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21 février 2005 1 21 /02 /février /2005 23:00

      Grâce à la diligence de mes porteurs et à l’ingéniosité de mon maître d’hôtel, l’efficace Legendre, il ne me fallut que quelques jours pour prendre possession d’un charmant logement sis dans une rue commerçante (vous savez comme j’aime à me bercer de la musique des transactions et de la négoce) suffisamment éloignée des lieux où la société se rassemble pour me donner le loisir de mettre les récents événements en perspective. Ces derniers me jetaient dans un trouble que peut-être votre présence aurait apaisé. Je me voyais en quête d’une essence imprescriptible que ceux qui l’avaient élevée à l’état de force créatrice appelaient l’essence Psycho-Batave. Il était exclu que j’interrompe mon voyage d’agrément si je n’avais de plus solides éléments à vous soumettre.

      En considérant que les tombeaux et les revenants avaient part liée avec l’affaire qui m’occupait, je résolus d’arpenter les allées fleuries d’un petit cimetière calviniste, dont j’avais découvert l’existence depuis la fenêtre de mon appartement. Le sort dût-il m’assister, il n’aurait pas décidé plus idéalement l’emplacement du cimetière. Ainsi je m’engageai parmi ces pierres où je lisais, plein d’admiration et d’ardeur, les noms immortels des meilleures maisons de Neuchâtel. Bientôt étourdi par ma lecture, qui faisait défiler sous mes yeux l’Histoire d’un peuple superbe, je me reposai sur un banc à l’ombre d’un tilleul. Sans que je l’eusse deviné, un homme, posté derrière l’arbre, m’observait depuis le début de ma promenade. Il tenait un minuscule arrosoir aux armes de la ville. Sa figure honnête me prouvait qu’il n’essaierait pas de me saluer à moins que je ne l’y autorise, et comme je m’attendais à ce que l’homme, qui était le gardien de l’endroit, m’apportât quelque révélation décisive, je l’invitai à prendre place sur le banc. Cette franchise dans nos rapports ne doit pas vous étonner : les signes que le Destin multipliait sur mon passage m’encourageaient à provoquer moi-même les incidents qui pouvaient m’éclairer. Une fois assis, le gardien dirigea mon attention sur les parterres que sa main experte avait composés. Cela pouvait signifier qu’il était un homme sensible et ordonné ou bien qu’il était un artiste dont je devais redouter la puissance des effets. Vous en jugerez en lisant la conversation qui suit :

 

      « Je sais, Monsieur, que vous avez de l’intérêt pour le récit des choses passées. C’est un ami de Milan qui me l’a appris, et il m’a également vanté vos dons d’auditeur, de sorte que je puis parler aussi longtemps que je le désire sans craindre de vous lasser et en ayant la certitude que vous donnerez tout leur sens aux mots que j’emploierai. Cet ami m’a assuré que l’augmentation de vos connaissances constituait votre seul souci, que vous étiez homme à prêter une oreille bienveillante aux contes parce que vous excelliez à en extraire la vérité profonde, bref que je ne saurais mieux faire que de vous rencontrer et de déposer en vous la mémoire de faits exceptionnels. Maintenant, me croirez-vous si je vous dis m’appeler Eldridge Holmes ? » Je tentai alors de réfréner mon enthousiasme et m’empressai de l’interroger sur l’essence Psycho-Batave, de peur que son récit ne me fasse oublier ce pourquoi j’étais venu à Neuchâtel . Holmes pinça secrètement les lèvres et me considéra avec désappointement. « Est-ce ainsi que nous devons procéder, Poire ? Laissez-moi plutôt vous raconter mon histoire. Ensuite, j’apporterai une réponse qui, je l’espère, vous satisfera. Bien… Avant de commencer, j’aimerais m’assurer d’un détail, concernant l’attribution des mérites. La  relative modestie de mon œuvre a toujours eu l’heur de vous contenter, par ses qualités propres mais aussi parce qu’elle est comprise, en même temps que d’autres aux charmes certains, dans l’œuvre séminale de mon ami Allen Toussaint. Voulez-vous peser pour moi les contributions de chacun ? Voulez-vous risquer l’attribution des mérites ? Comprenez-vous que tant que vous ne l’aurez pas fait, je n’ajouterai pas un mot ? ».

