supérieur, autrement dit des personnages d'essence noble aux prises avec un événement d'importance nationale, comme la guerre de Troie ou la mort de Joe Meek."

The Byrds "John Riley"

The Dovers "The third eye"

We The People "In the past"

The Valentines "Peculiar hole in the sky"

The Pagans "Baba yaga"

The Werps "Love's a fire"

The Burgundy Runn "Stop!"

The Chairmen Of The Board "Working on a building of love"

The Minx "Doin' it"

Clifford Curry "Ain't no danger"

The Left Banke "Desiree"

The Scene "Scenes (from another world)"

The Gregorians "Dialated eyes"

The Rare Breed "I talk to the sun"

The Maundy Quintet "I'm not alone"

The Famen "Hurry"

Chuck Woods "Seven days too long"

Cecil Washington "I don't like to lose"

Carla Thomas "I'll never stop loving you"

The Easybeats "Me and my machine" 

The Undertakers "Love so dear"

The Shoremen "She's bad"

The Outsiders "She's coming on stronger"

Ray Crossen

The 5c Stamp "Gotta go now"

The Remains "Heart"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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20 septembre 2005 2 20 /09 /septembre /2005 22:00

Sred Sweign atteint d'une maladie non encore diagnostiquée !

Pour rédiger son poème-fleuve "La Lumière Nuit", notre ami s'est exposé de manière irraisonnable au soleil. Nous lui souhaitons le plus prompt rétablissement, et ce que nous pouvons faire de mieux pour le moment, c'est lui dédier ce poème de The Painted Ship, baladins intemporels de Vancouver.

The Painted Ship "And she said yes"
all right, gonna tell you 'bout a woman asked my woman, do ya love me? would you never put anyone above me? and she, said YES all right, she said yeah beautiful women -- so hard to find come on baby, are you mine? and she, she said yeah all right, she said yes will you hold me ? (she said yes) will you hold, squeeze me all the time (she said yes) and she said, (she said yes) all right baby (she said yes) said baby, can I take ya? said baby, can I make ya? and she said, she said yeah all right, she said yeah all right, she said yeah all right, (she said yes) ooowwh.. said baby, you know I can love you better than another man and she said, she said yes all right, she said yes said baby, will ya me? will ya hold me, each and every night and she said, (she said yes) all right, (she said yes) alllll right..
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20 septembre 2005 2 20 /09 /septembre /2005 22:00

Le Dan dit oui

The Band, cousins germains du Dan

Lors de ce nouveau marathon Psycho-batave, nos deux héros infaillibles montrèrent qu'il existe une certaine forme de Dan avant le Dan, appelée en toute logique proto-Dan, et qu'elle vit aussi bien le jour dans les grands studios californiens que dans les garages du midwest. Et en dépit des quolibets des amateurs de rock progressif, La Parole fut une fois de plus proférée.

Strawberry Alarm Clock "Shallow impressions"

The Montclairs "Hung up on your love"

Dalton and Montgomery "Blackmail"

The Jades "Surface world"

The Millenium "The know it all"

Max Frost and The Troopers "Shape of things to come"

Porgy and The Monarchs "If it's for real"

The Smoke "October country"

Crabby Appleton "To all my friends"

The Rocking Roadrunners "I'm down"

Buffalo Springfield "On the way home"

Bobby Fuller "Don't ever let me know"

Oscar and The Majestics "Gotta have your loving"

The Solid Ground "Sad now"

The Bay Ridge "I can't get her out of my heart"

The Band "King harvest has surely come"

Roger Nichols and The Small Circle Of Friends "Just beyond your smile"

The Young Rascals "My world"

Plush "Having it all"

The Unknowns "The modern era"

Colours "Bad day at black rock, baby"

The Music Machine "Absolutely positively"

The Mushrooms "Burned"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

 

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12 septembre 2005 1 12 /09 /septembre /2005 22:00

          Messieurs,

          L'un des vôtres a récemment déposé dans ma boîte à lettres un disque compilant des chansons tristement francophones des années 60, cadeau que je n'aurais jamais accepté en mains propres, à plus forte raison en public.

