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14 avril 2005 4 14 /04 /avril /2005 22:00

Eté 1960 : Joop Oonk et Tjibbe Veeloo (17 et 18 ans), deux étudiants à l'école de danse de La Haye décident de se lancer dans la musique, soutenus par l'approbation totale de leurs parents. Ils rencontrent le guitariste Hans Van Eyck, plus âgé et expérimenté qu'eux, lors d'une virée nocturne où ce dernier les impressionne par sa capacité à rouler des cigarettes d'une seule main. Ils fondent quelques semaines plus tard le groupe Johnny And The Jewels, renforcé de Kees Kranenburg  Jr. à la batterie.

 

1962 : le groupe, se contentant encore de jouer des instrumentaux à la mode, tourne dans les clubs et les salles de province où il apprend à devenir homme en faisant danser de plus en plus jeune que lui. Il y fait également la rencontre du capital, incarné par Herman Batelaan, trentenaire exubérant qui devient leur manager et les rebaptise The Jumping Jewels.

 

Fin 1965 : The Jumping Jewels, invités à l'émission batave "Fanclub" jouent une version explosive de "Dedicated follower of fashion" de The Kinks, qu'ils terminent par une apostrophe au présentateur, Jan Van Gan, qu'ils qualifient de roquet sans imagination et sans savoir, ce qu'il leur vaudra d'être temporairement banni des antennes et définitivement honni par leur manager. En décembre, ce dernier leur intente un procès, leur reprochant d'avoir gardé le nom idiot dont il est l'inventeur. Le groupe devient alors The Jay-Jays.

 

Février 1966 : Hans Van Eyck, jazzman velléitaire, est renvoyé du groupe en raison de son accoitance avec les premiers hippies hollandais. Il est aussitôt remplacé par Leo Bennink, ancien membre de The Black Albinos et de René and The Alligators, guitariste ombrageux choisi pour son mutisme et sa ressemblance avec Buddy Holly.

 

11 Mai 1966 : bouleversés par la vision de "Peter Ibbetson" d'Henry Hathaway, Veeloo et Bennink décident de concert de quitter leur petite amie et composent le soir même "I keep tryin'", qui ne sortira quelques semaines plus tard qu'en face B du 45 tours  "Got love if you want it" à cause d'impératifs commerciaux qui les contraignent à enregistrer une reprise en face A. La réfèrence de ce disque sera JF 333550.

 

 

Début 1967 : lucides, Veeloo et Bennink quittent successivement le groupe. Veeloo ouvre une boutique d'alcools fins et Bennink, après avoir brièvement rejoint The Motions, disparaît de la circulation. Le groupe continue néanmoins à enregistrer quelques 45 tours capillaires avant de s'étrangler d'insignifiance.

 

Fin 1967 : enregistrement simultané du "Friday on my mind" de The Easybeats à Londres (Parlophone A 8234) et du "Seven rooms of gloom" de The Four Tops à Detroit (MS-647).

 

Fin 1969 : Randall Webb se retire des lettres et progressivement du monde.

 

13 Août 1977 : naissance de Sred Sweign à Stockholm.

 

3 septembre 1977 : discours de Michel Piccoli à La Haye, qui se termine par cette phrase : "Et c'est pour ces raisons que je salue le pouvoir créateur du peuple Batave, qui est contraint de s'imaginer ses propres montagnes" Leo Bennink, ému, monte sur l'estrade et serre la main du grand acteur français.

 

2 octobre 1978 : naissance de Jeanpop2 à Téhéran pendant la révolution.

 

7 avril 1980 : naissance de Jean-Pierre-Paul Poire à Genève. Seul évènement positif notable pour la décennie à venir.

 

28 décembre 1983 : mort de Dennis Wilson au large de Marina Del Ray, Californie.

 

1 avril 1984 : mort de Marvin Gaye à Los Angeles, Californie.

 

14 avril 1994 : Jeanpop2 reçoit avec ahurissement le choc combiné de "I keep tryin'" et du "Hey Conductor" de sonny Flaharty and The Mark V (Counterpart 2591/2), qu'il découvre postés de manière anonyme dans sa boîte aux lettres.

 

21 août 1995 : Jeanpop2, lors d'une soirée northern soul à Rome, est ébahi par le spectacle d'un homme en larmes dansant sur le "Come back" (Okeh 7303) de Ken Williams. C'est bien sûr Sred Sweign. Les deux jeunes gens se lient d'amitié et se promettent de ne jamais se dire un seul mot en trop. Ils remarquent également le très jeune et fluet disc-jockey, qui les regarde avec insistance mais a le bon goût de ne pas les aborder frontalement.

 

23 août 1995 : Jeanpop2 reçoit une nouvelle lettre anonyme par laquelle il est sommé de se rendre sous la porte Pia, muni du plus grand disque de tous les temps. Il y est attendu par le DJ de la soirée de l'avant-veille, qui n'est autre que Jean-Pierre-Paul Poire. Ce dernier éclate en sanglots en voyant "I keep tryin'" sous le bras de Jeanpop2, morceau qu'il ne connaît pourtant pas encore mais dont le titre a justement visité ses rêves la nuit précédente. Une immense amitié se lie à nouveau, même si le mystère persiste encore de nos jours : qui est l'auteur du colis?

 

 

DJ Poire s'échauffant avant un set apocalyptique

 

Printemps 2003 : Jeanpop2 et Jean-Pierre-Paul Poire théorisent la vision psycho-batave en hommage à l'immense génie et à la beauté universelle de The Jay-Jays.

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13 avril 2005 3 13 /04 /avril /2005 22:00

Nous adopterons, pour plus de maniabilité, le même plan que précédemment, à savoir : principes, analyse du style et activités. Le vieux loup, bien que succédant immédiatement au pédé progressif, se situe aux antipodes de ce dernier, dont il ne partage ni les références, ni les critères et auquel il peut s’opposer point par point. Cependant, beaucoup parmi nous sommes contradictoires et il est vrai qu’aucun homme ne peut être vieux loup ou psycho-batave jusqu’au bout : nous connaissons des phases qui nous interdisent d’assumer pleinement une seule et même attitude. Les auditeurs de Jean Pop 2 savent bien que celui-ci, qui porte avec panache le style psycho-batave, peut aisément s’adonner au style vieux loup ou pédé progressif, sans que cela, néanmoins, jure avec le fondement psycho-batave de sa personne. Il faut simplement différencier des aspirations profondes et des humeurs superficielles.