 

 

       Avec contenance, je rétorquai : « M. Holmes, il m’est impossible d’attribuer les mérites de chacun du point de vue de la fabrication. Cependant, du point de vue des résultats, je peux affirmer que le génie de chacun, dans ce qu’il a de singulier, a été investi sans mesure. Aussi, chaque chanson signée E. Holmes peut se targuer de la double participation de l’esprit divin, sous les formes convergentes du Producteur et du Compositeur. » Holmes me félicita : « C’est tout à fait exact ! A dessein vous avez employé le terme « Compositeur » et naturellement, j’ai composé « Where Is Love », « Until The End », « Without A Word ». Et à quelques accords et arrangements près, je pourrais revendiquer la composition de mes deux autres chefs-d’œuvres « Wait For Me » et « Beverly ». La composition, Poire, voilà ce qui me distinguait parmi les soul singers de mon pays ! Allen avait sous son aile des interprètes fabuleux comme John Williams, Wallace Johnson, Bobby Lu Cure, beaucoup d’autres… Mais ils ne composaient pas. En revanche, c’est parce qu’ils n’étaient pas des compositeurs qu’Allen sut les transformer en pures émanations de l’énergie Psycho-Batave, ou si ce langage vous effraie, en maîtres de ce que la psychologie moderne a baptisé le fluide Sly Stone. Alors même que ce Californien obscène n’avait encore rien enregistré. Croyez-moi, nos descriptions cliniques du fluide correspondent parfaitement à ce qu’Allen Toussaint a élaboré pendant toutes ces années. Et il y eut deux réussites mémorables : Lee Dorsey, qui donne aujourd’hui son nom à un pôle, et Betty Harris. L’œuvre entière de Lee et de Betty, en la moindre de ses parties, est irriguée par le fluide et lorsque celui-ci circule harmonieusement, se produit l’extase du Psycho-Batave. Lee Dorsey et Betty Harris relèvent ainsi du Psycho-Batave le plus intense et le plus pur, et ce, j’insiste, pour chaque chanson qu’ils ont interprétée. D’où ce frisson d’éternité que leurs duets ont suscité chez chaque auditeur, qui sentait obscurément qu’il s’agissait pour Allen de vérifier l’hypothétique addition des énergies Psycho-Batave. Plus tard, vers 1968, Allen systématisa ses intuitions en utilisant The Meters, premier orchestre intrinsèquement Psycho-Batave, qui rassemblait des musiciens munificents, dans le rythme et dans la mélodie, et qui, de plus, se révélèrent de prodigieux choristes, des choristes qui non seulement harmonisaient mais surtout intégraient leurs voix aux rythmes, qu’ils rendaient sans pareil. Les combinaisons Meters/Lee Dorsey ou Meters/Betty Harris sont proprement indépassables. D’autres bénéficièrent, toujours sous la houlette d’Allen, de la propulsion Meters et connurent ainsi l’ivresse Psycho-Batave : ce fut le cas de mon ami Ernie K. Doe. Mais Eldridge Holmes, qui savait composer, lui ne fut jamais épaulé par The Meters. Certes, Allen n’avait pas attendu The Meters pour libérer l’énergie Psycho-Batave ; ces derniers, en somme, pouvaient faire naître l’énergie qui manquait constitutivement à une chanson, ou bien, lorsque l’énergie était déjà là, ne faisaient que l’accélérer. De sorte que je n’avais nul besoin de The Meters.

