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24 juillet 2005 7 24 /07 /juillet /2005 22:00

 Ils ont le Pat !          

 Ils n'ont pas le Pat...
 Arthur Lee  Jim Morrison
 Claude Simon  Alain Robbe-Grillet
 Sam Peckinpah  Arthur Penn
 Bryan Ferry  David Bowie
 Thomas Bernhard  Hubert Selby Junior
 Jack Nicholson  Dustin Hoffman
 David Ruffin  Otis Redding
 Kleist  Goethe
 Ernst Lubitsch  Jean Renoir
 Michael Jackson  Prince
 Jeanpop2  Radio Campus Orléans
 Théophile Gautier  Charles Baudelaire
 John Turturro  Sean Penn
 Ringo Starr  George Harrisson
 Henri Michaux  André Breton
 Groucho Marx  Charlie Chaplin
 Lee Scratch Perry  Bob Marley
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 Joao Cesar Monteiro  Woody Allen
 Steely Dan  Sex Pistols
 Chateaubriand  Victor Hugo
 Aki Kaurismaki  Wim Wenders
 Paul Simon  Lou Reed
 Denis Diderot  Jean-Jacques Rousseau
 DJ Connard  Jo Stone
 Warren Oates  Robert Redford
 Mick Jagger  Brian Jones
 Leo Perutz  Franz Kafka
 Jim Jarmush  Pedro Almodovar
 Andre 3000  Will Smith
 Joseph Conrad  Henry James
 Bossa  L'Astrolabe
 Jeff Bridges  Kevin Costner
 Idi Amin Dada  Gandhi
 Grandmaster Flash  LL Cool J
 James Joyce  Marcel Proust
 Ben Gazzara  Serge Gainsbourg
 Iggy Pop  Rob Tyner
 Laurent de Médicis  Napoléon Bonaparte
 Charlton Heston  Michael Moore
 Joe Meek  Syd Barrett
 Potocki  Hoffman
 Michel Piccoli  Pierre Arditi
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 Terry Gilliam  Tim Burton
 Tom Jones  Roky Ericson
 Lampedusa  Moravia
 Cary Grant  Clark Gable
 M. Poire  Henri Mitchell
 Jean-Benoît Puech  Bruce Springsteen
 Roman Polanski  Milos Forman
 Stevenson  Wilkie Collins
Jeangopoulos  Quincy Jones
 Vincent Gallo  Johnny Depp
 Raymond Roussel  Alfred Jarry
 Jules César  Charles de Gaulle
 Jacques Chirac  José Bové
La bande son du Pat :
 
Nick Tosches, Pat master
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18 juillet 2005 1 18 /07 /juillet /2005 22:00

(Voici un nouvel extrait des notes de Randall Webb, datant de la fin des années 60)

"The Dovers, groupe mystère de Santa Barbara, quatre 45 tours en neuf mois, entre septembre 1965 et mai 1966, et comme dirait un de mes amis, "a great fucking band that deserved a Beverly Hills Mansion next to Jim McGuinn's". Chacun de ces quatre disques représentant le versant le plus lumineux du genre le plus lumineux, le folk-rock, et de tous les sous-genres qu'on voudra lui inventer. Du groupe on ne sait que des bribes : aucune photographie, un chanteur-compositeur, Tim Granada, décrit par un témoin comme un "hispanic tough guy", ce qui laisse rêveur à l'écoute de sa musique (après tout, "Andmoreagain" n'est-il pas le chef-d'oeuvre de délicatesse d'un dangereux caïd de Los Angeles?), un bassiste riche dont les parents aux aspirations de mécènes firent beaucoup pour le jeune groupe, et quelques témoignages émus d'anciennes connaissances déphasées.

Reste la musique, la plus virginale, la plus immaculée jamais enregistrée sur la côte californienne, qu'elle emprunte des chemins déjà foulés par d'autres ("I could be happy", Everest de la ballade à la Byrds, "People ask me why" et sa tendre inflexion britannique) ou des escaliers célestes découverts comme par miracle. De miracle il sera souvent question à propos des chansons des Dovers, dont l'écoute rend celle de Kim Fowley insupportable, comme il est inhumain d'affronter la rue et la population en sortant d'une projection de Brigadoon. Une chanson comme "What am I going to do" se marche du côté ensoleillé, la tête pleine d'un espoir qui se contente de ne remplir que le moment présent.

