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19 juin 2005 7 19 /06 /juin /2005 22:00

Breaks et ponts d'enfer

Eddie Bo, le roi Macwellback du break, s'apprêtant à manier du sceptre

La meilleur émission radiophonique de la planète s'attacha ce soir-là à mettre en relief la dimension sexuelle psycho-batave que breaks et ponts confèrent à un morceau, eux qui les brisent pour mieux les relancer. Jeanpop2 et M. Poire, pas mécontents de leur génie, donnèrent encore une fois la preuve que Un et Un font l'Infini.

The Guards "Hullaballoo"

Steve Walker and The Bold "Train kept a rollin'"

Captain Beefheart "Zig zag wanderer"

Eddie Bo "Hook and sling"

Mel Williams "Can it be me"

The Triumphs "I'm coming to your rescue"

The Morticians "It's gonna take a while"

The Living Ends "Self-centered girl"

The Tages "I read you like an open book"

Ronnie Dawson "Rockin' bones"

The Shangri-las "Out in the streets"

The Pussycats "I want your love"

The Heard "Stop it baby"

Tony Worsley and The Fabulous Blue Jays "How can it be?"

The Music Machine "You'll love me again"

Clarence Reid "25 miles"

Lee Dorsey "A lover was born"

Ollie and The Nightingales "You're leaving me"

The E-Types "Put the clock back on the wall"

Brooks O'Dell "You better make up your mind"

The Invasion "The Invasion is coming"

The Remains "Don't look back"

The Lincoln's "Come along and dream"

The Clique "Shadow of your love"

Eddie Floyd and Mavis Staples "Never never let you go"

The Sons Of Adam "Baby show the world"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!! 

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13 juin 2005 1 13 /06 /juin /2005 22:00

"J'ai toujours perçu la france non seulement comme un miroir inversé de l'Italie, mais bel et bien comme sa poubelle, et je n'hésiterai plus à affirmer ceci : le Fascisme est plus pictural, musical, esthétique que le gaullisme." Eugène Gong, La Bouche Pleine

 

Franco Nero s'apprêtant à décimer la france

 

   En Italie  En France
 mai 1958  Federico Fellini se lève en pleine nuit pour entreprendre l'écriture de "La Dolce Vita".  Arrivée au pouvoir de charles de gaulle.
 1962  Les futurs membres du groupe Noi Tre se rencontrent à Florence un jour de haut soleil.  Tournée de jacques brel en alsace.
 1964  Umberto Scarpelli réalise le délirant "Géant de Métropolis", mélangeant savants fous, civilisation perdue et rayon de la mort, dans un souffle poétique inédit.   philips lance une nouvelle marque de fer à repasser.
 1965  The Ranger Sound enregistrent le brutal et psycho-batave "Ricordami" et se séparent aussitôt.  Graham Gouldman, grand compositeur "touches blanches" Anglais, refuse que les chas sauvages reprennent son sublime "Going home", que ces derniers comptaient renommer "me r'vla au bercail".
1966  Tournée de The Tormentors à travers le seul pays qui a su reconnaître leur génie.  Début à la télévision du chanteur fantaisiste michel polnaref.
 1967  The Primitives, groupe freakbeat Anglais, se reforme en Italie autour d'un nouveau chanteur inspiré par Sean Bonniwell.   eddy michel renvoie son bassiste, jugé par lui "trop intello".
 1968  Les acteurs psycho-bataves Lou Castel et Gian-Maria Volonté sont bannis d'Italie pour idéaux révolutionnaires. Maurizio Graf, le Scott Walker Italien, les suit dans leur exil.  andré raimbourg, dit bourvil, est nommé chevalier des arts et des lettres.
 1969  Le psycho-batave perverti Lucio Fulci expérimente le goût de la viande humaine, matrice de son oeuvre à venir.  Rien.
 1974  Dario Argento invite Dennis Wilson à Rome en vue de lui confier le rôle principal des "Frissons de l'angoisse". Le chanteur convole avec la femme du cinéaste et l'association est violemment interrompue.  johnny halliday est invité à l'anniversaire de la veuve pompidou. Il lui offre un livre de son mari qu'elle possédait déjà.
 1975  Adriano Celentano, seul chanteur Italien désagréable, enregistre son chef-d'oeuvre, une reprise de "Stand by your man" de Tammy Wynette.  Ronnie bird, le seul chanteur français à peu près décent, se retire de la musique et lance son entreprise de matelas aux Etats-Unis.
 1992  Voyage de Jean-Pierre-Paul Poire, encore enfant, à Rome, où il croise Michel Piccoli expliquant nerveusement à des importuns qu'il n'est pas le fameux acteur français mais un honorable citoyen Italien.  "Bonne année" pour le vin dit "sancerre".
 2002  Le label Misty Lane réalise le sublime  en sortant l'intégrale de The Dovers.  Mort de philippe manoeuvre à nogent-le-rotrou, où il est poignardé par un fan. 
 2005  Sortie de l'album de The Mojomatics, dignes descendants de The Pretty Things et The Brogues.  Le prix Jacques Pouillot est décerné à Michel Boudin pour son roman "Le sentier du bon-vivre".
 11 juin 2005  Le psycho-batave en marche.

 Jeanpop2 croise Lou Castel dans un bus parisien. Recroquevillé, malade, comme au bord des larmes, le grand acteur serre la main d'une femme brune au profil de vampire.