Un soir, Allen et moi dînâmes chez sa mère, femme admirable, spirituelle et simple dans ses manières. Le repas avait été égayé par les nombreuses anecdotes dont Mme Toussaint faisait son délice et je puis témoigner qu’aucune d’entre elles ne présentait quelqu’aspect fâcheux pour les bons citoyens de notre ville. Une fois le repas terminé, Allen m’entraîna dans le fumoir où il avait fait installer un piano à queue. Là il me joua quelques mesures qu’il prévoyait d’inclure au beau milieu de notre chanson « Where Is Love » (écoutez ce titre dans le module "musique" en haut de la page). Il s’agissait d’une suite d’accords à l’européenne, servant à introduire la partie finale, car en l’espace de deux minutes, notre chanson se diaprait d’au moins trois couleurs dont la succession créait le sentiment du drame. Après m’avoir montré les accords, Allen sourit : « Eldridge, je t’offre là le style Psycho-Batave. Tu as sans doute longtemps espéré que je te l’offre, mais dans ton cas, j’ignore s’il ne vaut pas mieux repousser l’offre. Tu es différent, Eldridge, différent de Lee et des autres, l’étoffe dont tu es fait est différente et je doute de te servir comme tu devrais l’être. As-tu entendu parler de Van McCoy ? Eh bien, cet homme pourrait te servir bien mieux que je ne l’ai fait. » Allen refusa d’en dire davantage et je sus qu’il me donnait congé. Et parce que la honte, le dépit et la colère s’étaient durablement inscrits en moi, je cessai de composer. La semaine suivante, je trouvai un engagement dans un petit cimetière calviniste de Neuchâtel, celui dans lequel nous nous tenons aujourd’hui. » Est-ce tout ? lui demandai-je. « Etre répudié par le père qu’on s’est choisi n’est pas une moindre déception, Monsieur Poire. » Combien juste m’apparut alors sa retraite désespérée lorsque je songeai au père que je m’étais choisi, vous Jean Pop 2, et que je l’imaginai me chassant sous de terribles imprécations ! Holmes, ajoutai-je, vous m’aviez promis une réponse. « Je vous l’ai donnée, mais l’avez-vous au moins entendue ? Au revoir, Monsieur Poire ».

Abandonné à moi-même, je fus emporté très haut par une vision que je ne maîtrisai pas et dans laquelle mon propre corps disparut sous l’éboulement continu des sensations. Une forme gigantesque qui ne se laisse saisir ni par l’œil ni par l’oreille s’était substituée à ma conscience, ou plutôt à mon champ de perceptions. Il me semblait être terrassé par la force inouïe du Psycho-Batave.

 

 

Amicalement, Jean-Pierre Paul-Poire.

 

 

 

Nota Bene : un homme m’a écrit, il s’appelle R. Webb et désire me parler. Le connaissez-vous ? Me conseillez-vous de le rencontrer ?

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20 février 2005 7 20 /02 /février /2005 23:00

            Voici un nouvel extrait des notes de Randall Webb. Celles-ci ont probablement été écrites à l'aube des années 70 et coïncident avec le retrait inexpliqué et explicable de leur auteur.

 

            "C'était en octobre 1965. J'étais de passage à Corpus Christi, Texas, où je comptais me réfugier de l'hiver chez un très cher ami expert en téléphonie. Celui-ci, ainsi que sa femme, jeune mère délicieuse, m'accueillirent dans leur pavillon de banlieue nouvellement doté de ce formidable juke-box occulaire qu'est une télévision. J'y passais de longues heures, attendant que mon ami rentre du travail. Jusqu'à ce mardi déclinant.

            A la télévision  était annoncée une prestation de The Bad Seeds, groupe local qu'on disait à la popularité grandissante, même si je n'en voyais trace nulle part. La rumeur les comparant à The Rolling Stones, j'attendais ce moment télévisuel avec un intérêt assez limité puisque j'étais, en cette fin d'année 1965, assez las des groupes de blues blanc orthodoxes et démonstratifs. Je ne savais pas qu'à travers ce groupe honnête, compétent mais sans génie, j'allais découvrir autre chose, un sentiment para-musical, si j'ose dire, qui sera à la base d'une nouvelle perception du rock'n'roll, et qui permettra à la médiocrité de se révéler géniale lorsque l'éclairage porte sur l'angle propice.

 

            Je promène mes yeux sur l'écran, ému par les accords d'introduction certes galvaudés mais diablement justes. Et surtout ému par cette constatation : non seulement le groupe ne joue pas un blues mais il n'a en rien le charisme de celui de Michael Jagger, bien au contraire. Le batteur, visage en pleine lumière, est invisible, marionnette sans tête. Le bassiste, aux lèvres immenses d'enfant battu, semble étouffer perpétuellement un cri de détresse, de ceux qui ne font pas frémir les filles du premier rang. Le gros guitariste à la barbe taillée, qui doit étouffer ces dernières en voulant les enlacer, a l'air terrifiquement minéral d'un golem potentiel, capable de ravager des quartiers entiers pour peu qu'il se réveille. Enfin, le chanteur, dégarni malgré ses vingt ans, rachitique et pâle, ressemble à un Al Jardine des faubourgs, que l'idée de surf music déprime. Cette sensation d'énorme plaisanterie est renforcée par le playback absolument apparent, puisque les chanteurs n'ont même pas de micros devant leur nez.