Bobby Fuller, le visage qui manque aux Dovers

L'apogée des Dovers est, de manière absolument princière, sa fin, ce dernier disque, "She's not just anybody", seule réponse et question possible au céleste Bobby Fuller et prolongement de ses "Let her dance" et "Never to be forgotten", auxquelles il emprunte le génial motif de basse saturée et les voix qui refusent de toucher terre. C'est après ce titre absolu qu'est entrée dans la langue des justes l'expression "une femme belle comme une chanson des Dovers", qui a encore de beaux jours devant elle pour les générations futures.

C'est dorénavant tout ce que je demande à la Californie, huit titres à écouter jusqu'à la fin du soleil."

Commander l'EP des Dovers sur le site de Misty Lane

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9 juillet 2005 6 09 /07 /juillet /2005 22:00

Mort.

Pour ce qui sera probablement la dernière émission de la saison, Jeanpop2 et M. Poire s'intéressèrent au thème estival et mainstream de la mort. Accident notable : Jeanpop2 fut un très court instant habité par l'esprit purulent de la chanson française, ce qui le poussa à chanter les louanges de claude nougarot et du bon swing. M. poire, en bon exorciste, mis bientôt fin à la mascarade.

Sam Cooke "A change is gonna come"

The Master's Apprentices "Buried and dead"

The Humane Society "Eternal prison"

The Royal Flairs "Suicide"

We The People "The day she dies"

The Band "Across the great divide"

The Undertakers "Think"

The Soul Patrol "Don't knock the cop"

Montage "She's alone"

Bergen White "The bird song"

Scott Walker "The seventh seal"

Paul McCartney "Junk"

Keith West "Kid was a killer"

Blacktop "The Grave"

Geechie Wiley and Elvie Thomas "Last kind words blues"

Kim Fowley "People who don't have children (die alone)"

Freddie Williams "I've got to live while I can"

The Deadly Snakes "I want to die"

The Embrooks "back in my mind"

The Moon "Life is a season"

White Hassle "She's dead"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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8 juillet 2005 5 08 /07 /juillet /2005 22:00

Soirées pousse-disque Sixties

avec Jean Pop II

(and guests)

 

15 juillet : vs. Selector Poire

20 juillet : vs. King of the Lose

27 juillet : vs. DJ Wild Addict

 

Garage savagery, groovy and classy soul music,

  intense teenage beat, hairless psychedelic hot stuff :

Psycho-batave pulse !

 

Au CATS

 2 rue des Trois Maries 45000 Orléans

A 21 h 30 (entrée libre)

Jean Pop II – http://jeanpop2.over-blog.com

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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 22:00

"Je pense que le soleil californien lui a rompu les cordes vocales"

Q. : A votre retour au pays, vous épousez une femme d'Asie, à laquelle, semble-t-il, vous étiez redevable de quelque chose.

Jean Pop 2 : Ecoutez, nous avons tous commis des fautes qu'il faut un jour réparer.

Q. : Avez-vous enfreint certains codes sociaux, insulté certains potentats locaux ?

Jean Pop 2 : Ces messieurs négligeaient leurs femmes et leurs filles. Je les ai protégées du mieux que j'ai pu.

Q. : Cette attitude était-elle commandée par les circonstances extrêmes de la guerre ou bien obéissiez-vous à votre nature intime ?

Jean Pop 2 : Peter, je me suis toujours donné comme règle d'agir aussi dignement que dans un western de Sam Peckinpah.

Q. : En tant que vétéran, vous vous êtes battus pour réintégrer le cours normal de la vie. Dans votre cas, il est notoire que vous avez mené divers types d'activité, plus ou moins lucratives, plus ou moins légales. Pouvons-nous en parler ?