 

 

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8 juin 2005 3 08 /06 /juin /2005 22:00

Bien que ma réputation de policier impitoyable fût fondée sur mon habileté à manier le bâton de sûreté, je ne négligeais pas de cultiver chez moi un goût pour les armes à feu. Je leur avais certes préféré des formes plus rudimentaires de combat et ce, depuis mon entrée dans la police, mais il avait suffi que mes yeux se posassent sur une photographie de Lee Dorsey pour que je prisse conscience de l’intérêt considérable qu’il y eût à posséder un colt dans l’optique Psycho-batave. Je me constituais une collection et ne songeais même pas à me servir des spécimens que je destinais à un usage purement contemplatif. Seul un meurtre rituel justifiait chez moi le recours au colt : j’étais et je reste un homme du gourdin. Aussi, en me priant de lui céder mon Magnum 45, Randall Webb, avec qui je m’étais éveillé au style Psycho-batave, m’informait qu’il allait accomplir un forfait de haute teneur symbolique. Lorsque l’année 1966 avait touché à sa fin, j’avais accueilli l’année 1967 avec tout l’amour dont j’étais empli, parce que je désirais que les choses se poursuivissent comme elles s’étaient déroulées pendant les quatre années précédentes ; en effet, je jugeais avec beaucoup de sagacité, l’Histoire l’a démontré, que la vie ne pouvait être plus gratifiante qu’elle l’avait été entre 1963 et 1966. Au fond, ce genre de considération d’ensemble s’apparente au testament : on y a recours dès que l’on pressent la chute. La condition-même du véritable bonheur est l’inconscience de ceux qui l’éprouvent, séparés du passé et rejetant l’idée de futur. Dès que l’on opère un retour sur soi-même pour se féliciter de la vie que l’on mène, pour constater que rien ne trouble notre désir et notre imaginaire, pour affirmer que l’on expérimente ce qu’on appelle le bonheur, l’on commence à craindre qu’un élément ne perturbe le bel ordonnancement et si cette crainte se profile, il ne faut pas blâmer le bonheur lui-même en l’accusant d’avoir été factice, mais étudier les signes du futur, qui appartiennent ainsi à une réalité autre que celle qui a vu régner le bonheur. Pour avoir personnellement vécu et grandi entre 1963 et 1966, je peux légitimement soutenir que le bonheur a été, qu’il n’était pas dans sa nature de se saboter, qu’en toute logique, le bonheur ne peut que persévérer dans son être, qu’il ne portait donc pas en lui les germes de son extinction mais que celle-ci a été causée par un agent extérieur, que pour ma part j’ai toujours identifié au Pédé progressif. C’est lui qui a précipité la chute du style Psycho-batave, et il participe de son essence sournoise de s’être adjoint à cette fin, et à leur insu, les styles Vieux loup et Italo-américain. Quand The Charles enregistrent « Motorcycle », ils rendent un hommage Psycho-batave au style Vieux loup mais, cela m’est apparu à la suite d’une intervention pédagogique, cet hommage relève du complot le plus traître, de la pire espèce, du type Pédé progressif, qui consiste au fond à muséifier les années 1963-1966, c’est-à-dire dénier tout caractère contemporain et vital au style Psycho-batave et également au style Vieux loup ; dans le jeu muet et inoffensif de l’hommage, le Pédé progressif neutralise la force des styles adverses, comme s’il estimait que vidés de toute créativité, les styles adverses ne pouvaient survivre qu’à la condition de se saluer, de se composer mutuellement des éloges, tels deux vieux écrivains en fin de parcours que plus personne ne traite avec respect. C’est sur ce principe, la mise en serre des essences gênantes, ou bien glorieuses, du moins notables, que l’on forme des Académies. Parfois la justice des hommes invente de bonnes Académies. Or le Pédé progressif, en cela ingénieux et même diabolique, se range parmi ceux qui ont utilisé l’Académie moins dans un but électif que dans une intention de mise en quarantaine. Les écrivains connaissent cela puisqu’ils n’opèrent pas différemment mais au contraire d’une Académie de littérature, l’Académie favorisée par le Pédé progressif ne regroupe que les meilleurs. Là réside la Honte. « Boulter, le Sunset Strip crie vengeance. »

 

Sean Bonniwell fomentant sa vengeance

 

Heureux de l’effet qu’il produisait sur moi en assénant cette déclaration péremptoire, Randall Webb opina en silence dans la direction de Sean Bonniwell, tel l’avocat très en verbe voulant assurer son client que la formule qu’il vient d’employer, qui semble à la fois audacieuse et ridicule, ira pour cette raison droit au cœur du jury. Sean Bonniwell essuya sa pommette droite et,  pour une fois, me fixa avec chaleur. « M. Lewis, l’arme d’un policier étant rarement identifiée, vous pourriez nous être d’un grand secours dans le voyage que nous nous apprêtons à faire, M. Webb et moi.  –Vous partez ? –Pour Paris, nous y serons le mois prochain. –Vous allez écouter le grand Gilles Deleuze ! –Naturellement mais ce n’est pas là la raison majeure de notre départ. –Certes… Vous n’allez pas « tuer » Gilles Deleuze ? –Certainement pas. Nous irons simplement l’écouter. –Alors pourquoi diable vous faut-il mon Magnum 45 ? –Nous voulons, au nom du Sunset Strip Psycho-batave, tuer l’un de ses fossoyeurs qui fort pompeusement s’est installé à Paris. –Ah ! Cet imbécile veut épater son monde en assistant aux cours de Gilles Deleuze ! –Non, il a choisi Paris parce qu’il s’imagine que c’est une ville de poètes. –Vous voulez dire que c’est le genre d’individu qui écoute edith piaf en vidant un ballon de vin rouge ? –Exactement. Sale et bruyant comme un acteur, notre cible, à l’époque où elle vivait encore sur le Sunset Strip, avait déjà répandu un vent de décrépitude française dans tout Los Angeles. –Il devait se repaître de sa propre corruption en citant Antonin Artaud ? –Hélas, il faisait pire : il comparait l’action de sa musique à la folie des Dionysies, il se présentait comme un shaman, comme un hypnotiseur et un libérateur de foules –Dieu que c’est horrible… -Alors, acceptez-vous, pour venger la mémoire de Terry Randall, pour racheter le mépris qui entoure le nom précieux de  Kim Fowley, pour que soient à nouveau célébrés The Premiers, pour que The Music Machine occupe le rang qui lui est dû, acceptez-vous M. Lewis, de me confier votre Magnum 45 afin d’exercer sur le misérable jim morrison la punition du Ciel ? –Serrons-nous la main, Sean Bonniwell. Qu’il ne soit pas dit que j’empêche la justice de triompher. »

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8 juin 2005 3 08 /06 /juin /2005 22:00

SEXE!