 

1. Principes

 

            Le vieux loup se signale par sa dévotion à une certaine tradition du rock’n roll. S’il ne craint pas qu’on l’accuse de conformisme lorsqu’il fait part de son admiration pour Elvis Presley, il échappe à tout reproche de ce genre sitôt passée l’année 1972. Après cette date, il considère d’un œil maussade l’évolution des choses et choisit avec soin les quelques groupes qu’il distinguera. Etrangement, c’est donc en dehors de ses périodes de prédilection que le vieux loup se révèle irascible et exigeant. Fidèle au blues et au beat originel du rock’n roll, tout vieux loup vous dira que ce qui compte, c’est la guitare et le grain. Cela explique à la fois pourquoi certains d’entre eux ont très mal tourné et pourquoi les meilleurs inspirent le respect. Le jeune vieux loup a admiré jimi hendrix et le « zep » ; de là, il est allé puiser dans le blues du Delta, pour enfin remonter aux années 1950, qui est la troisième étape nécessaire de son évolution. La clarté de son parcours lui rend amplement justice : il est un être de grande cohérence, et son rapport à la musique est exempt de toute moralité, comme c’était le cas chez le pédé progressif. Toute sa vie, le vieux loup honorera les Pères parce qu’il est dans sa nature de marquer des filiations. Pour cette raison, la jouissance ultime pour un vieux loup consiste à vous raconter l’Histoire de sa musique, et seule la pudeur l’empêche alors de vous prendre sur ses genoux : comment Howlin’Wolf prépare Johnny Burnette qui prépare Dave Aguilar qui prépare James Williamson, etc. Le vieux loup ne manifeste jamais d’impatience, conscient que l’apprentissage est long ; s’il lui est possible, il parrainera votre groupe pour peu que la musique qu’il joue dégage quelque chose de primitif. Il ne se formalisera pas outre mesure du son que vous adoptez, pourvu que l’on devine l’état d’esprit qui préside : l’état d’esprit du punk-rock. Oui, le punk-rock est un état d’esprit. Cela s’avère assez nécessaire pour justifier le mépris déclaré du vieux loup pour tout ce qui se rapproche d’une ballade, y compris peut-être une ballade de Buddy Holly ou d’Elvis Presley. Sur ce point, le vieux loup se distingue radicalement des trois autres catégories, en ce qu’il exècre toute sentimentalité. La joie, l’ardeur, la violence et la folie sont les seules valeurs à rencontrer son assentiment. Ou bien lorsque le vieux loup vous fait l’éloge d’Otis ou de Johnny Taylor, qui ont pourtant excellé dans le genre de la ballade, il se défend de toute naïveté en invoquant la détresse du peuple noir et autres antiennes. Voulant pousser son côté tough à l’extrême, le vieux loup ne boude jamais son plaisir devant le rock’n roll, à condition que son authenticité ne souffre aucun doute. Pourtant, faute d’une jeunesse exemplaire sur le plan du goût, le vieux loup manque de s’interroger sur son attachement pour des groupes comme the led zeppelin, the cream ou encore the mc5. Chacun sa croix, the mc5 vaut bien the smiths, mais certainement pas The Easybeats.

 

"Michael Jackson is true at heart" Stu Cook des Creedence

 

 2. L’écriture

 

            Le style vieux loup commence lui aussi par des références, que par excès de familiarité il cite sous forme de diminutifs. Vous devrez maîtriser chacun d’eux sous peine de passer pour un pied tendre. Il vous faudra même reconnaître l’existence de musiciens comme jimmy page, eric clapton, ou john mayall, chose délicate, qui cependant n’effraiera pas ceux qui ont volontiers retenu les noms fastidieux de the cure ou the rem. Outre les sobriquets tels que le King pour Elvis Presley ou la Reine pour aretha franklin, il existe ainsi quantité de petits noms, dont je vous livre les plus usités. Prenez garde à les bien prononcer : n’oubliez pas qu’en tant que vieux loup, l’accent est rédhibitoire parce qu’il connote l’affectation. Voici les diminutifs les plus fréquents : le Five (the mc5), les Stouge (The Stooges), les Creedence (Creedence Clearwater Revival), le Zep (the led zeppelin), le Dead (the gratefool dead), les Stone (The Rolling Stones), Otis (Otis Redding), James (James Brown), Sky (Sky Saxon), les Elevators (The Thirteen Floor Elevators), les Dolls (the new york dolls), les Pistols (the sex pistols), les Def (The Def Leppard), etc. Il s’agit là de références célèbres, que vous rencontrerez forcément dans vos lectures vieux loup, mais j’insiste sur le fait que les très nobles vieux loups sont incollables sur l’underground, qu’ils disposent, en particulier pour les années 1977/1982, de noms que même votre auteur ne connaît pas. Ne les embêtez pas sur ce terrain, ils pourraient vous en remontrer.

            Pour ce qui regarde la syntaxe et le type de progression que vous devrez choisir, il faut considérer le fait que la langue du vieux loup combat toute rhétorique, surtout littéraire. La langue employée doit se rapprocher de la langue parlée à l’oral, qui n’est pas la langue de Jean Pop 2, spontanément brillante et poétique. Je vous recommande d’émailler votre écriture de termes argotiques et injurieux ; ils sont l’indicateur de la vie et du courage. Le lexique de la guitare doit être su parfaitement. La syntaxe doit comporter beaucoup de tournures exclamatives ou si elle tente de les modérer, optez pour l’accumulation. Votre lecteur doit avoir l’impression qu’il bavarde avec son aîné : soyez chaleureux et ne ménagez pas votre culture. Si vous vous échauffez, adoptez un ton acariâtre et déversez votre bile sur la variété et la « techno », qui englobe tout ce que le vieux loup déteste et d’une certaine manière, représente pour lui la musique anti-rock’n roll que les jeunes écoutent. Au moins, ce type d’approche grossière permet d’éviter bon nombre de mensonges musicaux : le vieux loup ignore de quoi sont faits les disques de the massive attaque mais il sait intuitivement que cela ne vaut rien. Condamnez sans crainte.

            Un autre aspect, particulièrement retors, doit être traité maintenant. Au contraire des autres, le vieux loup se fait une conception artistique haute du rock. Et cette conception relève de l’académisme, je veux dire par là que pour un psycho-batave, le rock est essentiel mais sur un autre plan que celui de la légitimation. Le plus naïf des vieux loups voudrait que le rock constitue un mode de vie, le plus opposé possible au mode de vie bourgeois, relayant ainsi les anciennes préoccupations de la littérature. La chose est concevable lorsqu’on étudie certaines périodes mais le contenu conceptuel reste vague et ténu ; très souvent, le vieux loup vous entretient de héros disparus dans une langue de martyrologue : un tel est mort d’avoir incarné la passion du rock, tel Jeffrey Lee Pierce au foie perforé. Si les termes ne sont pas chrétiens, ils peuvent devenir sociologiques : le vieux loup voudrait défier la société bourgeoise, qu’il accuse de nourrir les inhibitions affectives de millions de jeunes gens. D’ailleurs, le lexique de la sexualité agressive abonde dans ce qu’il écrit. Bref, le monde attend sa grande libération dionysiaque, créée par le rock. Le fait d’assigner un rôle à la fois critique et providentiel au rock, vécu sur le mode de la passion, signale le vieux loup. Il est le seul à penser en termes de Sens, le seul à envisager des fins dernières, là où le psycho-batave, pourtant attaché à l’idée de Salut, n’entend par là qu’un pouvoir accru d’Expression, augmentant les territoires de l’Imaginaire.