          Mais parce que je suis sociable, et parce qu'il ne faut jamais vexer un vieux loup, j'ai écouté le disque  et j'aurais pleuré de honte si je n'avais la certitude que seules comptent les larmes de joie lors de l'assaut final. Le moment le plus pénible, obscène et révélateur fut "la fermeture éclair" par une certaine delphine, qui éhontément reprend le fond instrumental du délicieux "In the past" de We The People en se contentant de substituer à la candeur inquiète de la voix de Wayne Proctor son grasseyement de charcutière.

          Je n'avais pas fini de ronger mes ongles : le morceau, le lambeau devrais-je dire, charriait toute la vulgarité d'un dimanche de pluie aux puces de Saint-ouen. La dimension fantasmatique des paroles de We The People était gommée au profit de la mode rance telle que la "détourna" andy ouarolles. Wayne Proctor rêve à voix haute, delphine, qui est aujourd'hui morte, faisait du shopping.

 

We The People, citoyens Psycho-bataves

         

          Non, amis vieux loup, resaisissez-vous...

         Chez We The People, cette obsession cristallisée des temps anciens se retrouve formulée musicalement dans une autre chanson, chef-d'oeuvre du groupe versant Wayne Proctor, "Saint John's shop", d'un brun de candélabre, qui aux côtés de "My true love" de Bobby Fuller et de "Frozen laughter" de The Rising Storm figure parmi les sommets de la ritournelle médievale sixties. A travers cette chanson, c'est le droit à la sentimentalité, à la suspension, à rester ailleurs, que nous revendiquons, pour nous, pour le groupe et pour vous. Non, une chanson de 1966 n'a pas d'intérêt qu'à condition de rappeler l'efficacité grossière de celles de 1977. Non, la tendre face B n'est pas qu'une obligation mercantile pour flatter l'oreille après l'assaut mené contre cette dernière par la rugueuse  face A. Non, la profusion mélodique n'est pas valable moyennant un recul ironique ou un esprit de farce, bien au contraire. 

          Vous serez Psycho-bataves le jour où vous écouterez aussi les faces B. Le jour où vous accepterez que votre vie s'épuise en rêveries.

        

 
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8 septembre 2005 4 08 /09 /septembre /2005 22:00

Le Dan n'en voudrait pas

La chose est maintenant établie depuis longtemps : Steely Dan est le groupe punk ultime. Mais il y a beaucoup de choses qu'ils n'auraient jamais accepté en studio et c'est sur ces imperfections techniques et sonores que se sont penchés Jeanpop2 et M. Poire, Holmes et Watson du rock sixties.  Et ils ont bien fait leur job, car ce sont des pros.  

Bunker Hill "Little red ridin' hood"

Dean Carter "Jailhouse rock"

The Purple Underground "Count back"

Gene Willis and The Aggregation

General Crook "Do it for me"

Sir Guy and The Rocking Cavaliers "Funky Virginia"

Frank Howard "Judy"

The Shan Dells "Please stay"

The Cryin' Shames "Please stay"

Paul, Ritchie and The Cryin' Shames "Come on back"

The Del-Vetts "Last time around"

The Other Side "Out my light"

The Little Bits "Girl give me love"

The Hearsemen "Don't be late"

Betty Harris "Break in the road"

The Red Squares "You can be my baby"

I 5 Monnelli "Balbettando"

The Missing Links "You're driving me insane"

The Baptist Generals "Pats the rub"

Thee Midniters "Jump, jive and harmonize"

The Syndicats "Crawdaddy Simone"

The Beathovens "Summer sun"

I Principi "Diabolik"

The Colony "Pseudo psycho intuition politician"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

 
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4 septembre 2005 7 04 /09 /septembre /2005 22:00

Maison/Foyer

C'était la rentrée pour l'émission de Jeanpop2, et pour fêter le retour de la saison de la fertilité, notre héros invita une partie de sa maison, son père et son fils, à partager la joie toute enfantine d'un M. Poire frippon comme jamais. Les membres de la famille royale, quoiqu'intimidés, employèrent leur talent oratoire pour chanter Jeanpop2 comme il se doit. 