Jean Pop 2 : Je crois, Peter, que vous avez besoin de vous faire pomper le dard. Je vais néanmoins répondre à votre question. Quand je suis revenu en Californie en 1969, je me suis installé à Santa Barbara où j'ai fait la connaissance de Tim Granada, jeune  hispanique dangereux, avec qui j'ai monté plusieurs commerces. Nous avons prospéré jusqu'en 1971, date à laquelle il est allé rejoindre les Khmers Rouges première mouture, dernière formation à pratiquer le style Psycho-batave tendre.

Q. : Votre femme était-elle mêlée à vos activités ?

Jean Pop 2 : Laquelle ?

Q. : Mae Pi, que vous avez ramenée du Vietnam.

Mae Pi en 1967 

Jean Pop 2 : J'ai placé Mae Pi dans un institut pour adultes sourds et muets deux semaines après notre mariage.

Q. : Vous l'avez laissée dans un institut ?

Jean Pop 2 : Oui, je pense que le soleil californien lui a rompu les cordes vocales. Quoi qu'il en soit, le plus étrange dans l'affaire est qu'elle fut retrouvée morte dans l'atelier de confection dans lequel on l'employait à l'institut. Le menton cousu à la poitrine. Sans doute un accident .

Q. : Ou un crime rituel ?

Jean Pop 2 : Je crois, Peter, que vous regardez trop de films.

Q. : L'univers du cinéma ne vous est pas étranger. A cette époque, vous multipliez les apparitions dans des films relevant de genres aussi distincts que la comédie sentimentale et le thriller horrifique. 

Jean Pop 2 : En effet, j'étais très convoité par les studios pour ma voix cuivrée et ma démarche altière. Et même si on me cantonnait à des seconds rôles, vous aurez remarqué que je faisais de l'ombre aux plus grandes vedettes. Mais j'ai surtout officié dans un sous genre dont on ne parle plus guère de nos jours, le film de tapir.

Q. : Qui produisait ces films, quels studios ? Quels étaient les sujets de ces films ?

Jean Pop 2 : C'est un genre dérivé du film de cannibal et du western de vengeance. Une bande de tapirs très remontés s'infiltre dans une maison close et y dévore des prostituées. Un justicier, dont la famille a été décimée par les tapirs, arrive et les éxécute un par un en suivant pour chacun une méthode singulière. Le film se termine en général par un banquet au cours duquel les tapirs sont dégustés. Ces films étaient une spécialité de la Nouvelle-Zélande, plusieurs d'entre eux ont été des succès au box-office et suscitent encore un culte vivace, je pense en particulier à Massacre Tapir Party, Tapir Emergency At Whorehouse 13, Tapir Twist A Go-go, qui était une comédie pour les teenagers. Mais le chef d'oeuvre du genre reste The Tapir Side Of Man, une incursion troublante dans la part animale de la psyché humaine.

Q. : Le genre concurrent, dans ces années-là, était le film de cave. On y voyait des couples âgés se réunissant autour d'un barbecue, le souvenir d'un fils disparu à la guerre plane au-dessus des conversations, le rire se fige bientôt dans une douleur muette. Gene Hackman, Meryl Streep furent les stars du film de cave. Rituellement, le premier plan montrait le père descendre à la cave pour y chercher à la fois des bouteilles de vin et le recueillement. Avez-vous pris part à la vogue du film de cave, entre 1972 et 1975 ?

Gene Hackman en compagnie de Marvin Marty, le maître du film de cave

Jean Pop 2 : Le film de cave, à la vérité, m'intéresse à partir de l'année 1976 car on y retrouve soit une violence outrée des affects soit une dimension parodique non moins violente. C'est également ce qui me lie au film de tapir.

Q. : Vous n'avez ainsi pas joué dans le moindre film de cave ?

Jean Pop 2 : Mon jeune âge ne me le permettait pas. Cependant j'ai failli  décrocher le rôle de Dany, le frère psychotique du personnage joué par Meryl Streep dans Sad Was The Wine. Mais John Cazale a été le meilleur, paix à son âme.

Q. : Pourquoi avoir abandonné le cinéma vers 1978 ?

Jean Pop 2 : Les courses de bagnole, mon pote.