 

Le bras psycho-batave de Rick, du Def 

 

 3. Travaux Pratiques

 

Exercice 1

           

Parmi ces propositions, laquelle peut-on attribuer à un vieux loup ?

a) Bo Diddley a renversé la valeur mortifère de la Répétition

b) Bo a donné au rock sa force érectile

c) Le Diddley Beat fonctionne bien dans un certain genre

d) Bo Diddley est celui qui a injecté de la sorcellerie africaine dans le rock

 

Exercice 2

Complète cette proposition par une référence vieux loup

L’album empile jouissivement les riffs à la…

 

Exercice 3

Vantez les mérites certains du dernier disque de Hipbone Slim en utilisant trois termes argotiques. Expliquez, en adoptant un ton menaçant, pourquoi the motorhead sape les fondements de notre morale judéo-chrétienne (vous devrez citer une référence vieux loup, et la mentionner comme un vieux loup le ferait).

 

Exercice 4

Expliquez en cinq lignes maximum pourquoi le punk-rock est un état d’esprit.

 

Exercice 5

Rédigez votre article vieux loup !

 

N’OUBLIEZ DE NOUS POSTER VOS REPONSES EN COMMENTAIRES. PRIX POUR LES MEILLEURS !

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8 avril 2005 5 08 /04 /avril /2005 22:00

Latin Flavour

Los Shakers, quatre Ringo Starr Uruguayens

Elegance et transpiration étaient à l'honneur ce soir pour cette émission consacrée aux touches sud-américaines dans le rock. Jeanpop2 et M. Poire eurent bien sûr l'intelligence et le bon goût de ne pas réduire le sujet à l'unique Amérique du sud et d'étendre leur vision au monde entier, incluant le Japon et le Danemark. 

Oraison funèbre de Billy Wolf

Guitar Wolf "Fujiyama attack"

The Rangers "Let's go rangers"

The Defectors "Go go slow"

The Steve Karmen Big Band featuring Jimmy Radcliffe "Breakaway pt 1"

Curtis Mayfield "We got to have peace"

The Rockmasters "Raining teardrops"

The Worlocks "I love you"

The Big Beats "Beware"

The Small Faces "Eddie's dreaming"

Ike White "Love and affection"

The Sollicitors "Music for the brothers"

Thee Midniters "Chicano power"

Los 007 "No te puedo encontrar"

The Dhag Dhag's "Bohemio"

Thee Enchantments "I'm in love with your daughter"

Los Chijuas "Estan cambiando los colores de la vida"

Los Shakers "What a love"

The Exotics "I don't want nobody (to leave me on)"

David Ruffin "My whole world ended"

Triste Janero "In the garden"

The Beach Boys "It's about time"

Eldridge Holmes "Until the end"

Steely Dan "Green earrings"

Los Ovnis "Ya se"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. 

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7 avril 2005 4 07 /04 /avril /2005 22:00

             Pays rude mais accueillant, la Slovaquie avait été distinguée par mon ami Randall Webb pour servir de cadre à nos entretiens. J’ignore ce qui le lie à cette partie de l’Europe centrale, qui je l’avoue m’est parfaitement inconnue, et que je n’imaginais pas propre à ravir les sens de mon ami. C’est du moins là que nous arrêtâmes pour un temps notre périple. Nous eûmes à souffrir les lamentations de Legendre, décidé à n’obéir qu’à un seul maître, alors que l’étiquette exigeait de moi que je louasse ses services à Randall Webb. Même en doublant les appointements, je ne pus obtenir de Legendre qu’il accomplît ses tâches régulières. Alors Randall Webb, peu satisfait de mon manque de sévérité, représenta à mon valet les tortures qu’il avait infligées à lou reed, il laissa entendre que l’impertinence ne connaissait qu’un moyen d’être châtiée et que son bras pouvait s’abattre avec la même dextérité  sur lui ou sur des individus comme lou reed. Legendre, dont la nature était nourrie de toutes sortes de superstitions, considéra avec crainte les paroles de Randall Webb, et c’est de bien mauvaise grâce qu’il reprit son service auprès de nous.

            Nous passions nos après-midi séparément. Le soir seulement, nous nous retrouvions dans des circonstances toujours identiques et veillions fort avant dans la nuit claire de Bratislava. Nos entretiens, qui roulaient sur le thème de l’essence psycho-batave, ennuyaient bien vite les visiteurs occasionnels, et tous se retiraient sans attendre un signe de notre part. Trois heures s’écoulaient, et Randall Webb quittait la pièce richement meublée adoucie par le feu de l’âtre. Il gagnait alors un hôtel particulier, dont l’enseigne figurait un opossum mélancolique, en compagnie d’une jeune prostituée à la peau brune, qui n’était jamais la même. Je devais pendant ce temps vaquer à mes propres occupations et le rejoindre deux heures plus tard, équipé d’un dictaphone. Ce bizarre rituel pouvait s’expliquer de la manière suivante : comme il apparaissait que Randall Webb n’était ni plus brillant ni plus inspiré au terme de ses fornications, cette mise en scène devait m’être destinée, à moi seulement, qui étais le sujet de l’expérience. Randall Webb souhaitait donc que je le visse partageant sa couche avec une professionnelle du plaisir, afin que je comprisse deux choses : 1) son énergie était intacte 2) quand le sexe était en jeu, Randall Webb, tel Donald Fagen en 1976, convoquait les meilleures. Bref, il fallait que je saisisse l’exigence de la démarche. Quelquefois, Randall Webb m’appelait pour me faire assister à la fin de ses ébats, mais il était trop fier pour m’inviter à prendre sa place et je devais apprécier avec aigreur les prouesses de mon camarade, à qui cependant je ne reprochais jamais son attitude. Un de ces soirs de vexation, Randall Webb me sembla préoccupé. Après avoir raccompagné son hôtesse à la porte de l’hôtel, il revint et me désigna un portefeuille vert sombre placé en évidence sur un guéridon dessiné par le grand Boulle. Il me dit d’en examiner le contenu. Je découvris une photographie pâle sur laquelle cinq jeunes gens, quatre alignés et le cinquième à mi-hauteur au centre, fixaient avec beaucoup de concentration et de calme l’objectif. Leurs tenues étaient noires, leurs cheveux indiquaient avec certitude que nous étions en 1965, l’année des chefs. Ce qui me sidéra immédiatement était la perfection du maintien, la discipline gestuelle dont faisaient montre les cinq personnages, et l’un d’entre eux, le cinquième, ressemblait trait pour trait à Franz Kafka, pourtant originaire de Prague. A les contempler tous les cinq, je sus que j’étais en présence d’une icône de type psycho-batave, je pouvais entendre une musique rapide, fine et féroce, une musique dont la gloire et la vérité pouvaient rendre fou, une musique dont vous et moi Jean Pop 2 connaissons le prix insigne et qu’il faut guetter imperturbablement chaque fois qu’elle se manifeste. Je levai les yeux et Randall Webb articula avec précision : « Vous tenez entre vos mains, Poire, un cliché psycho-batave de Larry & The Blue Notes ».