Richard and The Young Lions "Open up your door"

The Bluestars "Baby come home"

Jackie Edwards "Come on home"

The Chambermen "Louie go home"

The Mystery Trend "House on the hill"

Roy Orbison "House without windows"

The Blue Things "Doll house"

Lou Pride "I'm comun'un home in the morn'un"

Danny White "Keep my woman home"

The Tangeers "This empty place"

The Guys who came up from downstairs "Growth"

The Sonics "I'm going home"

The Primates "Knock on my door"

The Honest Men "In my room"

The Golden Earrings "In my house"

Normie Rowe "Going home"

Tracy Dey "Marching home"

Ann Peebles "I'm gonna tear your playhouse down"

Marie Queenie Lyons "Daddy's house"

The Yoyo's "Crack in my wall"

The Action "In my lonely room"

The Escorts "House on soul hill"

Gino Washington "I'm coming home"

Days Of The Weeks "Home at last"

 

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

 
 
 
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3 septembre 2005 6 03 /09 /septembre /2005 22:00

            Acculé à la honte de devoir justifier pour autrui et pour moi-même l'orthodoxie de ma croyance, je me dirigeai vers le compartiment secret, plaçai les pièces du jeu d'échecs, m'emparai du disque de The Illusions, ajustai la vitesse de lecture et jouai "Wait Til The Summer". Le ridicule de cet empressement ne doit pas faire oublier que mon identité allait probablement vaciller et voler en miettes s'il s'avérait que le curieux phénomène noté plus avant dans la journée ne se répétait pas, prouvant ainsi que Boulter Lewis, amolli par la retraite et le sirop d'érable, avait déchu au rang de hippie mystique misérable. Alors le froid de l'épée me glaça à nouveau. Mais cette fois, j'éprouvai un bonheur et un soulagement infinis. Non seulement le froid demeura et me permit de vérifier qu'il n'était pas le produit de mon esprit, car l'air se soulevait par masses au moindre souffle, les vitres étaient dépolies, le mercure baissait à vive allure, mais surtout la forme d'un buste surmonté d'un heaume se profila  juste en-dessous du plafond, dans un halo aveuglant et crêpé sur les bords. Soudain le buste se para de traits que je connaissais bien, et un choeur des deux sexes explosa, attestant l'origine chrétienne de ce prodige, comme si le chant avait voulu tracer un corridor céleste reliant l'apparition à son jardin. La voix familière, avec une résonance telle qu'aucun studio de New York, entre 1963 et 1965, ne sut l’approcher, la voix tonna depuis sa haute résidence ce que nul homme, hormis l'auteur, ne devait entendre : " Boulter, mon apparition est l'oeuvre de Richard Thorpe. Ainsi s'était matérialisé le Graal aux yeux chrétiens de Galahad le Pur. La puissance sensorielle du prodige doit être éprouvante pour celui qui le contemple et je ne peux hélas ni voiler l'éclat de mon image ni diminuer le volume du choeur. Tes sens seront donc amoindris et aucune médecine, je dois l'avouer, ne les restituera dans leur primeur. Boulter, comprends-moi, ma vanité ne pouvait résister à pareille mise en scène ! Boulter, défie-toi de ce que ton corps exige ! Me pardonnes-tu ? Boulter, mon très vieil ami, que j'ai trahi et négligé, à qui j'ai manqué de la plus élémentaire reconnaissance pour ses conseils spirituels et son soutien matériel, Boulter, on m’a assassiné ! Non, ne pense pas qu’il s’agit là d’une manœuvre, je suis, comme tu le sais, un être de peu d’ironie et de peu de ruse, nul ne saisit moins que moi les entrelacs passionnels et judiciaires d’un film noir de 1947, et parce que je ne m’y entends guère en double entendre, pas une réplique de Robert Mitchum ne fut claire pour moi, certes je pouvais participer de la malice d’un Rex Harrison ou de la fière détresse d’un Stewart Granger mais Robert Mitchum, lui, dont j’eusse aimé qu’il fût le parrain ou même le père du fils que je n’ai pas eu, Robert Mitchum m’est resté impénétrable et avec lui, tout un art de la conversation qui est l’art de la conversation de 1947, assemblage net d’humour, de mélancolie et de concision, difficile assemblage dont je ne me suis pas rendu maître parce qu’il me manquait l’étoffe de la poisse, même à présent que je suis mort, assassiné, je ne parviens pas à me hisser au tragique Mcwellback qui définit aussi bien cet art de la conversation de 1947, que Robert Mitchum pratiquait, imperturbable et invincible. La mort, Boulter, s’est réjouie de trouver en moi l’héritier naturel de ces revenants vengeurs et bilieux dont nous lisions les contes avec émerveillement et frayeur à la fois. Je suis un fantôme du Nord, Boulter. Ne crains pas d’être ici le jouet d’une illusion ou d’un désir refoulé : mon essence est telle que tu ne saurais m’avoir convoqué sans que je l’eusse voulu. Comme l’idée de Dieu est trop sublime pour être le produit d’une ratiocination, Randall Webb est trop Psycho-batave pour être le fruit d’un rêve. Boulter ! Pars interroger les principaux témoins de mon assassinat, apprends-leur que je n’ai pas décédé de mort naturelle et qu’il y avait à bord de la croisière un meurtrier ! Un expert en poisons. Oui, Boulter, je peux t’affirmer que du poison a coulé dans mes veines. Ah ! J’ai cru un instant être woody guthrie et puis, la douleur a annihilé ma conscience. Sache ceci, mon ami : mon meurtrier était dépourvu de Pat. Adieu, Boulter. »