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3 juillet 2005 7 03 /07 /juillet /2005 22:00

Riffs d'enfer

The Troggs, le riff au service de la concision Psycho-batave

Non. Jeanpop2 et M. Poire n'ont pas peur de se noircir les mains en saisissant les charbons froids des centenaires clichés vieux loup. Ce fut la belle affaire de cette émission au cours de laquelle M. Poire prouva à nouveau son humour et son détachement en arborant fièrement dès la porte d'entrée un t-shirt Joe Satriani.

Soul Inc. "Stronger than dirt"

The Wailers "You weren't using your head"

The Jolly Green Giants "Caught you red handed"

Tim Hardin "Shiloh town"

Bobby Fuller "Let her dance"

The Black Diamonds "See the way"

The Underdogs "Get down on your knees"

The Undisputed Truth "What it is"

David Ruffin "Dinah"

Ismail Haron and The Guys "Bersedia"

The Out Cast "Everything's allright"

Erkin Koray & Ter "Hor görme garibi"

Dale Hawkins "Suzie Q"

Link Wray "New studio blues"

Johnny Burnette "Honey hush"

The Easybeats "Sorry"

The Troggs "From home"

The Koobas "Face"

Jimmy Hugues "Chains of love"

Robert Moore "Everything's gonna be allright"

Creedence Clearwater Revival "Down in the corner"

The Yo-yo's "Gotta find a new love"

The Jay-Jays "Shake it some more"

The Brogues "Don't shoot me down"

The Twilights "I'm not talking"

The Orgy "Get into drugs"

The Purple Hearts "Just a little bit" 

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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1 juillet 2005 5 01 /07 /juillet /2005 22:00

              Un petit homme affûté, au visage congestionné mais au centre duquel les yeux lançaient des éclairs, nous servit de guide. De sa voix aigrelette, où le comique le disputait à la violence, il nous expliqua que sa position actuelle était due aux nombreux services qu’il avait rendus par le passé à Jean Pop 2, sans compter qu’il n’y avait pas meilleure assurance que lui lorsqu’il s’agissait de redresser les côtes aux mauvais payeurs, le nombre de ces derniers s’était d’ailleurs accru en quelques années, à croire que plus personne ne savait ce qu’était le respect, à qui on le doit et comment on le manifeste, ces choses devraient être sues depuis l’enfance, or on n’en faisait qu’à sa tête, dans le pur mépris des règles, comment voulez-vous qu’on garde son sang froid en permanence, il faut parfois s’employer très tard à creuser des trous alors qu’on préférerait jouer aux cartes avec les amis (là-dessus, Legendre parut se mettre à réfléchir. Puis plus rien.), ou dîner avec une gentille fille, je veux dire pas le genre à dire en public qu’elle trouve du charme à Nat King Cole, elle voulait dire « du talent », naturellement, mais soudain vous devez vous trouver dans un certain hangar, dans une certaine forêt, sans chandelles,  sans alcool, en bras de chemise, et le sens de vos activités se rappelle à vous : je réponds aux circonstances, je ne considère pas que j’abrite en moi une maxime morale qui serait supérieure à la vie elle-même, faites gaffe, ce costume m’a coûté dix mille dollars, au fait, chaussez ces masques, mignons n’est-ce pas, il s’agit de The Specters, je ne vais pas vous mentir, ces gars-là n’ont pas joué le jour de mon mariage, mais enfin, il semble que leur musique soit à l’honneur ce soir.

 

"Un petit homme affûté, au visage congestionné..."

 