 

 

            J’en perdis le souffle. « Savez-vous, Poire, qu’il ne se passe pas un seul jour sans que j’examine cette obscure photographie ? J’aimerais pouvoir situer les émanations du génie sur les corps de ceux qui l’ont porté, à moins bien sûr que la perfection des traits et de la pose ne soit à l’origine du génie. Larry & The Blue Notes, auteurs de « In And Out » et de « Night Of The Sadist », sont originaires de Fort Worth : la scène de Fort Worth, Poire, est la plus conséquente de toutes les scènes, et vous ne devriez pas mourir avant d’en connaître chaque nom. Mais, sachant que vous êtes peu avancé, en tout cas beaucoup moins que votre mentor Jean Pop 2, il y a peu de chance pour que vous atteigniez cet idéal. Vous devrez alors déléguer à vos enfants, surtout à vos bâtards qui seront plus nombreux, cette tâche noble et prométhéenne. J’ai cependant de l’estime pour vous, car Larry & The Blue Notes, je le sais, vous sont familiers et comptent parmi vos favoris. Heureux choix, M. Poire, heureux choix ! C’est objectivement, dans l’absolu, que Larry & The Blue Notes incarnent le style psycho-batave, on ne saurait chercher plus fidèles représentants de la pure béatitude psycho-batave. J’espère que l’emploi du terme « béatitude » ne vous choque pas, il ne veut pas dire, loin de là, que je suis sous l’emprise d’une drogue psychédélique. Mon vocabulaire peut être imprécis. « In And Out » ! Rendez-vous compte : IN AND OUT ! Pourquoi mon ami Boulter Lewis ne l’a-t-il pas mentionné dans son fameux article sur l’Orgue du Fantôme ? Ce motif d’orgue arabisant convient à la description élaborée par Boulter, mais il est vrai qu’il sert un propos peu délicat, peu enfantin, qu’un officier de police préfère escamoter. Quand Larry rugit « Come on Baby », pensez-vous qu’il supplie ou qu’il soumet la fille récalcitrante ? Parce que, voyez-vous Poire, non seulement le ton resterait le même dans les deux cas mais en plus, ces deux comportements sont souvent corrélatifs. Alors je m’interroge. Il peut se passer vingt bonnes minutes avant que je mette fin à mes objurgations, avant que j’entreprenne l’affaire ; j’attends de ma partenaire qu’elle ne mette rien à exécution tant que le cri n’est pas poussé correctement, le « Come on Baby » de Larry doit être imité sans détour puisque c’est par lui, et lui seul, que l’opération sera psycho-batave, et je ne veux plus de caresses italo-américaines, je veux le sexe psycho-batave, celui que Larry & The Blue Notes ont créé. M’avez-vous observé en phase d’action ? Si intérieurement vous raillez ma pratique, soyez certain que j’ai manqué le cri, tout part de lui, vous pouvez me croire, lorsque je donne le sentiment d’accomplir avec succès la tâche impartie, c’est que j’ai approché le hurlement de Larry, le « Come on Baby » de « In And Out » ! Quant à vous, mon ami, puisque ceci ne vous était pas connu, pas sous cet angle en tout cas, eh bien vous n’êtes pas un étalon psycho-batave : devenez-le. »

 

     Randall Webb doing The In And Out!

           

           Une fois rentré, je retardai le moment du coucher et repassai dans ma mémoire les principaux thèmes développés par Randall Webb. Son accusation finale ne m’avait pas blessé outre mesure, je savais qu’il avait raison et que ma jeunesse m’empêchait d’accéder à la vérité du sentiment. Je me promis d’y remédier en temps voulu, mais je disposai déjà d’un élément que ni vous ( ?) ni moi ne soupçonnions. Le psycho-batave déborde de la sphère de la création, il s’immisce dans nos pratiques, enlumine nos actes et modèle notre vigueur.

 

Bien à vous, Jean-Pierre Paul-Poire

 

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4 avril 2005 1 04 /04 /avril /2005 22:00

     Ecrire comme un pédé progressif exige un entraînement quotidien tant sur le plan stylistique que sur celui de la méthode. Nous dissocierons, peut-être artificiellement, ces deux aspects le temps d’exposer les principes d’une telle écriture, dont le lecteur vérifiera la validité en se reportant au premier texte sur Buddy Holly. Nous terminerons par une série d’exercices à la difficulté croissante. Notez enfin que nous évoquons le style pédé progressif, et pas la musique pédé progressif, qui dans de nombreux cas reste ignorée des principaux intéressés.

 

1. Valeurs et références/Rapport aux autorités

 