 

 

 

            De nouveau, je pleurais, mais les larmes qui barraient mon visage avaient changé leur signe. Elles coulaient maintenant douces et abondantes, fraîches et lumineuses, les larmes héroïques qui ne comparent leur sel qu’à celui des sources montagneuses où l’on puise l’eau des bassins, l’eau des haciendas et des vieux palais andalous, dont on contemple mollement, avec désintérêt parfois, l’égale surface depuis l’ombre d’une galerie, cette eau de la Victoire qui inonde la joue de la Justice, je la rapportai au vers « We’ll forget the tears we cried » de « Wait Til The Summer », et je sus qu’elle en formait non pas l’idéale antithèse, mais l’idéale solution : oublions ces larmes de tristesse et accueillons d’autres larmes.

 
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28 août 2005 7 28 /08 /août /2005 22:00

« Clarence Reid m’a ruiné mais il est resté mon ami »

 

Q. : Au commencement des années 1980, vous vous découvrez la vocation d’un entrepreneur dans le secteur du divertissement.

 

 

JP2 : Attendez Peter, avant cela j’aimerais que l’on s’attarde sur les courses de bagnole.

 

 

Q. : Je vous en prie.

 

 

JP2 : J’ai monté une écurie en Floride. Je l’ai baptisée « BF Kings Of The Wheels ». Tous mes vieux potes avaient leur chance.

 

 

 

Q. : Cette passion pour les bolides vient-elle de l’enfance ?

 

 

 

 

JP2 : Pas vraiment. Je trouvais ça top-notch et ça rapportait du pognon. Alors je me suis offert une chaîne privée, qui émettait en Floride.

 

 

 

Q. : Vous ne me parlez pas davantage de votre écurie ?

 

 

 

JP2 : Trop de mauvais souvenirs, Peter. On ne meurt pas qu’au Vietnam.

 

 

Q. : …

 

JP2 : La mort, Peter, la mort frappe ! Vous le savez, n’est-ce pas ! La mort a pris Don Creux. Il y a eu John Cazale puis Marvin Marty, entre temps Don Creux. C’est comme ça.

 

 

Don Creux, doing it his way (1976)

 

Q. : Qui était Don Creux ?

 

JP2 : Il était mon meilleur pilote. frank zappa lui a revendu de la mauvaise drogue et pourtant Don Creux n’était pas un junkie. Seulement frank zappa s’était montré persuasif, insistant, employant des hommes de main pour forcer mon ami à absorber des drogues. Don Creux a écrasé sa Lamborghini contre la remise de mon hélicoptère, qui depuis porte le nom du défunt.