 La conversation du guide était si éblouissante que je ne retins aucune impression visuelle de notre progression à l’intérieur du navire. Hormis le souvenir d’un escalier et celui de mousseline rouge, les détails me fuient. Aussi j’ignore combien de temps et par quels détours nous parvînmes à la grande et lumineuse salle de réception. Là, enfin, nous vous vîmes. Ce n’était pas vous dans un premier temps mais le tableau vivant qui s’animait sous nos pas, et dont l’insigne beauté nous contraignit bientôt à nous arrêter, au risque de vous perdre vous ainsi que l’objet de notre visite. Je pourrais invoquer à titre de comparaison la fête donnée par M. Arkadin dans sa retraite espagnole, simplement parce que dans les deux cas les convives étaient masqués. Mais la fête de M. Arkadin répond encore à la description classique de la mascarade : belles étoffes, musique à boire, danses athlétiques, rires sonores, prolifération des couleurs et des formes, jeux et charades. Jean Pop 2, lui, créait sous nos yeux ce qu’à défaut nous serions tenté d’appeler une mascarade Psycho-batave. On ne dansait guère, on faisait le In & Out en étouffant tout gémissement pour ne pas couvrir le séraphique « Depression » de The Specters, qui était diffusé en boucle par les haut-parleurs couverts de lierre et de pétunias, dissimulés derrière de petites fontaines. Parce que Jean Pop 2 marquait autant qu’il le pouvait sa fascination pour le film « Profondo Rosso », il avait fait accrocher divers tableaux représentant des sabbats ou des bûchers et quelques miroirs de type grotesque. On trouvait aussi des coffres arabes en bois sombre où des scènes d’enlèvements au sérail étaient gravées, des éléphants de porcelaine dans lesquels on avait fiché des flambeaux. Et au milieu des accouplements se tenait une vieille femme fardée, des colifichets en or tombaient sur sa poitrine et elle nous contemplait avec effroi, en ouvrant très grands les yeux sous son large chapeau noir. « Vous l’avez tué, mon petit ! » fit-elle posément, sans qu’elle parût s’adresser particulièrement à notre groupe. A notre gauche, un homme qui chevauchait une dame tordait son propre corps dans des postures qui n’évoquaient pas la jouissance physique ; de brèves saccades faisaient s’affaler la silhouette qui se reprenait aussitôt, les mains venaient recouvrir le masque puis se crispaient comme si elles avaient voulu en rider la partie supérieure, enfin la tête se détachait, balançait en arrière avant de se coller au torse, qui était pris de légers spasmes. Etrange cérémonial qui devait augmenter les plaisirs de l’amour. Cet homme, je l’appris plus tard, pleurait. J’avais entendu son nom, Sred Sweign, au début de ma convalescence lorsque la chance me fit croiser le chemin d’Adrian Lloyd à Donnafugata. Pour le moment je ne soupçonnai pas qui cet homme sensible pouvait être et je n’eus guère le loisir de m’interroger : j’allais m’enquérir de son identité quand vous, Jean Pop 2, sans doute furieux de ce que je montrasse de la curiosité, élevâtes soudain la voix. « Poire ! Laissez Sweign pleurer tout son soûl, laissez-le explorer pour son compte les limites de l’enthousiasme, Sweign est un poète : il pleure plus qu’il ne respire, tous les poètes sont ainsi, tous les poètes pleurent et s’il ne pleurent pas, ils courent droit à la honte, à l’échec, à la souillure, Sweign pleure et je me réjouis du fait qu’il pleure comme au premier jour, comme ce soir à Cracovie où il dansa seul avec une femme africaine sur la musique de The Four Seasons, la chanson s’appelait « The Night » et lorsqu’il pleura en l’écoutant, Sweign et moi avons compris qu’il était devenu un poète, maintenant The Specters, qui égalent en intensité The Four Seasons, font pleurer Sweign et toutes ses facultés poétiques sont en alerte, ses dons innombrables se mettent en branle, son imagination se gonfle des songes les plus capiteux. Poire ! Laissez Sred Sweign épuiser le sel de ce qu’il est et préparez-vous à recevoir ma péroraison de plein fouet ! Elle ne sera pas celle d’un poète, bien qu’elle regorge de trouvailles poétiques ; elle sera une péroraison Psycho-batave ! ». Je vous observais, à seule fin de nourrir ces lignes, mais le lecteur me croira-t-il lorsque je lui rapporterai que seul vous aviez chaussé le masque du chanteur principal de The Specters, que la pochette du pressage original de la chanson « Depression » vous faisait un turban façon Orgue du Fantôme, que vos joues étaient badigeonnées de mousse à raser, qu’enfin votre sceptre Psycho-batave était gainé dans un fourreau en peau de daim ? Je ne notai pas sur les traits sévères de Randall Webb ni sur ceux, avachis, de Legendre, un quelconque étonnement à ce spectacle que, de mon côté, je scrutais indéfiniment, avec ardeur et passion, et vous fûtes lié un instant à mon premier sapin de Noël, dont je ne perdis jamais le souvenir et à l’éclat duquel seul je peux comparer le surgissement de Jean Pop 2.