            Un premier élément est la nécessaire dévotion au revival pop en Angleterre, incarné par le groupe the smiths. Comme the smiths ploie tout entier sous la personnalité morbide de leur chanteur morrissey, leurs admirateurs sont bien souvent aveugles à l’indigence sonore de leurs disques, passée l’année 1983. Mais au lieu de discuter la qualité musicale de the smiths, je préfère attirer l’attention sur les conséquences psychologiques de cette adhésion sans réserves. Le thuriféraire de morissey se forge bien rapidement une idée non-musicale, dogmatique, de la pop music. Pour lui, celle-ci doit être claire, littéraire, mélodieuse et surtout pathétique. D’où son goût pour les baladins tristes, tels michel stipe ou nic drake, et même Ian curtis. Evidemment toute joie connote l’abrutissement. Cependant, le pédé progressif, obnubilé par la ville de Manchester, avoue un penchant pour la musique disco de the new order et the happy mondays : il la justifie invariablement par la « mélancolie » qui émanerait de leur variété prolétaire. Ainsi the pet shop boys et the pulp se trouvent aussi rachetés. Bientôt il devient urgent de célébrer les pères, qui appartiennent aux années 1960 et qui seraient pour la plupart « méconnus ». De grands groupes comme The Kinks ou The Left Banke ont été honorés, en raison de leur munificence mélodique et orchestrale. En revanche, des mensonges tels que the velvet underground ou nic drake ont été colportés : les pédés progressifs louent chez eux des qualités morales, des poses esthétiques, mais pas la musique. L’autre repère pour les années 1960 est constitué par The Beach Boys. Encore doit-on limiter The Beach Boys à l’album « Pet Sounds », et élargir pour les plus dogmatiques pédés progressifs à « Smiley Smile », qui fait naître de laborieuses dissertations sur le thème de l’infinitude. Pourquoi ? « Pet Sounds » a été réalisé presque sans le concours des autres membres du groupe, qui tournaient au Japon, patrie de The Spiders. C’est donc l’œuvre d’un génie solitaire, en phase de repli, qui souhaite faire oublier la prétendue frivolité de ses précédents disques. Pour un pédé progressif, Dennis Wilson n’existe tout simplement pas. Le mythe « Pet Sounds » relève également de la mystique de l’en-soi et du pour-soi, telle que la pratique le pédé progressif, qui apprécie qu’un disque douloureux soit enregistré par un groupe apparemment niais. De même, le cinéaste Jacques Demy qui œuvre dans le plus sentimental des genres, la comédie musicale. Tout pédé progressif est fier de pouvoir déceler dans ce que d’aucuns jugent mièvre, une profondeur insoupçonnée. Ah ! Ah ! le dispensable andré gide l’écrivait à propos de La Bruyère : « Si claire est l’eau de ses bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur ». Tout à fait pédé progressif comme analyse : pas de complexité affichée, pas de simplicité affichée, mais une complexité tapie dans la simplicité.

En vieillissant, le pédé progressif diversifie son approche ; son dogmatisme, qui est, malgré tout, ce qu’il a de meilleur, s’effrite. Soucieux de ne rien perdre du monde qui l’entoure, notre ami se fourvoie dans le piège new-wave/chanson française/musique électronique islandaise/trip-hop viennois/néo-folk WASP. Dans son irrésistible ascension vers la Culture, le pédé progressif ne nourrit plus aucune exigence et c’est là qu’il cesse de nous intéresser. En proie en doute, il revisite l’Histoire mais, hélas, tout le porte à ne privilégier que les très grandes gloires de la radio : il se demande ainsi sérieusement si the carpenters est un excellent groupe (« si claire est l’eau de ses bassins… »), pensant que la question présente un intérêt alors qu’elle n’en a absolument aucun ; il se trouve malin lorsqu’il souligne les mérites irréels de aba et de the 10sissi ; il résume la soul-music à une rivalité Stax/Motown. Laissons-le barboter dans son ironie et son inculture, et avançons dans la connaissance du style pédé progressif.

 

                   biorc allant chercher des provisions, surprise par des papparazzi

 

2. L’écriture : L’emploi des références/Procédés et progression

 

            N’oubliez pas de convoquer les références sus-mentionnées chaque fois que l’occasion se présente. Faire miroiter son savoir, si exigu soit-il, permet d’en dissimuler le caractère lacunaire. Alors n’hésitez pas et gardez à l’esprit que pour un pédé progressif, les équations suivantes prévalent : -velvet underground : groupe mature pour initiés

-         The Kinks : groupe pittoresque d’Angleterre, maître en mélodies

-         The Left Banke : groupe américain intelligent et raffiné

-         Scott Walker : comte Dracula

-         nic drake : poète élégiaque

-         Love : précurseurs de The Pale fountains

Cela devrait suffire pour commencer. Il est possible d’exceller dans le style pédé progressif avec un ensemble de dix références sixties, simplement. Le reste est jeté dans la fondrière du garage-rock, qui comme chaque pédé progressif vous le dira, prépare le mouvement punk londonien de 1977, lui-même annoncé par the new york dolls, le groupe préféré de morrissey –tout se tient. En revanche, et là votre auteur confesse qu’il en sait bien peu sur le sujet, soyez experts dans la new wave, le label 4ad et les disques sarah records : le pédé progressif, au meilleur de sa forme, se souvient de the feelies, the sad lovers and giants et the bradford. N’allez pas jusqu’à les réhabiliter, car ce serait méconnaître la nature essentiellement conservatrice du pédé progressif, qui ne réhabilite que les Grands. Par les temps qui courent, nous vous conseillons de miser sur the cure, groupe du « trauma adolescent ». Quelles seront vos références pour les années 1990 et 2000 ? Sans trop rentrer dans les détails (pour la période 1990/1995, engouement pour le rien acoustique redneck, emblématisé par vic chessnut), vous pouvez tout citer pourvu que ce soit électronique, pensif, invertébré, anti-Bush, modeste, authentique, feutré et comme parfois, il est nécessaire de passer pour un mondain aisé et pas coincé, ouvert d’esprit, montrez que vous aimez la musique de club « hédoniste » (c’est bien le mot) et les beats « acérés et lubriques » du hip-hop… anglais. Voici pour conclure sur ce point 4 noms intouchables : biorc, the rem, the radiohead, bec.

 

tom york de the radiohed 

 

            Quelques procédés d’écriture s’imposent maintenant. Je ferai vite, en me contentant d’indiquer ce qu’il convient de faire, sans le justifier. En ce qui concerne la structure qu’il vous faut adopter, il existe deux règles : déployer en introduction une toile de fond culturelle/ terminer par un trait d’humour ou de poésie. Si vous respectez ces deux règles, vous pouvez alors librement concevoir le reste de votre article. Ne perdez cependant pas de vue qu’un bon disque de pédé progressif est fondé sur un contraste entre l’être et le paraître. Aussi vous devrez à un moment ou un autre articuler une opposition, voire un paradoxe, par exemple opposer la douceur des mélodies à la cruauté des paroles. Ce genre de mélange est prisé par le pédé progressif. Servez-vous de métaphores et de comparaisons, afin de laisser sentir votre bagage littéraire : un tel sera un « cancre », parce qu’il n’enregistre pas ses disques avec les mêmes moyens que fil collins, un autre sera un « savant fou » parce qu’il a brisé l’uniformité d’un rythme… Ensuite, ne mesurez plus votre ardeur et multipliez les hyperboles ironiques : « à l’écoute de pareilles merveilles, on réclame illico la reformation de the velvet underground avec le bassiste de belle et sébastien à la composition ». Vous pouvez aussi, comme dans le premier article sur Buddy Holly, employer dans une même phrase le pronom personnel indéfini, qui donnera une allure de vérité générale à ce que vous écrivez, et le futur de l’indicatif, qui grave dans le marbre votre réaction ou votre jugement : l’effet est typiquement « pédé progressif ». Pour finir, vous devez suggérer que tel album est si riche qu’on n’en finira jamais de l’explorer, que celui-ci ouvre des pistes pour les dix années à venir, bref que ce n’est pas une mince affaire. Voilà tout ce dont vous avez besoin : les travaux pratiques vous attendent.