 

 

Q. : Ce drame a donc précipité la création de votre chaîne privée, JP2C ?

 

 

JP2 : Oui, je ne pouvais plus souffrir le bruit d’un moteur. L’idée consistait à remettre à l’honneur ces authentiques légendes de l’Etat de Floride que sont Wayne Proctor de We The People, Clarence Reid, Betty Harris, Bob Jabour de The Cavemen, Coventry Fairchild de The Clefs Of Lavender Hill et d’autres tout aussi étincelants. Chacun se voyait confier la direction d’un show de trois heures où il était libre de décider la forme et le contenu. Tous les présentateurs portaient cependant un survêtement bleu où les initiales de la chaîne étaient inscrites en filigrane doré. L’uniforme, Peter, c’est ce qui signale une armée et je vous rappelle que je suis né et que je reste un guerrier Psycho-batave. J’ai également innové en matière de répartition du public : hommes et femmes étaient séparés par une rangée de tapirs. L’impact visuel était énorme et j’évitais ainsi toute contamination.

 

 

Q. : De quelle contamination voulez-vous parler ?

 

 

JP2 : AIDS, mon pote. En 1980, nous étions une poignée à penser que l’apparition de ce virus impliquait l’abolition totale et immédiate de tout rapport sexuel. Puis tout s’est arrangé quand j’ai su que le virus n’affectait que les homosexuels. J’ai alors réservé l’aile gauche de l’auditorium aux tapirs, et hommes et femmes se sont à nouveau mélangés.

 

 

 

Q. : Pourriez-vous, à l’usage de nos jeunes lecteurs, décrire une journée-type de programmation ?

 

 

 

JP2 : Cela débutait avec le télé-achat, avec Coventry Fairchild qui présentait d’un côté des disques rares de l’autre côté des objets pratiques, « domestic tools », comme des gaines en daim ou de la graisse de tapir, etc. Ensuite, Clarence Reid, entouré de femmes nues, ouvrait notre section jeunesse, en lisant des contes du monde entier. A midi, à défaut de journal, une série retraçait les destins des grands héros Psycho-bataves du vingtième siècle : Don Creux, Idi Amin Dada, Jean Pop 2, John Saxon, John Cleese, John Pop 2, etc. En début d’après-midi, des courses de bagnole vintage, mon pote, commentées par Wayne Proctor. A 18 heures, Clarence Reid était de retour pour animer le grand show qui accueillait les plus grosses fortunes du pays. On organisait une Roue de la fortune  et le vainqueur empochait soit l’hôtesse, soit la collection de disques. Les plus défavorisés par la chance repartaient tout de même avec une dent de Don Creux. A 21 heures, cinéma ! Bob Jabour tenait le ciné-club, choisissant avec une pertinence inégalée les thèmes du soir : la randonnée pédestre dans le Wyoming, le coin du feu, la sollicitude paternelle, la main sur l’épaule, etc. Enfin, à 1 heure du matin, Clarence Reid, depuis son jacuzzi, initiait la diffusion d’excellents pornos du monde entier.

 

 

"It was a great day for Winnie the Pooh..." Clarence Reid

 

Q. : Combien de temps cela a-t-il duré ? Qu’est-ce qui a précipité la chute de votre empire télévisuel ? Rappelons que Forbes vous avait consacré la première page dans son numéro de juin 1981.

 

 

JP2 : Clarence Reid m’a ruiné mais il est resté mon ami. Celui-ci, ivre de pouvoir, présentait en effet trois programmes dans la journée et jouissait alors d’une popularité immense. Bref, Clarence Reid a momentanément perdu ses repères un jour de mars 1984. Je m’interroge aujourd’hui sur la pertinence d’avoir confié au même homme les programmes pour la jeunesse et les programmes réservés aux adultes.

 

 

Q. : Que s’est-il donc passé avec Clarence Reid ?

 

 

JP2 : Clarence s’est fait pomper le dard par Winnie the Pooh, dans le costume duquel se cachait la veuve de Don Creux, Teresa Creux. A l’heure de nos programmes pour la jeunesse, devant des milliers d’enfants. Clarence a néanmoins réussi à lire son conte, il a fait son job. Mais Teresa Creux, paix à l’âme de Don, Teresa n’était pas à sa place. J’ai dû fermer boutique, ma licence m’ayant été retirée dès le lendemain du drame.