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26 juin 2005 7 26 /06 /juin /2005 22:00

Cocaïne

M. Poire en 1975

Pour cette émission mordorée, Jeanpop2 avait non seulement invité trois prostituées aux jambes effilées, mais également le vénérable Henri Mitchell, spécialiste renommé des seventies, donc de la cocaïne. C'est donc en cette compagnie et sous l'action de quelque poudre que nos héros se permirent quelques incursions musicales dans des contrées inhabituelles, voire hostiles. On vit même M. Poire à genoux, mimant le solo de guitare du titre de Funkadelic. Les titres suivis d'une astérisque sont des sélections d'Henri Mitchell.

The Bar-Kays "Son of Shaft" *

Parliament "I call my baby pussycat" *

Funkadelic "Get off your ass and jam" *

Chairmen Of The Board "Let me ride"

Steely Dan "Kid Charlemagne"

Roxy Music "Casanova"

Betty Davis "This is it" *

Minnie Ripperton "Adventures in paradise" *

Joe Cocker "Woman to woman" *

The Radiants "Hold on"

Ike Turner "Sexy Ida, part 1"

Roy Ayers "Coffy" *

Johnny Pate "You can't even walk in the park" *

Poco "Hurry up"

Crabby Appleton "Try"

The Rolling Stones "Can't you hear me knockin'?"

Sly and the Family Stone "Crosswork puzzle" *

Lyn Collins "Rock me again, again, again, again, again, again" *

Bobby Patterson "Our love can't do it"

Dennis Wilson "River song"

Plush "Having it all"

The Temptations "The first time ever I saw your face"

Universal Robot Band "Disco boogie woman" *

Kool and The Gang "Jungle jazz" *

JJ cale "Cocaïne" *

frank zappa *

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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23 juin 2005 4 23 /06 /juin /2005 22:00

"J'ai eu des amis, mais ils ne m'étaient pas essentiels"

Q. : Jean Pop 2, avant de remonter le fil de votre existence, je souhaiterais donner au lecteur quelques aperçus de l'homme privé. Vous prêtez-vous parfois à des activités simples telles que le jardinage, la confection, la réparation d'appareils ménagers ?

JP 2 : Non. Je laisse cela à mes servants.

Q. : Vous n'êtes pas un homme de lutte sociale ?

JP 2 : Non, mon combat reste un combat de fond, c'est-à-dire que je, comment dire, disons que je traite d'influences : "I deal with influences".

Q. : Quelle est la formule de la modestie pour Jean Pop 2 ?

JP 2 : C'est idiot, je ne suis pas modeste. La modestie serait un lion qui quitte sa cage dans l'intention d'y revenir.

Q. : Avez-vous de la tendresse pour les animaux ?

JP 2 : J'avoue, oui. Notamment pour  les tapirs. J'en possède d'ailleurs un élevage,  les spécimens portent des noms de groupes de la Nouvelle-Angleterre.

Q. : Les tapirs sont-ils à l'origine de certaines de vos méditations critiques ?

JP 2 : Pas vraiment. Je les mange une fois qu'ils sont gras.

Q. : Les tapirs valent-ils mieux que certains humains ?

JP 2 : Lorsque je mets un dique, les tapirs se taisent et semblent pensifs. Aimez-vous les tapirs ?

Q. : Je n'en connais pas. Comment choisissez-vous vos femmes ? On raconte qu'un agent se charge de vous les ramener des pays lointains.

JP 2 : Qui répand ces bruits ! Vous savez très bien que mon amour est électif et exclusif.

Q. : Doit-on penser que ces rumeurs sont le fruit de la jalousie ? Vos femmes sont-elles si belles qu'elles vous attirent l'envie de millions d'hommes ?

JP 2 : Mes femmes, je les cache dans une chambre contiguë à celle des tapirs. Et vous ne les verrez ni aujourd'hui ni jamais.