DJ Connard et Mme Connasse dans une vie antérieure

Jeanpop2 et M. Poire eurent pour cette émission le grand honneur d'accueillir DJ Connard et sa suave compagne Mme Connasse qui rafraîchirent les ondes des récits à demi-voilés de leurs pratiques sexuelles et de leur rires mutins. Ainsi furent confontées la vision fantasmatique symboliste de M. Poire et la praxis échevelée de DJ Connard pour presque deux heures de cris de bonobos. Pris de fièvre priapique, DJ Connard inséra sa langue dans l'oreille de Jeanpop2 mais l'incident se résolut aussitôt grâce à un sermon de ce dernier. (Les titres suivis d'une astérique sont des sélections de DJ Connnard) 

The Crazy Teens "Crazy date"

The Dirty Shames "Makin' love"

Cuby and The Blizzards "Your body not your soul"

The Fallen Angels "Bad Woman"

Bobby Freeman "Oughta be a law"

The Young Rascals "Come on up"

The Emotions "My honey and me"

The Stooges "Penetration" *

GG Alin "Gimme some heads" *

The Devildogs "Suck the dog" *

Philippe Nicaud "Cuisses nues bottes de cuir" *

Connie Lingus "Fuck me forever" *

The Mummies "In and out" *

Tony Colton "I've laid some down in my time"

The Sorrows "Let me in"

The Eyes "The immediate pleasure"

Gwen Mc Rae "90% of me is you"

Davis Jones and The Fenders "Boss with the hot sauce"

Eddis Curtis "Those foxes and pussycats"

Don Julian and The Larks "Shorty the pimp" *

Andre Williams "Pussy stank" *

Jerry Lee Lewis "Great balls of fire" *

De Giafferi "Sado maso" *

Beach Bitches "Up up up" *

 Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!!

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7 juin 2005 2 07 /06 /juin /2005 22:00

C'est facile de se moquer

The Tempters, ou le psycho-batave nippon

Non, ce n'est plus le moment de la bonne humeur et de la raillerie gaillarde d'après-boire. En ces temps de naufrage universel pédé progressif, Jeanpop2 et M. Poire vous rappelèrent ce soir-là que le bon goût n'est pas l'apanage de quelques individus aux crânes rasés homoïdes conservateurs gauchistes. Si ces gens vous daubent parce que vous portez un t-shirt "The Psycopaths", tuez-les.

Boris Manço "Ben bilirim"

The Psycopaths "Til the stroke of dawn"

                         "See the girl"

17th Avenue Exits "A man can cry"

Luis cataldo "Non palero"

Los York's "El Sicodelico"

D'4 Ever "Mungkir Janji"

Night Mist "Last night"

T-Model Ford "Let the church roll on"

The Cam-Pact "Zoom zoom zoom"

The Impressions "Senorita I love you"

Eddie Holman "I surrender"

The Rock

The Silly Surfers

The Youngers "My love my love"

The Swing West "Fire"

The Mops "Asamade Matenai"

Alan Avon and The Toy Shop "Night to remember"

Roy Orbison "Pretty paper"

The Extremes "I'm hurtin'"

Buddy Holly "Valley of tears"

Crabby Appleton "Go back"

Steely Dan "The fez"

The Ravenz "Sleepless nights"

Jimmy James and the Vagabonds  

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!!

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6 juin 2005 1 06 /06 /juin /2005 22:00

« Commandons à manger, si la chose vous agrée ». Chacun d’entre nous sentait qu’une discussion de la plus haute valeur allait avoir lieu, sitôt le repas terminé. Le spectacle des danseuses du Helluva nous était à présent devenu indifférent et parce qu’il nous incombait à chacun d’honorer par notre intelligence et notre sérieux la présence stimulante des trois autres, nous baissions obstinément la tête vers nos assiettes afin de régler nos discours dans leurs moindres détails. Il eût été tentant pour le client sarcastique dont l’esprit fuyait maintenant la scène et ses ébats de se divertir aux dépens de quatre ecclésiastiques abîmés dans leurs prières. Lumière du Psycho-batave, nous ne suscitâmes guère de moqueries. Si l’un de nous quitta le premier son retranchement, ce fut Randall Webb, toujours hostile à l’idée de matière et qui donc ne déjeuna que d’un morceau de pain de seigle et d’un verre d’eau. Nul doute qu’il ne marquât pour lui-même une légère répulsion à l’endroit de mon ami John Ernest, qui gaillardement découpait un majestueux T Bone Steak. « Et pourtant, croyez-moi, je ne mange pas de la viande tous les jours. » Je savourai pour ma part une assiette de Fettucci aux câpres arrosés de vin de Toscane mais entre deux bouchées, j’examinai Sean Bonniwell dont le menu ne cessa pas de m’intriguer tant il contrevenait aux principes élémentaires de l’harmonie culinaire : des épinards, une boule de glace à la framboise et un grand verre de lait. Sean Bonniwell mangeait bruyamment, avec force effets de succion et de mâchage, il projetait  sur ses voisins immédiats de petits éclats verdâtres et étalait sans vergogne ses coudes qu’il avait puissants et pâles. Nous savions tous que Sean Bonniwell était l’auteur de « People In Me », aussi nous avions mesuré très vite sa propension à la métamorphose, aux écarts de comportement, à la différence intérieure, et nul ne s’étonna que le Maître Zen se changeât en goinfre, les deux étaient contenus dans Sean Bonniwell qui, après avoir vidé d’un trait unique son verre de lait, se frotta la pommette droite avec son mouchoir en tissu, dont je remarquai alors qu’il était brodé aux initiales de Bonniwell Music Machine. « Ma mère nous a élevés mon frère et moi dans la stricte observance des principes que lui avaient inculqués ses aïeux catholiques espagnols. Parce que cette femme ne pouvait se reposer sur un époux tôt disparu sur les côtes normandes en 1944, une gouvernante à la lèvre supérieure duvetée, du nom de Miss Tilden, prenait en charge notre éducation. Miss Tilden, dont la gratitude envers ma mère jamais ne se désavoua, tenait à faire appliquer et respecter les consignes qu’elle recevait. Ma mère, de son côté, soutenait infailliblement l’action de sa gouvernante et parce qu’il lui aurait été pénible de reconnaître l’échec de sa pédagogie, elle préférait sacrifier le bonheur de ses fils à la violence de ses impératifs moraux. Elle n’aurait permis qu’on critiquât le choix qu’elle fit d’employer Miss Tilden comme préceptrice : cela aurait terni son renom en faisant d’elle, en retour, une mère peu avisée. Or mon frère ne pouvait tolérer qu’on le privât d’une enfance oisive, celle à laquelle nous aspirons tous. De plus, son orgueil le poussait à défier l’autorité de Miss Tilden, dont il n’accepta jamais les remontrances ni les punitions.