 

 

Q. : Puis vous disparaissez…

 

 

JP2 : Oui. De 1985 à 1995, j’ai vécu dans divers endroits aussi misérables qu’une crackhouse du Nebraska, un van à Hawaii, un pavillon de chasse dans le Tyrol, à proximité de la demeure de Thomas Bernhard, qui, curieusement, ne semblait pas me reconnaître, une grange dans le Jutland où je gagnais ma vie en me battant contre des chiens, à Madagascar où j’ai tenté dans un regain de confiance d’être missionnaire auprès des sauvages locaux... Je vais vous dire une chose, Peter, j’ai bien cru que mon Pat allait y passer.

 
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25 août 2005 4 25 /08 /août /2005 22:00

            A mesure que mes tempes blanchissent et que mes muscles se raidissent, ma mémoire et ma réceptivité aux plus infimes nuances de la sensation imaginative améliorent leurs facultés. Mes fonctions d’officier de police toucheront bientôt à leur fin et il est temps pour moi de me détacher de toute velléité d’action pour m’adonner à l’étude patiente de mes souvenirs. Non que j’incline à célébrer le passé mais la somme d’expériences et de pensées qui me constitue est suffisamment conséquente pour que je doute d’en avoir tiré les meilleurs enseignements. Il me faut examiner ce que j’ai traversé et en saisir la logique ainsi que la signification. Une vie sans doute ne suffit pas à épuiser les richesses du Psycho-batave, mais je veux terminer la mienne dans un état avancé de connaissances. A cette fin, j’ai aménagé une bibliothèque où les quelques milliers de disques que je possède ont trouvé un espace qui leur convient : les meubles qui les soutiennent sont finement sculptés, la lumière qui les baigne est authentiquement italienne, les murs roses même solidement charpentés semblent exhaler une fragilité de cristal. Au centre de la pièce j’ai disposé un minuscule guéridon où l’on peut feuilleter le registre ainsi que le catalogue commenté, préparé par mon ami européen, le sensible Sred Sweign. La pièce forme un carré à l’intérieur duquel les cloisons internes dessinent un dédale. Il était évident que la forme circulaire soit proscrite, les coudes et les angles devaient abonder. Pour peu que l’on visite chaque rayonnage, on tombera sur une chaise Récamier tendue de velours émeraude, devant laquelle un tourne-disque a été installé. Là je prends place et diffuse les chansons qui ont jalonné mon initiation au Psycho-batave ; je planifie l’ordre de passage en songeant que le chiffre peut se révéler déterminant. Mon épouse, qui me juge avec une sévérité accrue depuis que je ne matraque plus les amateurs de reggae et de skate-core, raille mes précautions en avançant, avec pertinence, que mon souci cabalistique du chiffre est une tare de hippie, que je devrais donc essayer d’écouter tel disque de The Cindermen les pieds nus, avec un casque d’aluminium ou bien faire brûler un bâton d’encens devant un portrait d’Allen Ginsberg. « Je n’ai pas épousé jery garcia que je sache ! ».