Q. : Vos tapirs ont-ils une chambre à eux ? C'est très étonnant.

JP 2 : C'est comme ça, mon pote. Ainsi ils se comportent plus proprement que s'ils étaient à l'air libre. Je tiens à manger des tapirs éduqués.

Q. : Avez-vous une famille ? Vous êtes plutôt discret sur vos géniteurs, d'éventuels frères et soeurs.

JP 2 : Je redoutais cette question. Mon père était un homme austère : il m'a souvent enfermé dans la chambre des tapirs. Et il se contentait alors de me faire passer sous la porte quelques 45 tours choisis, qu'il me forçait à écouter en boucle pour devenir digne d'être son fils.

Q. : Quels 45 tours ?

JP 2 : Principalement de la variété espagnole, du rock 70's et il poussait parfois la clémence jusqu'à me glisser La Passion selon saint Matthieu.

Q. : Votre mère se mêlait-elle des décisions pédagogiques de votre père ?

JP 2 : Ma mère a été l'éducatrice de mon père, et elle se révélait bien plus cruelle. Elle me pendait parfois par les pieds en me saupoudrant les oreilles  et les narines de sucre pour que les tapirs viennent les lécher.

Q. : Que lui diriez-vous si elle était maintenant devant nous ?

JP 2 : Tu m'as rendu fort.

Q. : Sans rancune ?

JP 2 : La rancune est la vengeance du pauvre. Elle n'est jamais assouvie.

Q. : Avez-vous fréquenté l'école publique ? Vous y plaisiez-vous ?

JP 2 : Non bien sûr ! J'avais un précepteur, qui est resté à mon service depuis. Il faisait classe devant moi et les tapirs. Aujourd'hui, il n'enseigne plus qu'aux tapirs. C'est un homme d'Extrême-Orient. Il se lime les dents pour paraître plus agressif mais son coeur est grand. Il s'appelle Udo.

Udo devant sa classe de tapirs : "bonjour, messieurs les tapirs."

Q. : Quel était le contenu de son enseignement ?

JP 2 : Hormis l'enseignement traditionnel, Udo m'a surtout montré des photos pornographiques.

Q. : Aviez-vous des camarades de jeu ou bien étiez-vous un enfant solitaire ?

JP 2 : J'étais un meneur. J'ai eu des amis, mais ils ne m'étaient pas essentiels.

Q. : Comment s'est passé votre premier flirt ?

JP 2 : Que croyez-vous ? Comme tout le monde, je suis allé aux putes.

Q. : Après la fin de votre tutelle, avez-vous rejoint l'université ?

JP 2 : J'ai étudié la théologie à l'Université de Stockholm. C'était le pays des Beathovens et les filles appréciaient beaucoup la théologie. Les filles de Stockholm sont d'une propreté remarquable, d'une discrétion exemplaire et ont un talent certain pour la fellation, en suédois "vistod" qui signifie également la proue du navire.

Q. : Avez-vous décroché votre diplôme ?

JP 2 : J'ai décroché mieux qu'un diplôme : on m'a élu Etalon-Roi "King Stalion" lors du bal de promo 1966. Il existe un moulage de mon sceptre, conservé dans le bureau du secrétariat, c'est devenu un objet de culte dont on se sert pendant les bizutages. Je suis également représenté en tapir ityphallique dans un portrait en cape qui se trouve dans la chapelle de l'Université.

Q. : C'est à cette époque que votre pays vous appelle sous les drapeaux...

JP 2 : Je me suis battu. Restons-en là.