 

Mrs Bonniwell, mère de Sean

Un jour que nous étudiions sous la surveillance de notre gouvernante, mon frère croisa soudain les bras et siffla un air à la mode. Avec tact, Miss Tilden suggéra que la musique populaire ne vient pas en aide aux petits garçons lorsqu’ils doivent résoudre un problème d’arithmétique. Mon frère haussa les sourcils et émit un soupir. Alors Miss Tilden s’approcha et tenta de remettre mon frère à l’ouvrage en lui représentant la déception de notre mère qui souhaitait pour nous que nous devinssions des hommes aussi instruits que l’était notre brave père, fauché sur les côtes normandes en 1944. L’instruction, affirmait Miss Tilden, ne souffrait pas qu’on la négligeât en une seule occasion, parce qu’alors la paresse et le vice s’insinuaient durablement dans le cœur. Comprenant que l’homélie de Miss Tilden ne cesserait qu’avec sa décision de reprendre l’étude, mon frère, séduit par la grandeur que supposait le geste, administra un soufflet à notre gouvernante. Celle-ci, outrée, incertaine de l’interprétation que notre mère ferait de l’incident, partit se réfugier dans sa chambre jusqu’au soir. A son retour, notre mère apprit ce qui s’était passé par notre servante qui avait observé la scène depuis le couloir où elle époussetait quelques bibelots. Nous fûmes tous trois convoqués et tous trois, nous dûmes répéter la même histoire. Au terme de l’entretien, notre mère fit chercher Alonzo qui était le jardinier mais aussi et surtout l’auteur des innombrables réparations que subissait notre vieille maison. Ma mère prit dans sa main la main de mon frère qui avait donné le soufflet, puis s’adressa, sans le regarder, les yeux posés sur la petite main, à Alonzo, qui ne se trouvait pas à son aise dès lors qu’on l’éloignait de ses tâches manuelles : « Alonzo, je veux que tu coupes cette main ». Alonzo s’exécuta et mon frère ne compta plus désormais qu’une seule main. » Randall Webb le premier prit la parole en faisant mine de congratuler Sean Bonniwell : « Tout à fait Psycho-batave ! Il ne raconte pas cette histoire pour la première fois, en fait il la raconte chaque fois qu’il se sent de bonnes dispositions envers ses interlocuteurs, c’est ainsi que Sean Bonniwell marque sa bienveillance à votre endroit, et je suis fier de ne pas avoir surestimé la valeur de mes amis, nous pouvons dès lors aborder des points plus essentiels, en particulier dévoiler la raison de notre passage à Concord, Massachussets. » A ce moment, Sean Bonniwell se frotta une nouvelle fois la pommette droite puis déclara d’un air sybillin : « Mon cœur est espagnol, j’apprécie votre compagnie ». John Ernest, qui lorsqu’il buvait généreusement était sujet à des accès d’acrimonie, se dressa : « Ces foutaises poétiques me sortent par les yeux, quand vous aurez décidé de parler musique, faites-moi signe, en attendant je m’en vais faire une ronde dans les loges, bien à vous messieurs » puis s’adressant à moi en particulier : « Boulter, il y a de la drogue psychédélique là-dessous, réfléchis un peu et tu verras que j’ai raison, ces gars-là font le jeu des hippies, ils sont juste un peu plus retors que la moyenne ». John Ernest se trompait, et j’aurais dû lui rappeler sa propre sentence d’après laquelle on ne pouvait raisonnablement se défier d’un homme si celui-ci avait jugé bon de reprendre « 96 Tears ». Je restai seul sous le feu convergent et destructeur des regards de Randall Webb et de Sean Bonniwell, qui ne semblaient pas affectés par le départ de John Ernest. Leur contenance, leur maîtrise indiquaient qu’il trouvaient même sain de la part de mon collègue, flamboyant Irlandais, que celui-ci se scandalisât du tour hermétique de notre entretien au point de partir inspecter les loges où devaient l’attendre quelques bonnes amies à la peau brune. Ils admiraient la manoeuvre. « Boulter, nous avons besoin d’un Magnum 45 ».

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5 juin 2005 7 05 /06 /juin /2005 22:00

Look at this engaging face,

you won't forget that man!!!

He's the senator Alabama is longing for!!!

Vote John Pear!!!

He's got youth, balls and experience!!!

Hail him high up to the congress!!!

No fear, vote Pear!!!

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4 juin 2005 6 04 /06 /juin /2005 22:00

Timidité

Andre Williams, dépressif et timide notoire

Jeanpop2 et M. Poire invitèrent ce soir M. Guy, discret connoisseur ès pop arrivé tout droit de son Connecticut natal pour partager sa science de la joliesse et du californisme macwellback. Hommage fut porté à la timidité créatrice dans ce cocon psycho-batave tendre qu'étaient devenus les locaux de la radio. Les titres suivis d'une astérisque ont été fournis par M. Guy.