            Faisant fi de l’humeur rogue de mon épouse, je perfectionnais le système de ma bibliothèque par l’apposition de rails. Ainsi je pouvais dissimuler les disques dont j’étais le moins fier et dont je ne craignais pas que l’obscurité les déformât. Je plaçai également une échelle me permettant d’accéder aux disques les plus précieux, placés au sommet de chaque étagère afin de se régénérer dans la lumière d’Italie. Quant aux disques dont la beauté pouvait rendre fou et meurtrier, je les nichai dans un compartiment secret dont l’ouverture serait commandée par une série de mouvements précis sur l’échiquier des Indes que m’avait offert Sean Bonniwell. Si l’on s’avisait de forcer le compartiment, manuellement ou bien à l’aide de technologies raffinées, il exsuderait du compartiment un poison arabe assez subtil pour engourdir les sens de l’agresseur. C’est là que j’allai trouver le très imposant 45 tours de The Illusions : « Wait Til The Summer », qui me paraissait ce soir-là magiquement indispensable. Il n’est pas rare que l’on fasse consister en une capsule musicale la noblesse d’un paysage ou la perfection d’un instant, mais que dire d’une capsule qui ne renfermerait qu’un événement, le nom que je donnerais à une sensation intellectuelle ? Et une sensation intellectuelle qui ne serait causée ni par un épisode biographique ni par une carte d’aventures encore moins par un réseau d’images, quelle serait-elle ? Précisément, ce type spécifique de sensation naît de ces quelques disques qui tapissent mon compartiment secret. S’il faut la circonscrire, je dirais qu’elle se ramène à un phénomène de la Nature, à une force primordiale et suprahumaine. C’est la propulsion ou le tourbillon de Ken Williams sur « Come Back », la compression de The Painted Ship sur « And She Said Yes », l’enveloppement sur « Depression » de The Specters, le glissement sur « Shades Of Blue » de The Werps, la résistance sur « The Payback » de James Brown, et la gracilité sur « Wait Til The Summer » de The Illusions, dont le patronyme suscite la raillerie chez les gras imbéciles. Oui, cette gracilité que rien n’entrave, pas même le texte insipide qui, bien au contraire, déréalise un peu plus la musique, cette gracilité appartient à la Nature. « Wait Til The Summer » semble à première écoute posséder quelques affinités avec le canonique « Eight Shades Of Brown » de The What Fours : la joliesse mélodique, la suite d’accords mineurs, les arpèges inquiétants, la force un peu écrasante des instrumentistes. Mais une seconde écoute révèle des différences plus profondes qui ne sont pas des différences formelles et qui tiennent à la signification de la musique : « Eight Shades Of Brown », comme l’avait établi Randall Webb (lire l'article), est le produit d’un lieu, la Nouvelle Angleterre, ses forêts, dont il extrait d’anciennes terreurs, de sombres infamies, tandis que « Wait Til The Summer », d’une puissance descriptive moindre, s’élève au-delà de tout percept et capte un mouvement primitif de l’Univers. Là réside la véritable capacité d’abstraction d’un art moderne, que presque tout sépare de la richesse évocatrice ou de l’idéalisme d’un art classique, d’un art de la représentation. Et puisque, manifestement, The Illusions voulaient être The Byrds, leur génie s’en trouve rehaussé : The Byrds, qu’il n’est pas question ici de fustiger, n’ont fait que tendre vers l’abstraction sans jamais l’atteindre, toujours rivés à une actualité hip, au psychédélisme rampant de leur fardeau David Crosby, qui pourtant enseigna aux autres membres le chant en harmonie.

From the collection of Boulter Lewis

            Je songeai à tout cela quand au moment de baisser le bras de la platine, je remarquai que la vitesse se réglait comme par enchantement sur la vitesse 33 tours. Le disque commençait à tourner et j’enrageai déjà d’écouter au ralenti le beat vaillant et magnifique de la batterie. Je tentai de modifier la vitesse mais la commande m’opposait une étonnante résistance. Puis ce fut un froid, comme le tranchant d’une épée, qui me parcourut l’échine, quand je pus enfin obtenir le bon réglage. Pensif, je m’absorbai néanmoins dans l’écoute de « Wait Til The Summer ». Le soir venu, je m’ouvrai à mon épouse des signes funestes que le disque de The Illusions avait émis. Sa réaction me confirma dans l’idée que je devais la faire supprimer lors de nos prochaines vacances d’été, aux Iles Caïman : « Mon pauvre Boulter, tu manques d’activités sexuelles, voilà tout, et ce n’est pas moi qui te comblerai, j’estime en avoir assez fait. Libre à toi de te comporter en hippie guetteur de présages, tant que tu me laisses en dehors de ça. Oh regarde ! Un documentaire sur le Cachemire ! Tu pourras t’instruire, n’est-ce pas merveilleux ? Allez, on s’assoit en tailleur et on regarde ! Et si tu as faim, il y a des galettes de maïs, elles viennent d’une ferme, une vraie avec des gens velus et malodorants. Hi ! Hi ! Hi ! Mon mari est un hippie ! Un fumier de hippie ! A la chasse !!! Je te laisse, Mahatma Lewis, je vais chez ma mère. Salut Frère !”. Je me réfugiai dans ma bibliothèque, en larmes comme un prince Italo-américain de Northern soul.

 
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