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19 juin 2005 7 19 /06 /juin /2005 22:00

           Copenhague s’évanouissait dans les fumées de la locomotive et je veillais sur la silhouette massive de Randall Webb en songeant combien celui-ci, par son absolue dévotion à l’art de Roy Orbison, nous avait conduits tous deux aux portes de la mort. Le Psycho-batave avait-il imprégné cet homme au point qu’il jugeât sa vie et la mienne moins dignes d’intérêt depuis que la réalité s’était chargée d’abattre méthodiquement toutes ses conceptions, et dans ce cas je devais admirer Randall Webb qui avait trouvé un principe de pensée au nom duquel la vie pouvait être condamnée, ou bien mon guide, par son alliage si improbable de force et de fragilité, trahissait-il un affaiblissement de ses facultés, et alors je ne devais pas hésiter à m’en séparer. Legendre, qui était réapparu comme par miracle au moment où le sifflet du départ avait retenti, rajustait les couvertures dans lesquelles Randall Webb, en proie à la fièvre, s’était enroulé. Parce que cela lui était imposé, Legendre affectait de s’adresser au malade en l’appelant « barine » et aussi souvent que possible, devait le tancer gentiment, comme si Legendre avait été un serviteur de la famille depuis plusieurs générations et qu’il avait vu grandir le jeune et nouveau maître. Des disputes pouvaient éclater où Randall Webb se plaignait que l’on manquât de vivres et de jeux, à quoi Legendre répliquait que le maître ne donnait pas assez d’argent pour se les procurer, mais alors Randall Webb fulminait et assurait que l’argent avait été dépensé pour boire, ce à quoi Legendre réagissait avec vigueur en protestant de son honnêteté. Apprise par cœur, répétée chaque jour, la dispute finissait par prendre un tour inquiétant en même temps qu’elle atteignait des sommets de l’art. Notre voyage dura et je fus exclu de ce petit théâtre dans lequel aucun rôle n’était prévu pour le triste Poire. Cette mise à l’écart me profita : je rédigeai la Lettre de Copenhague, récapitulai pour moi-même les événements des mois précédents, et me posai en seul gardien de l’extérieur. Abandonnant Legendre et Randall Webb à leur psychose russe, je contrôlai maintenant notre destinée. C’est alors que je vous fis parvenir la Lettre, dès que nous fûmes arrêtés pour la première fois après que la neige eût immobilisé notre wagon. L’arrêt se prolongea tant, ou bien vos moyens postaux dépassent l’entendement, ce que je crois volontiers, que votre réponse me fut connue avant que le train ne se remît en marche. Je reproduis ici votre réponse, pour le plaisir et l’instruction du lecteur, trop heureux de lire la prose sensible de Jean Pop 2 quand il doit chasser l’ennui que provoque en lui la lecture de la prose modeste de Poire : « Cela est attendu et d’autres choses encore. Venez puisqu’il n’est plus question que de venir. Venez et comprenez ce que vous verrez. Le navire fera halte à Riga, chaussez les masques que l’on vous tendra, attendez que je prenne la parole. Venez. Comprenez. »

 

Legendre à notre arrivée à Riga

 

            Sept jours se passèrent avant que nous ne gagnâmes Riga où votre « navire », car c’en était un, qui avait croisé sur les mers du Sud, qui avait essuyé les coups de canon et le sang des prêtres, votre navire avait accosté, pareil au vaisseau fantôme de la légende, le pont désert, l’air tumultueux au-dessus, le cri assourdissant des mouettes, et plus d’une fois, j’accusai mes sens d’un mirage que mon cœur voulait dissiper. Randall Webb m’agrippait pour me signifier sa joie de retrouver sa terre natale et Legendre pleurait ses pauvres parents qui depuis le voyage du maître devaient être battus par le régisseur cruel, un certain Koraguine. « Ah ! La terre est noire du seigle que l’on va récolter. Bientôt nos parties de traîneaux vont reprendre dans la forêt de trembles. J’espère qu’Aratchéïev a fini son service. » « Que dirons-nous à la maîtresse sur vos pertes à la roulette, barine ? » « Nous lui dirons ce que nous avons l’habitude de lui dire : plus un homme de mon rang perd de roubles, plus son honneur se trouve conforté. J’ai entendu cela au bal du Ministère, c’était dans la bouche de ce vieux sanglier de Tratcheski » « Vous ne l’aimez pas beaucoup, ce Tratcheski, barine. Il vous a fait du tort dans la vente des terres de Tromitskoïe. » « Oui, c’est vrai. Mais il lui arrive d’être spirituel. » J’étais, si vous vous rendez à la vérité de ce que je vous représente, votre seul interlocuteur concevable au moment où nous pénétrions dans le navire.

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