            Soudain viennent le refrain, pic émotionnel, et ces mots inoubliables : "I don't wanna live anymore don't want anyone to know my name". Tout se révèle. Ce groupe qui paraît avoir traversé vingt ans de routes poussièreuses avant de déposer son barda sur le plateau d'une émission de divertissement, ce 23 octobre 1965, n'est qu'une allumette. Qui s'éteindra en même temps que la télévision à l'heure du dîner, ce 23 octobre 1965. Déjà plombé par cette pensée mélancolique, je ne m'attendais pas à ce mouvement de recul de la caméra, qui me fit fondre en larmes en me dévoilant ceci : légèrement en retrait du groupe mais le surplombant, sur une minuscule estrade, une femme danse. Une de ces danses détestables et futiles tellement à la mode en ce milieu des années 60, dictature de la bonne humeur que rien ne viendra bouleverser, véritable mort acceptée avec le sourire. Incompréhension totale de la musique et mépris complet des paroles. Et c'est tout un drame des sentiments qui se révèle ici, l'éternelle guerre des sexes, l'histoire perpétuelle de l'homme la tête pleine d'images, trop lointain, qui restera toujours à la porte de l'être aimé et du succès."

           

 

             Note de Jeanpop2 : Cette chanson s'appelle "Taste of the same". Elle est la face A du premier 45 tours de The Bad Seeds qui en publieront trois. Leur chanteur, Mike Taylor, sortira par la suite deux autres merveilleux disques sous le nom de Michael. Et je tiens à dire, pour avoir vu cette vieille bande vidéo, qu'il est physiquement superbe et ressemble moins à Al Jardine qu'au grand Sred Sweign. J'ai dit.

 

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11 février 2005 5 11 /02 /février /2005 23:00

 

 

1)      Afin d’asseoir votre réputation d’esprit libre, vous devez jeter un disque par la fenêtre. Lequel choisissez-vous ?

  1. a.   un disque de Nick Drake
  2. b.      un disque de The Velvet Underground
  3. c.   un disque de The Joy Division
  4. d.   un disque de The Smiths

      2)      Laquelle de ces années a vu naître le plus de disques émouvants :

    a. 1964

    b. 1966

    c. 1967

    d. 1969

 

3) Quel est le centre musical des Etats-Unis ?

   a. Le Midwest

   b. La côte Pacifique

   c. Le Sud

   d. La Nouvelle-Angleterre

 

4) Lequel de ces acteurs possède la démarche la plus élégante?

         a.  Marlon Brando

         b.  George Sanders

         c.  Cary Grant

         d.  John Wayne

 

5) Qu'attendez-vous du cinéma?

  1. a.  La découverte de nouvelles cultures
  2. b.  Un bon scénario
  3. c.  Un casting de prestige autour d'un grand director
  4. d.  La présence d'Emilio Fernandez

 6) Quel est le dernier western?

  1. a.  La prisonnière du désert
  2. b.  Django
  3. c.  Les affameurs
  4. d.  Paris Texas
  5. 7) Quel poète ou romancier désuet vous inspire le plus de sympathie 
  6. a.   Paul Bourget
  7. b.   Catulle Mendès
  8. c.   Pierre Loti
  9. d.   Sully Prudhomme

 8) De qui faites-vous vraiment peu de cas ?

    a. Paul Valéry

    b. Alain Robbe-Grillet

    c. André Gide

    d. André Malraux

 

9)  Choisissez parmi ces titres de la Comédie Humaine :

  1. a.  La Messe de l’athée
  2. b.  Un Drame au bord de la mer
  3. c.  Le Député d’Arcis
  4. d.  Modeste Mignon

      10)  Vous croisez Frank Couderc avec un disque sous le bras :

  1. a.  vous lui proposez de prendre un verre
  2. b.  vous riez ostensiblement
  3. c.  vous lui faites des remontrances
  4. d.  vous le félicitez pour son achat

 11)  Vous voulez vous attirer les bonnes grâces de Jean-Pierre Paul-Poire :

  1. a.  vous le prenez en photo
  2. b.  vous le complimentez sur ses excellentes manières
  3. c.  vous vantez son pouvoir auprès des jeunes
  4. d.  vous risquez une main sur son épaule

 12)  Quel cadeau feriez-vous à Jean Pop 2 ?