 

 

3. Travaux pratiques 

 

 

Exercice 1.

 

Parmi ces phrases, laquelle sort de la plume d’un pédé progressif. Justifiez.

a) ce disque marque l’apogée du style doo-wop

b) c’est ainsi et pas autrement

c) le spleen prend d’assaut le dance-floor

d) c’est Marshall à fond

 

Exercice 2

 

Complétez la proposition suivante par une référence de pédé progressif.

 

Depuis …, jamais le songwriting n’avait été poussé si loin dans l’exposition des blessures et des fêlures.

 

Exercice 3

 

Inventez une opposition pour défendre un album solo de guy chadwique ; trouvez un poncif biblique pour encenser le dernier disque de nic cave ; mettez en rapport la musique de the radiohead et leur engagement politique : dites qu’il s’agit d’un « rock politique », et citez des précédents.

 

Exercice 4

 

Donnez 4 qualités pédé progressif de the kills. Imaginez l’ordre dans lequel vous les présenteriez.

 

 

Exercice 5

 

Ecrivez votre article pédé progressif sur le groupe de votre choix (prix pour le meilleur). Bon courage !

 

 

POSTEZ NOUS EN COMMENTAIRE LE RESULTAT DES EXERCICES, EN PARTICULIER L’EXERCICE 5. PROCHAINEMENT, POUR LES PLUS JEUNES, LE STYLE VIEUX LOUP.

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3 avril 2005 7 03 /04 /avril /2005 22:00

Yeah. Nombreux sont les lecteurs qui nous écrivent pour demander de plus amples informations sur les catégories psychologiques révélées par notre test de personnalité. Les définitions alors proposées n’ayant pas étanché votre curiosité, nous donnons à lire les jugements pédé progressif, vieux loup, italo-américain et psycho-batave sur le grand Buddy Holly, chanteur assez fameux pour être connu de nos quatre protagonistes. Nous espérons qu’une parole vive, davantage qu’une abstraction analytique, témoigne de la psychologie de ses locuteurs.

 

Buddy Holly et le pédé progressif

 

            « Buddy Holly, c’est l’Amérique fifties en technicolor, qui pense dans sa majorité que le rock est la musique du diable. Ses chansons évoquent les Buick et les bals de promotion, tout un univers de prospérité et d’innocence dont il faudra attendre David Lynch pour qu’il laisse percer son inquiétante étrangeté. Parce que depuis Blue Velvet, plus moyen de regarder ce monde sans en flairer la pourriture masquée. On sera ainsi saisi de terreur à l’écoute de l’apparemment anodin Everyday, qu’on imagine chanté à tue-tête par un Dennis Hopper fou à lier. Mais Buddy Holly est surtout l’un des inventeurs de la pop, et dans son personnage de frêle escogriffe à montures carrées, on devine l’éclosion future de jonathan richman et de ron sexsmith. Chez lui, comme chez ses héritiers, la tendresse n’est jamais éloignée de la fêlure. Derrière ces mélodies acidulées, ces paroles naïves (lou reed est encore étudiant), les peines de cœur affluent, les drames forment un horizon secret que l’on n’a pas fini de sonder. »

 

Buddy Holly et le vieux loup

 

            « Buddy est un bon gratteux, même s’il n’est pas de la trempe de Link ou de Bo. En revanche, ses chansons sont construites très finement et son interprétation assimile de façon personnelle le style rockabilly. Pourtant Buddy est un cœur tendre et c’est ça, justement, son côté romantique, qui le rend si particulier. Ses ballades vous accompagnent dans les moments difficiles, Buddy est penché sur votre épaule lorsque votre girlfriend s’est barrée, c’est lui qui vous console. Ce mec, que la mort a fauché dans un avion avec Ritchie et comme Otis, plus tard, ce mec en savait long sur la vie. Et puis c’est pas pour rien que Lennon lui a volé son look, que Bobby Fuller lui a emprunté son jeu de guitare : Buddy est un putain de mythe pour les vrais tombeurs. »

 

"Mickael Jackson is a model citizen" Buddy Holly

 

Buddy Holly et l’italo-américain

 

            « Parce qu’elle véhicule une bonne image de la vie, je peux laisser ma femme et mes enfants écouter la musique de Buddy Holly. La clarté et la discipline de ses chansons me rappellent que l’Amérique abritait jadis de formidables ateliers d’écriture, que des jeunes hommes très convenables, aux cheveux courts, aux costumes soignés, s’y trouvaient réunis, animés par un commun professionnalisme et une égale passion pour l’art. Certes Buddy Holly n’a pas triomphé comme Elvis Presley, et son art n’a jamais revêtu les dimensions pharaonesques des chansons de Roy Orbison, le seul connaisseur du cœur humain. Néanmoins, une chanson comme Valley Of Tears, la plus grande jamais chantée par Buddy Holly, condense tout ce qui fait le génie lyrique, en ce que la détresse qu’elle exprime conserve sa dignité. On mesure ce qui sépare l’éducation de Buddy Holly de la nullité crasse  de jeferson airplane. »

 

 

Buddy Holly et le psycho-batave

 

            Buddy Holly a écrit, joué et chanté des chansons courtes, rapides, rythmées par la guitare, peu mais exactement arrangées, habitées par le souffle mélodique, portées par le jeu net et lumineux des instruments, parfois renforcées de chœurs virils, traitant sans ironie de thèmes universels, principalement l’amour. Buddy Holly est un prince.

 

 

 

Yeah. Si les nuances n’apparaissent qu’au prix de grands efforts, nous procèderons avec plaisir à une étude de texte. Pour cela, écrivez-nous afin de nous indiquer les passages problématiques.

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3 avril 2005 7 03 /04 /avril /2005 22:00

Talkover

Douglas Fowley, père de Kim, inventeur du rap

Jeanpop2 et M. Poire, hommes du langage, se sont intéressés ce soir à ce moment délicieux pendant lequel un chanteur descend des cimes lyriques pour parler : présentation d'un personnage ou d'une intrigue, un hommage ou préparation à l'envol du refrain.

Kim Fowley "Animal man"

The Soul Agents "I'm still mad at you"

006 "Like what me worry?"

Chairmen Of The Board "Men are getting scarce"

Millie Jackson "All I want is a fighting chance"

Bobby Womack "That's heaven to me"

The Shangri-las "Dressed in black"

The Whyte Boots "Nightmare"

The Everly Brothers "Ebony eyes"

Little Willie and the Adolescents "Get out of my life"

The Starfires "I never loved her"

The Debonaires "Never mistaken"

Geoff Godard "Sky men"

Dr John "Danse Fambeaux"

Question Mark and the Mysterians "Girl you captivate me"

Clarence Reid "Send me back my money"

Carla Thomas "You've got a cushion to fall upon"

Ann Peebles "Give me some credit"

Bo Diddley "Ooh baby"

The Charms "Coming back"

Freddie Scott "Just like a flower"

The Kinks "Big sky"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. 