Shorty and the Enchanting Souls "Chaw chaw chaw"

We The People "Saint John's shop"

Thor's Hammer "By the sea"

The Cynics "I'll go"

Bill Ricchini "Julie Christie" *

The Jessica Fletchers "Summer holiday and me"

Hal "Worry about the wind" *

Kenny and The Kasuals "I will make it"

Mr Lucky and The Gamblers "I told you once before"

The Bugs "Pretty girl"

The What Fours "Eight shades of brown"

The Bittersweets "She treats me bad"

The Mark V "You make me lose my mind"

The Pale Fountains "Just a girl" *

Big Star "Thirteen" *

Jens Lekman "You are the light" *

The Enfields "She already has somebody"

The Fantastic Dee-Jays "Love is tough"

The Bad Manners "I am alone"

The Jujus "Do you understand me"

? and The Mysterians "Make you mine"

Guided by voices "Echos Myron" *

The Perpetuated Spirits of Turpentine "I'm a lucky guy"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. Vous pouvez également l'écouter à n'importe quel moment ici!!!

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1 juin 2005 3 01 /06 /juin /2005 22:00

          En avril 1971, à Concord, Massachussets, eurent lieu des mouvements de protestation contre la guerre du Vietnam dont personne, hormis ceux qui les vécurent, n’entendit parler. Elles ne présentaient à vrai dire qu’un intérêt fort limité, d’abord en raison de leur caractère tardif et rétrograde, ensuite parce que la foule éructante refusait tout acte de violence et de dégradation des biens. Les étudiants de 1971, non contents de porter des tuniques indiennes et des insignes de paix, braillaient en cœur des hymnes folk et psychédéliques, tels des pâtres aux cheveux sales. Ils arboraient tous un même sourire fétide qui semblait annoncer l’union de tous les peuples dans la joie des guitares sèches et des flûtes de pan, certains se tenaient la main comme s’ils se donnaient rendez-vous à la kermesse du sous-prolétariat rural ravagé par l’alcool et l’illettrisme, d’autres levaient les poings, et leur attitude dénotait l’amateur de jazz transcendantal fraîchement converti au rock hard allemand de mc5. Au devant de cette marée, je faisais mine d’incarner le représentant de l’ordre que les hippies voulaient voir en moi. Il m’eût été bien difficile d’expliquer que la police en 1971 restait le dernier bastion du Psycho-batave. Ma profonde affliction ne me permettait pas d’intervenir autrement que par la seule présentation de mon corps blindé, j’empoignais quelquefois un hippie par les cheveux et le traînais au coin d’une rue, je commençais à le battre sèchement mais le cœur n’y était plus. Alors je laissais s’échapper l’adolescent qui apprenait à ses camarades que j’étais un brutal fasciste, cependant que c’était le système qui m’avait fait ainsi, que mon éducation déficiente ne m’avait pas offert les moyens de le comprendre, que j’étais le produit inconscient d’une machine totalitaire broyant ma liberté, que, donc, il ne fallait pas m’en blâmer, et que le vrai Christ, celui des Evangiles, pas celui de Rome, prônait l’amour entre frères, que timothy leary et georges harrison avaient aussi insisté sur le fait que la transformation de l’âme serait opérée par l’amour, que l’on devait par conséquent m’aimer pour que je devienne un type excellent. Oui, ce jeune hippie, après que je l’eus corrigé, proposait de m’embrasser et de m’appeler son frère : 1971. Nos jeunes lecteurs peinent à s’imaginer l’effroi qui régnait en 1971. Je revenais parmi les rangs, aux côtés de mon ami Vieux loup John Ernest et soudain, je crus apercevoir un visage familier mais déplacé dans la circonstance. La foule faisait circuler de bouche en barbe un mégaphone, si bien que chaque sottise traversant l’esprit racorni du moindre pédé progressif pouvait être hurlée pour l’édification des masses. On s’empara du mégaphone : « Tas d’esclaves dévitalisés, tiers-mondistes sirupeux, artistes de rues maigres et affamés, aucun de vous, vous m’entendez, AUCUN DE VOUS n’est digne de jouer dans un film de Sam Peckinpah ! arthur penn ou bien andy warhol, voilà ce que vous méritez ! Ce que vous voulez vraiment, c’est parler du génocide indien en épluchant une pomme pendant qu’un Hongrois au crâne lisse vous chie sur la nuque, pas vrai ? Ah ! Ah ! Ah ! ». Randall Webb ! Comment ne pas reconnaître celui dont la force de synthèse et l’inventivité conceptuelle avaient permis la théorie du Psycho-batave tendre dès l’été 1966 ! Ses travaux avaient naturellement commencé très tôt à porter leurs fruits, mais, avant que je ne devienne moi-même un théoricien, d’un genre plus impressionniste, plus porté aux nuances, j’avais été associé par miracle à l’une des créations philosophiques de mon brillant ami. Si la virulence du propos me l’avait désigné comme étant sans conteste celui que j’admirais, je constatai que Randall Webb avait vestimentairement évolué du costume classique dit costume Larry & The Blue Notes au costume réglementaire dit costume Clifford Curry. Pour le reste, malgré une lassitude et une déception intense qui se lisaient sur ses traits, Randall Webb était demeuré tel qu’en lui-même dans l’éternité. Les hippies, aux mines contrites, entonnaient de vagues sermons, laissant leur imprécateur dans la frustration du combat escamoté ; la vue de Randall Webb suffit à me régénérer et glorieusement, je m’approchai du cercle formé autour de lui pour asséner quelques coups de bâton et enfin, répandre des fumigènes.