  1. a.  votre âme
  2. b.  votre intelligence
  3. c.  votre vertu
  4. d.  votre dignité

 13)  Qui est le plus beau des Greeks ?

  1. a.  Blaizopoulos
  2. b.  Jeangopoulos
  3. c.  Prozakis
  4. d.  Sorakis

 Et maintenant, additionnez vos points de la manière suivante :

1)      4/3/1/2 (soit 4 si vous avez répondu a., 3 si vous avez répondu b., 1 si vous avez répondu c., etc.)

2)      3/4/2/1

3)      2/1/4/3

4)      1/3/4/2

5)      1/2/3/4

6)      3/4/2/1

7)      3/1/4/2

8)      4/3/2/1

9)      1/3/2/4

10)  3/4/2/1

11)  4/2/1/3

12)  2/3/1/4

13)  3/2/1/4

 

  De 13 à 22 points : Vous êtes un Pédé Progressif. Forcément anti-américain, vous trouvez des vertus à tout ce qui transpire la prétention comme le jazz, le théâtre et les cimetières. Vous aimez vous habiller en noir pour mieux lancer des mines mélancoliques. Déjà adolescent, vous preniez à cœur le fait d’être athée et vous intéressiez, pour la parade, aux déviances et perversions. En grandissant, vous vous êtes découvert une passion pour l’abstract hip-hop, tribut que vous estimez suffisant pour la musique noire que vous n’aimez d’ailleurs pas tellement mais dont vous reconnaissez de manière académique l’ascendant. Féru de Tolkien et de Radiohead, dont vous admirez l’intégrité et le sérieux, vous ne cachez pas une certaine sympathie pour les musiques du monde, à l’image de Damon Albarn, cet homme exemplaire qui a beaucoup mûri ces derniers temps.

 

De 23 à 32 points : vous êtes un Vieux Loup. Avant tout soucieux de préserver la flamme de votre jeunesse, vous n’avez rien renié de ce que vous écoutiez lorsque vous aviez 15 ans. Excellent choix, qui vous permettra d’être toujours en phase pendant les périodes de réhabilitation ! Ainsi vous pouvez être amené à défendre les grands classiques avec pour seul argument que là, l’histoire du rock s’est faite, les Stouge et les Stone, le Five et le Zep, putain c’était grand, et dans un élan charitable, vous portez haut le flambeau de votre musique en soutenant unanimement tous les jeunes groupes qui donnent tout sur scène, parce que, comme vous aimez à le répéter, le punk, c’est avant tout un état d’esprit.

 

De 33 à 42 points : vous êtes un Italo-Américain. Amateur de musique suave, de bonne compagnie et de drames sentimentaux, vous ne croyez qu’en l’éternité du bon goût et refusez de comprendre que la beauté ne puisse pas soulever tous les cœurs. Peu porté sur les querelles d’idées, méfiant à l’égard des théories, vous abhorrez l’excitation et l’énergie, et prisez le luxe et l’élégance. Dans vos mauvais jours, l’aspect réactionnaire de votre personnalité fait surface et vous empêche de communiquer avec vos semblables. On peut vous reprocher un manque d’allant, une tendance à la pose, mais vous n’en avez cure tant tout ce qui importe à vos yeux est la parfaite réalisation de soi-même sur le plan de l’art.

 

De 43 à 52 points : vous êtes un Psycho-Batave. De tempérament pythique, vous jugez et annoncez d’après des critères absolus que vous seul maîtrisez. L’originalité de votre vision indigne ou surprend : elle ne reçoit jamais d’accueil maussade. Vous pouvez lier par la force de votre esprit quantité de phénomènes que d’aucuns jugent étrangers les uns aux autres. Vous suscitez le désir chez les femmes de tout âge et de tous les âges. Vous alliez le Rythme, la Mélodie et l’Harmonie. Cet excès d’invention paralyse parfois le geste et c’est à grand peine que vous pouvez formuler ce que les Dieux vous ont dévoilé. Inapte à toute sociabilité, qui vous affaiblirait de toute façon, vous nourrissez un goût particulier pour le Pouvoir.