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29 mars 2005 2 29 /03 /mars /2005 22:00

Expérimentation

Non, le J*** n'a pas le monopole des tatônnements musicaux et les recherches sonores ne sont pas l'apanage de musicologues en blouses blanches. C'est la thèse que défendaient Jeanpop2 et M. Poire avant d'apprendre la mort affreusement comique de MM. Becquerel, Lesec et Landive, intoxiqués à bord d'un avion étranger.

Jason Eddy and the Centremen "Singing the blues"

Dean Carter "Jailhouse rock"

Jay Bees "Goodtimes" 

Andre Williams "Bring me back my car unstripped"

Slim Whitman "Song from the old water wheel"

Commonwealth Jones "Do do do"

The Misunderstood "Find a hidden door"

The Electric Prunes "Sold the highest bidder"

Wimple Winch "Lollipop minds"

The Wanted and co

The Easybeats "See line woman"

I Principi "Verra"

The Painted Ship "And she said yes"

The Chants R&B "I want her"

The Quickest Way Out

Soul Inc? "The Alligator"

The Showmen "So far away"

Kenny and the Kasuals "Chimes on 42nd street"

The Outsiders "Strange things are happening"

The Smoke "Odyssey"

Sonny Day

Billy Ward and the Dominoes "The bells"

The Beach Boys "Transcendental meditation"

 Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. 

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28 mars 2005 1 28 /03 /mars /2005 22:00

            Je comptais parmi mes amis un vieux loup de belle prestance, l’officier Samuel Browne, qui, pendant des années, me prenait régulièrement à partie : « Mec, tu devrais écrire sur Sky, expliquer aux kids qu’il a été à l’origine du punk-rock, qui est un état d’esprit ». J’avais beau lui rétorquer que mes recherches étaient d’une nature différente, que The Moguls et The Benders avaient mes faveurs, Browne revenait à la charge, sans rien varier de sa requête initiale : « Mec, tu devrais… ». Mais aujourd’hui, par égard pour l’officier Browne, qu’une opération de police a blessé mortellement la veille de son anniversaire, je livre ici quelques considérations neuves sur The Seeds, en espérant qu’elles ne me séparent pas de l’objet réel de mes investigations et en priant pour que Browne, où qu’il soit, puisse entendre et se réjouir de cette évocation.

            Rien ne me porte à chérir un groupe tel que The Seeds. Comme leurs voisins texans, The 13th Floor Elevators, The Seeds est le fruit d’une conspiration musicologique que le passage du temps a fortifiée. Les vieux loups, qui ont fait l’histoire et auxquels manquera toujours un brin de jugeotte pour revisiter celle-ci, ont en effet tiré grand bénéfice du style de The Seeds, en étendant la singulière incompétence et idiotie musicale du groupe à l’ensemble de l’esthétique garage. Ainsi ceux qui n’entendent rien au rock garage, les pédés progressifs, qui cachent en vérité les idolâtres les plus acharnés du journalisme  et de l’histoire officielle, vous citent sans broncher The Seeds comme représentants avérés d’un genre que de toute manière ils ne comprennent pas et dont ils estiment être suffisamment au fait pour affirmer que les groupes garage sont ceux qui reprennent « Louie Louie ». Nos modernes aristotéliciens manquent de finesse. La musique de The Seeds ne sert en rien de mètre-étalon au rock garage, et l’on pourrait aisément, à l’écoute de quelques titres, ranger Sky Saxon et ses comparses du côté des rébarbatifs The Shadows Of Knight. Hélas, The Seeds ont fait oublier les véritables maîtres du garage angeleno, je veux bien sûr parler de The Starfires et de The Hysterics. Que Samuel Browne me pardonne.

 

"Don't do harm to Michael Jackson" Bette Davis 

 

            Cependant…Quelque chose, qui n’est pas la grâce mais plutôt le Tragique, intervient dans l’œuvre de The Seeds, et ce, lorsque le groupe est encore plus débilité que de coutume, pendant la funeste année 1968. The Seeds publient alors Future, qui achève la déréliction psychédélique de leur musique et laisse loin derrière la raucité inquiétante de « Nobody Spoil My Fun ». Dans leur mort, The Seeds trouvent néanmoins le courage de composer une chanson bouleversante qui les fait soudain accéder à la dimension du Tragique, jamais très éloignée de l’idiotie si l’on y réfléchit. « Painted Doll » vaut à elle seule que l’on reconsidère les poncifs vieux loup que l’on colporte au sujet de The Seeds. Cette ballade jouée pauvrement, ponctuée par les phrases simples et obsessives de l’orgue, enjolivée par un chœur timide et amical, reflète la beauté particulière des cloîtres italiens, elle me fait songer combien Sky Saxon est un frère heureux de l’ordre de St François d’Assise, dont le chevrotement consacre à la fois la bonté animale et l’enfance perpétuelle. L’avez-vous vu interprétant « Painted Doll » pour la télévision américaine ? La pantomime de Sky Saxon, mi-jack-in-the-box, mi-floraison, fait plus que confirmer le charme franciscain de la chanson, elle l’augmente d’un autre imaginaire, plus spécifiquement hollywoodien, celui que donnait à voir le film gothique sudiste « Whatever Happened To Baby Jane ? », où la poupée est le vecteur de l’horreur et de la séquestration mentale.  Alors The Seeds réussissent à fondre dans une matière unique deux époques, deux lieux, deux traitements, celui, doux et humble du disciple de St François, celui, violent et triste de Bette Davis, d’un même événement tragique, l’homme qui veut rester un enfant.

            Samuel Browne était un homme, nul ne dira le contraire. Mais je veux qu’il sache que son mentor, lui, ne l’était pas, ou bien, à son corps défendant. Quant à savoir si The Seeds relèvent de la catégorie psycho-batave, nous les abandonnons à vrai dire bien volontiers à l’adoration des vieux loups. Bien à toi, Samuel.
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28 mars 2005 1 28 /03 /mars /2005 22:00

J’étais invité par la société d’alpinisme de la ville de F*** à  lire une communication sur l’ascension périlleuse que j’avais faite du mont Ruckenbrook. Legendre, comme à son habitude, n’avait pas démérité dans sa recherche du logement le plus pratique et le plus confortable, et je pus ainsi rapidement m’atteler au classement et à la mise en forme de mes notes relatant cette fabuleuse aventure. Je trouvai également le temps de faire parvenir un télégramme à Randall Webb, et fixai notre rencontre pour le jour suivant mon installation à F***, qui devait précéder d’un jour ma conférence. La réponse ne tarda point, me laissant apprécier la ponctualité et l’urbanité que Randall Webb avait retirées de sa longue pratique du garage rock psycho-batave. Grâce lui soit rendue, son rayonnement me permit de dormir tout mon soûl, de sorte que je ne fus jamais mieux portant que ce matin où je partis l’attendre, comme nous l’avions convenu, au bord de la fontaine aux chouettes du jardin du prieuré. Au bout de quelques minutes, une forme masculine se dessina dans le taillis. Elle fit s’envoler sur ma gauche trois pinsons venus boire à l’eau de la fontaine.