 

D'infâmes hippies mûrs pour la matraque de Boulter Lewis

 

« Grands Dieux ! Je savais que tu viendrais m’épauler, Boulter ! Montrons-leur, à ces militants de l’amour, ce qu’est la classe véritable du Psycho-batave ! » Ainsi Randall Webb ne se trouvait pas à Concord, Massachussets, pour simplement lutter contre le fléau des hippies, ou bien s’il luttait contre le fléau des hippies, son action devait prendre un tour plus mondial et plus systématique, et c’était dans cette idée que moi, Boulter Lewis, je constituais le but authentique de sa visite, moi qui devais me révéler d’un grand et précieux secours dans le dessein général de Randall Webb. Nous gagnâmes le fourgon, où John Ernest avait décidé de se réfugier en attendant la dispersion de la foule ; mon collègue Vieux loup jouait très opportunément la musique de James Brown, qui nous mit tous de joyeuse humeur, et ainsi nous roulâmes jusqu’au Helluva, qui était notre club de strip-tease favori, celui dans lequel rien ne nous était tarifié. En connaisseur, Randall Webb apprécia les spectacles qui lui étaient présentés, c’est-à-dire que pas une seule fois sa volupté insatiable ne déborda les cadres de l’émotion esthétique. Lorsque je suivais ma formation à l’école de police, j’avais emmené Randall Webb au Helluva, j’y avais conservé mes habitudes et à présent, doté d’un pouvoir répressif accru, je fréquentais le même lieu en compagnie du très vorace John Ernest, lui et moi étant toujours accueillis avec les égards les plus manifestes. Randall Webb, soit que sa mémoire le lui eût suggéré soit qu’il eût enquêté auprès des potentats locaux, avait parfaitement prévu que nous scellassions nos retrouvailles au Helluva : c’est pourquoi un ami nous avait précédés, qui allait jouer un rôle important dans la suite de nos affaires. C’était un petit homme brun et solidement charpenté, l’air acariâtre, qui, par défi plutôt que par négligence, était vêtu d’un jogging gris à capuche, cela et ses lunettes immenses l’apparentaient à ces tueurs à gages que la Mafia préfère employer pour des contrats sordides et immoraux, contrats qui excluent la participation d’un Italien mais qui conviennent à l’Américain qui n’a plus ni honneur ni bon sens. « Boulter, félicite-moi car tu es assis à la même table que le chevalier californien du Psycho-batave angoissé, celui que le redoutable perfectionnisme de son Etat n’a jamais empêché d’être le plus lyrique des interprètes et le plus baroque des compositeurs, celui qui seul comprit les réelles ressources de la folie et n’en fit jamais quelque chose de théâtral, dans l’enflure ou le dénuement hypocrite, celui qui seul usa de la structure et de la densité pour donner corps à ce qui chez d’autres s’évapore dans la prétention, celui qui reste l’inventeur de la musique maniaque, mon ami et maintenant le vôtre  : Sean Bonniwell »

 

           Sean Bonniwell, qui écoutait imperturbablement l’éloge de Randall Webb, hocha cependant la tête aux mots « structure » et « maniaque » puis, lorsque l’éloge se termina, il regarda de biais les fluides contorsions d’une jeune Naïade le long de sa rampe argentée. Dans le plus pur style japonais, un discret plissement de la joue droite indiqua le plaisir qu’éprouvait Sean Bonniwell à contempler ce spectacle ; ce visage que l’on eût cru figé quelques instants avant était en réalité innervé par la joie des sens et de l’intellect ; tel le maître Zen, Sean Bonniwell réduisait son expressivité à l’essentiel, dès lors, chacune de ses réactions, toutes mesurées dans leurs apparitions, prenait le tour d’une déflagration. Sean Bonniwell tira un mouchoir en tissu de la poche de son jogging et le passa sur sa pommette droite.

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20 mai 2005 5 20 /05 /mai /2005 22:00

         Le 21 juin 1970, Dr John fut convoqué dans les studios Sansu par leur fameux propriétaire, Allen Toussaint. Les deux hommes, qui avaient bâti la fortune de la Louisiane des années 1960, n’avaient pourtant que rarement travaillé ensemble. Quelques années plus tard, la négligence allait être rattrapée grâce à l’enregistrement des célèbres « In The Right Place » et « Desitively Bonaroo ». Mais ce que le grand public ignore, c’est que l’origine de cette collaboration doit être située ce 21 juin 1970, date à laquelle Allen Toussaint sollicita Dr John pour la mise en œuvre d’un projet musical obscur et séduisant dans lequel lui, le très grand producteur, pour des raisons qu’on ne peut que spéculer, refusait de s’engager personnellement. Dr John, établi en Californie, consacrait ses efforts à l’écriture de ses propres disques après avoir, des années durant, arrangé et orchestré les disques des autres. Ainsi l’offre d’Allen Toussaint pouvait d’un premier abord apparaître disgracieuse en ce sens qu’elle niait implicitement la valeur émancipatrice des disques enregistrés par Dr John depuis « The Night Tripper ». D’un autre côté, il était non seulement stupéfiant qu’Allen Toussaint déclinât une proposition qui lui était adressée mais surtout flatteur pour Dr John qu’Allen Toussaint lui remît en toute confiance un projet qu’il ne se sentait pas la force de faire aboutir.

            L’après-midi du 21 juin 1970, les deux génies s’envolèrent pour Charlotte dans l’Etat de Georgie. Il est vraisemblable que l’objet de la visite fût demeuré secret pour Dr John, soit qu’Allen Toussaint opposât un silence sans espoir à la curiosité de Dr John, soit que ce dernier, épris de mystère, ne désirât pas savoir où sa bonne étoile le menait. Confiant dans la révélation, dans toutes les révélations, Dr John, précédé de la silhouette princière d’Allen Toussaint, qui paraissait toujours arpenter un territoire qui lui était à la fois familier et perdu depuis longtemps, Dr John, son corps ensommeillé, marcha en quête d’une récompense qu’il n’osait imaginer dans les rues amicales de Charlotte, Georgie. Il marcha tant et tant qu’il eut le loisir de composer mentalement trois chansons dont « Such A Night » et de réciter pour lui-même les vertus de son ami Allen Toussaint, parmi lesquelles l’immédiate adhésion à l’esprit de la Nature, et à force de marcher, le but de son voyage se matérialisa. C’était une maison sévère, de peu d’attrait, privée des ornements habituels, qui décourageait sans doute ses rares visiteurs et peut-être même ses occupants aussi. Il fallait adopter une vue particulière pour s’éprendre du charme de cette maison, il fallait être le genre de personne que n’étaient ni Dr John, ni Allen Toussaint : un Romain de la République, un Caton l’Ancien, un esprit assez vigoureux pour ne se repaître que de l’austérité de la vertu et y goûter des délices qu’eux seuls savent goûter. Si l’occupant de cette maison n’était ni fou ni malheureux, il devait être un incomparable professeur de vie. Allen Toussaint frappa le heurtoir en bronze et une petite femme desséchée les fit entrer dans le vestibule. Celui-ci était couvert de médailles, de pièces de monnaie, de cartes et d’épées rangées dans leurs fourreaux. Ainsi la dégénérescence psychédélique n’avait pas pénétré ces murs, puisque tout y relevait de la forme ancienne du Psycho-batave, à l’époque où non pas The Jay-Jays mais Charles Robert Maturin incarnait le Psycho-batave. La petite femme s’engouffra dans une pièce pour en ressortir presque aussitôt ; elle invita Allen Toussaint et Dr John à passer dans la salle de bal où les attendait le maître des lieux. Lorsqu’il entra dans la pièce, tendue de rideaux sombres, jonchée de meubles aux ors dépolis  et qui dégageait par instants une odeur de camphre et de tabac turc, Dr John parvint avec difficulté à distinguer dans le coin inférieur celui qui devait être leur hôte et dont le corps se tassait au creux d’un fauteuil éventré. Seule émergeait de cette masse la reliure rouge d’un ouvrage que l’homme lisait. Il s’agissait des Bucoliques, une œuvre que connaissaient et admiraient et Allen Toussaint et Dr John. L’homme enfin déploya une silhouette longiligne, puis d’un mouvement très ralenti, ôta ses lunettes et darda sur ses visiteurs un regard qu’ils n’avaient jamais oublié depuis qu’ils l’avaient croisé pour la première fois au milieu des années 1950. Il n’eut guère besoin de se présenter : le jeune Dr John se souvenait bien de son idole Darby Jones, l’interprète sacré de Carrefour dans le magnifique I Walked With A Zombie. Darby Jones avait beaucoup vieilli quoique son pouvoir n’eût pas faibli. Toujours son apparition suscitait l’angoisse d’errer dans les limbes, de ne pas appartenir à un monde tangible, d’habiter une zone mal définie, intermédiaire et d’y être contrôlé par d’étranges forces qui nient votre libre-arbitre, mais qui en compensation vous laissent appréhender l’excédent sensoriel de chaque monde. Cette angoisse, liée à la personne de Carrefour, Dr John en pourchassait la forme dans chacun de ses disques. « M. John, notre ami Allen nous a réunis opportunément pour discuter un projet qui m’est très cher et que vous m’aiderez à réaliser si vous êtes l’homme auquel je songe et dans ce cas, sachez qu’il n’est que très peu de gentlemen à qui l’on témoignerait tant de respect et de révérence comme votre renommée et votre bonne figure m’en ont inspirés depuis déjà plusieurs années. » Ce furent là les paroles exactes prononcées par Darby Jones. Elles suffirent à convaincre Dr John d’enregistrer le disque le plus occulte de l’année 1970, par ailleurs année de réaction anti-Psycho-batave et donc année d’abjection et de mort musicales.

 

 

Darby Jones signant des autographes

 

Le 15 juillet 1970, à New-Orleans, sous les auspices distraits d’Allen Toussaint, Dr John entama une série de sessions nocturnes avec Darby Jones. Un observateur rapporte qu’Allen Toussaint passait la plupart de son temps à étudier un article paru dans une revue régionale sur les échecs ; au sommaire figurait le match qui avait opposé Alekhine et Capablanca en 1927 pour le titre de champion du monde ; Allen Toussaint avait disposé sur la console de mixage un échiquier et reproduisait chaque coup en laissant filer de longs intervalles. Son agacement pointait toutes les fois où il devait manier les pièces d’Alekhine. De son côté, Dr John réglait les parties instrumentales, dirigeait les musiciens et parlait à voix basse avec Darby Jones, qui, avant de chanter (puisqu’il était chanteur), aimait à s’entretenir sur le mood requis par telle chanson. Le dynamisme de Dr John ne portait nul ombrage à Allen Toussaint dont le rôle était à la fois terminé et toujours latent : les semaines qui précédèrent l’enregistrement, Allen Toussaint avait composé quatre nouveaux titres et choisi les cinq covers de l’album Darby Jones The Love Zombie. Il avait ensuite patiemment élaboré les arrangements et rassemblé les musiciens ; il abandonnait le reste, c’est-à-dire l’enregistrement en lui-même, le plus décisif, à Dr John. Et si son oreille alerte avait décelé le moindre contre-sens dans l’interprétation qu’allait donner Dr John de ses compositions, Allen Toussaint aurait interrompu sa lecture, et perdu l’idée du match Alekhine/Capablanca. Cela n’arriva pas, tant Dr John fit preuve d’un génie égal dans sa partie à ce que fut le génie d’Allen Toussaint dans la sienne propre. L’album Darby Jones The Love Zombie consistait donc en neuf chansons, cinq reprises et quatre originales. Le chant ténébreux et rauque de Darby Jones serait l’unique dénominateur commun aux neuf chansons, chacune relevant d’un registre différent puisque Darby Jones désirait prouver sa maîtrise dans les domaines les plus variés et repoussait hardiment l’idée, alors en vogue, du concept-album. Il rejetait également le pittoresque haïtien, estimant pour sa part que son expérience intime du mal le privait de tout recul, qu’il fût ironique ou poétique, tandis qu’Allen Toussaint, lui, rejoignant ainsi la volonté de Darby Jones de ne pas donner dans le fantastique colonial, ne songeait qu’à rendre universelle la vision du chanteur. Allen Toussaint prévint Dr John : « Pas d’Orgue du Fantôme. »