            L’homme s’approcha, et sans même me saluer autrement que par un discret hochement de tête, m’apprit qu’il était venu dans l’intention d’éclairer la jeunesse sur l’essence psycho-batave. Il dardait de petits yeux hostiles derrière ses montures rectangulaires bleutées. Je ne savais que trop à qui j’avais affaire, mais plusieurs individus pouvaient connaître l’infortune de partager une semblable physionomie. Aussi je demandai à qui j’avais l’honneur d’être si peu présenté. L’homme se rembrunit : « C’est une plaisanterie ? » Sa réaction et la froideur du ton me renseignaient assez. Pourquoi Dieu m’avait-il mis en présence de l’être le plus louche qui soit, et dont l’action pernicieuse, depuis quarante années, pouvait d’un coup saper toute ma recherche ? Pourquoi, en ce clair après-midi, devais-je rencontrer lou reed ? Ce dernier, séduit par ce qu’il croyait être une facétie de ma part, décida pour une fois, et pour mon malheur, d’être volubile. Alors je dus endurer l’évocation pénible de delmore schwartz, de jack kerouac, de poésie urbaine, de new york city, de paul morrissey, de gérard malanga, de joe dalessandro, de la factory, de masochisme, de stupéfiants et d’inceste. Je profitai d’un répit dans sa logorrhée pour le prier de partir : « écoutez, cela ne m’intéresse pas, allez trouver patrick eudeline, lui sera sensible à votre prétention et à votre poésie en cuir, et puis j’ai rendez-vous, vous risquez d’effrayer la personne que j’attends ». Je devais plus tard me repentir de cette interruption, car elle mit lou reed en fureur, et celui repartit de plus belle sur la transgression, la subversion, l’artifice, l’incompréhension devant la violence de son art, l’audace de ses conceptions sexuelles, son attachement égal à la littérature et au rock, qu’il a été le premier à faire se rencontrer, son expérience de la décomposition à travers la drogue et la mort. Il me jura que toute son œuvre définissait point par point ce qu’était l’essence psycho-batave. Horrifié, je m’apprêtais à quitter le lieu du rendez-vous quand une voix autoritaire retentit derrière mon épaule : « Ne craignez rien, M. Poire, je connais le moyen de nous débarrasser de fâcheux comme lui ». C’était bien sûr Randall Webb.

 

lou reed en 1982

 

 

            "Monsieur, vous avez prétendu dans une de vos chansonnettes hippies que le Rock'n'roll a sauvé votre vie, et je vais vous punir de l'avoir non sauvé, mais sali (en français que vous êtes) pendant plusieurs décennies que vous et votre descendance purulente et hagarde n'avez que réussi à rendre interminables et grises. Commencez par baisser le regard s'il vous plait. Que savez-vous de l'essence psycho-batave? Vous dont chaque mouvement ne traduit que le calcul le plus indigne, en cela de mille lieues éloigné de ce souteneur de génie qu'est Kim Fowley, unique véritable prince du trottoir dont vous n'avez jamais entendu parler pour cause de fréquentation assidue de faux lettrés incapables même de faire de l'argent avec leur attirail sado-homo-bouquiniste... Silence, homme mal aimable, laissez-moi poursuivre! Par opposition à votre imaginaire atrophié, dénué d'humour comme de véritable danger, Kim Fowley est celui qui soude ces deux pôles, bien plus que le bouffon Screamin' Jay Hawkins, le fade Screaming Lord Sutch ou le comiquement excrémentiel vous. Le rire de Kim Fowley, jamais formulé, lave souterraine, confère à ses productions la panique essentielle propre à ses sulfureuses visions dont vos rêves frigides ne vous livreront jamais le secret! Taisez-vous, homme de peu! Mauvais manipulateur! Mauvais bateleur!

            Regardez-vous. Votre vieillesse, immémoriale, se dévoile enfin au plein jour. Vos rides n'évoquent ni l'expérience du contre-maître, ni la fatigue du seigneur. Vos allusions culturelles, dictées par vos congénères homoïdes, dégagent la même odeur de tombeau que votre bouche caverneuse, à ce qu'en disent vos multiples gitons. Que dites-vous? Votre songwriting? Econome? Clair?? HAHAHAHAHAHA!!! Entendez-vous les mots que profère ce faciès de tortue, M. Poire?

            - Hahahahaha!!!

            - Prenez déjà ceci !(Randall Webb lui asséna alors un crochet dans le ventre) Sachez que les voyants, ceux de la trempe de M. Poire, Jeanpop2 Lui-même ou M. Sweign, ont très bien compris, et ce depuis fort longtemps, votre petit jeu de substitution, qu'il s'agit maintenant de révéler au monde : tout ce que vous avez commis était une piètre tentative d'atteindre au génie de votre maître et bourreau, je veux bien sûr parler de Reg Presley, l'âme de The Troggs, sublime groupe vieux loup capable à la fois de raffinement italo-américain et d'abandon psycho-batave! La ferme, fille de joie! Reg Presley, idiot merveilleux, hante vos nuits, et ce non seulement pour l'attirance putride qu'il provoque sur votre vieux corps répugnant, mais parce qu'il détient les clefs de l'économie essentielle qui vous a toujours fait défaut! Avez-vous seulement été capable d'imaginer un vers aussi pur que "I want to spend my life with a girl like you"? Non! Vous avez cru faire vibrer la corde ténue du sentiment humain avec vos bavardages régionalistes! Vous êtes à New-York ce que la musette est au pays dans lequel nous nous trouvons : un bubon! Vous ne parviendrez jamais à la ligne claire et l'universalisme de "I just sing" ou "Give it to me", d'une part parce que c'est vous le véritable idiot (il inséra alors son couteau dans la narine poilue de son interlocuteur) et parce que vous ne méritez que de subir les sévices que vous chantez de si loin, porc!" (il retira alors son canif d'un mouvement sec, déchirant le nez sclérosé de la bête)

 

            lou reed s'écroula en gémissant comiquement. Randall Webb le releva par le col pour lui lancer un uppercut impressionant, puis il lui écrasa la tête avec son pied. Je me contentai de quelques coups bien placés dans les tibias. Justice était enfin faite.

 

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