            Les deux premiers enregistrements furent « Crying In The Chapel » et « Moon River », deux standards Italo-américains, deux romances qui étaient les favorites de Darby Jones. Les images et les thèmes n’importaient pas tant que la suavité des mélodies, cette qualité étrange de mélancolie à laquelle s’attache l’interprète, peut-être parce que la tristesse nous accompagnant notre vie entière, il convient d’en faire une amie compatissante. Aussi la ballade ultime nous permet-elle de trouver le réconfort dans cela-même qui nous affaiblit, elle change un signe funeste en une maison chaleureuse. Les arrangements des deux chansons ne surprenaient guère : pour « Crying In The Chapel », la voix de Darby Jones n’était soutenue que par un chœur de femmes, il arrivait ainsi qu’entre deux mesures, le silence s’installe et plus poignantes résonnaient de nouveau les voix ; « Moon River » poursuivait dans un semblable dépouillement, cette fois seule une guitare classique appuyait Darby Jones, parfois un orgue aux sonorités austères, dont la répartition était soigneusement déréglée, introduisait un air de fatalité qui faisait mentir la joliesse de l’accompagnement. « The Day Today » de Sean Bonniwell avait été choisi par Darby Jones lui-même, qui souhaitait néanmoins éviter de recourir au hautbois, dont l’utilisation aurait par trop trahi la paresse des arrangeurs. Pourtant c’était le hautbois, comme chacun le savait, qui conférait aux accords de « The Day Today » leur caractère spectral, et là encore, Darby Jones n’envisageait que de valider ce caractère spectral, pas de le modifier. Allen Toussaint combina alors une section de trompettes avec un clavecin, obtenant le caractère recherché tout en le nuançant : ce qui sonnait intimiste et nostalgique dans la version de The Music Machine prit ici le tour d’un échange entre l’homme et le Destin, le drame se mua en tragédie, le promeneur solitaire devint soudain Roi Lear. Les deux dernières covers étaient encore plus audacieuses, en ce qu’elles étaient tirées du répertoire adolescent féminin. Sur ce point, Allen Toussaint s’était laissé convaincre par la démonstration de Dr John : « il n’y a pas de drame spécifiquement adolescent sinon dans la réponse que l’on donne à l’événement dramatique, la nature du drame reste inchangée pour tout mortel, seulement l’adulte étouffe le drame par un attachement pathologique aux conventions morales et comportementales, et le vieil homme appelle sagesse son désir mortifère, mais l’adolescent connaît déjà la mesure de ce qu’affronteront ses aînés, sa réponse est de plus la seule à se montrer digne du drame, vivre à la hauteur des événements afin d’en absorber l’énergie implique que l’on préserve en soi la dignité de l’adolescence, qui n’a rien à voir avec l’enfance, en tous points haïssable, beaucoup de ceux qu’on appelle adolescents sont en vérité soit des enfants soit des adultes, des enfants abjects et des adultes immondes, il n’y a plus d’adolescents, les adolescents ont quitté la réalité, ils l’ont abandonnée aux enfants, qui sont des idiots, et aux adultes, qui sont des crapules ». « Where Did Our Love Go » représenta l’un des moments-phares de l’album Darby Jones The Love Zombie. La musique scandait chaque temps sans jamais céder à la virtuosité rythmique, de là un groove encore plus dense naissait de la basse, du célesta et des maracas, qui tombaient ensemble chaque fois, à intervalles réguliers ; puis, les violons venaient déranger l’uniformité quasi hypnotique de la mélodie, ils s’épanchaient de plus en plus jusqu’à effacer tous les autres instruments, y compris le chant orageux de Darby Jones qui avait évolué vers un majestueux fredonnement. Et tout se dissolvait dans une brume d’outre-monde. « Paradise », le chef-d’œuvre de The Shangri-la’s, était fondé au contraire sur l’accumulation des cordes et des cuivres, présents dès le début du titre et ne diminuant jamais. Le paradis en question ne suggérait pas la quiétude mais la libre expansion des désirs et des regrets, comme si l’homme accédant au séjour éternel y faisait face à une tornade composée de tous les sentiments qui avaient été les siens. Encore une fois la circonstance se sublimait en un événement mythologique, il était par conséquent naturel que « Paradise » formât la conclusion ébouriffante de Darby Jones The Love Zombie. Les quatre compositions originales d’Allen Toussaint présentaient un aspect plus dur, plus directement funky, nécessitant le jeu Psycho-batave, c’est-à-dire indépassable, de The Meters. Darby Jones en avait écrit les paroles, autobiographiques comme l’indiquaient les titres par eux-mêmes : « Upside Messenger », « This Gate Of Mine », « I Once Had A Puppet » et « She Masters My Will ». Il s’agissait de funk à impact maximal dans le cas de la première chanson et de funk un peu plus torve, tendant vers le McWellback, dans le cas des trois autres. Les duels orgue/guitare électrique comptaient parmi les plus incisifs jamais imaginés par The Meters ; sous une armature aussi solide, la voix de Darby Jones pouvait serpenter à loisir, elle créait à chaque fois le groove par des placements qui semblaient hasardeux. Quant à la batterie, rien n’aidait à en définir strictement la nature entre rugosité et souplesse. Comme Carl Jung en avait eu l’intuition, la libido, plutôt que sexuelle, était rythmique et comme Jean Pop 2 n’eut de cesse de l’expliquer, le rythme atteignait sa pleine forme en produisant la mélodie, qui n’est pas le complément du rythme mais sa révélation, cela Dr John l’avait toujours su.

 

            Darby Jones The Love Zombie, album titanesque, ne trouva hélas pas de distributeur national. Dans une Amérique rongée par les hippies et les cowboys fumant de la marijuana, personne ne voulait entendre parler de messager d’outre-monde, de contrôle de l’esprit, de sentiments impérissables et formant colonne, de voyages infernaux et paradisiaques. On raconte encore qu’une nuit, Dr John interpréta seul au piano une première version de « I’ve Been Hoodooed » et qu’elle fit pleurer Darby Jones, qui, n’osant plus lever les yeux, avoua : « Si seulement je pouvais me rappeler quand … ».

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