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6 février 2005 7 06 /02 /février /2005 23:00

Animaux

Jeanpop2, esprit universel et englobant, s'intéresse de très près à la vie des animaux. Il décida par conséquent de leur consacrer la soirée, ayant pris le soin d'inviter pour l'occasion Le Baron Von Ruden, grand chasseur ornithologue. M. Poire et notre nouveau chroniqueur M. Lendive mirent leur bonne humeur à contribution, jusqu'à cette nouvelle terrible qui nous parvint en milieu d'émission : Mac Becquerel a été retrouvé mort. Sa dernière lettre, retrouvée sous son oreiller, fut lue par François Becquerel, malgré l'étouffante émotion qui le submergeait. Le Baron Von Ruden, qui ne sort jamais sans son cor de chasse, joua pour l'occasion une oraison funêbre. Enfin, l'émission se conclut par une prière de Jeanpop2 adressée au créateur. 

 

Maurice Dollison and the Turnkeys "Earthworm"

The Magic Strangers "I'm a king bee"

The Tokens "Mr Snail"

Kim Fowley "Lost like a lizard in the snow"

The Standells "Barracuda"

The Monks "Cuckoo"

The Wilde Knights "Beaver Patrol"

Johnny Burnette "Eager beaver baby"

James Knight and the Butlers "Funky cat"

Sly and the Family Stone "Dog"

Little Richard "Poor dog"

The Beatles "Martha my dear"

Ronnie Self "Ain't I a dog"

Rufus Thomas "Funky penguin"

Henry Whitter "Henry Whitter's fox chase"

The Outsiders "Monkey on your back"

The Troggs "Little red donkey"

The Tigermen "Tiger girl"

The Us Four "The Alligator"

The Meters "He bite me"

The Frantics "The Werewolf"

Jon Spencer Blues Explosion "Chicken dog"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire.

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5 février 2005 6 05 /02 /février /2005 23:00

                Je poursuivais Concetta Livona de mes assiduités depuis cinq jours lorsque ses pas me guidèrent dans le musée de Brera. Dona Livona était l’épouse d’un grand patron milanais que ses fonctions retenaient souvent à l’étranger pour de longues périodes. Et pour une femme aussi éprise d’aventures et d’art que l’était Concetta, la vie du foyer, même lorsque celui-ci prenait la forme d’un palais avec serviteurs et visites ininterrompues, ne suffisait tout simplement pas. J’avais avec moi une lettre de recommandation que vous, Jean Pop 2, m’aviez préparée ; de plus, la rencontre extraordinaire que j’avais faite la semaine précédente à Donnafugata avait aiguisé mes sens et solidifié mon esprit : les conditions semblaient réunies et je n’accordais à Dona Livona pas plus de sept jours avant de céder. Aussi, cette flânerie au musée verrait mon triomphe.

 

                  Dona Livona marchait d’un pas alerte sans un regard pour les chefs-d’œuvre qui nous épiaient, et, plus préoccupant, sans paraître deviner que son vainqueur l’avait suivie. Elle finit par s’arrêter un temps sous le délicieux Mariage de la Vierge, votre tableau préféré de Raphaël. J’y vis un signe, qui me mit suffisamment en confiance pour tenter une approche, quand, à l’instant où ma main allait se poser sur son épaule, un homme l’attira vivement à lui et couvrit son visage de baisers suaves. Nul doute que l’homme était expert en la matière tant je ne pus déceler la moindre grossièreté dans la manière dont il enlaçait Dona Livona. Admiratif, je laissai le couple s’éloigner, mais le tableau de Raphaël vint se poser sous mes yeux et me fit entrevoir toute l’ironie de la situation : j’étais ce jeune homme éconduit, au premier plan, pliant sa baguette contre son genou. Je me jurai de rattraper l’homme afin de lui infliger tortures et humiliations.

 

                  Par chance, je le revis le lendemain, baguenaudant sous une porte cochère. L’aisance de son maintien me plut : il ne serait pas dégradant de rosser l’homme en pleine rue, avant de convoquer nos témoins. J’arrivai à hauteur de son visage, qu’une moustache accorte et des cheveux épais rendaient difficile à bien observer et sans mise en garde, je giflai l’amant de Dona Livona puis, d’un unique coup de pied, le renversai à terre. Je dressai fièrement mon poing que je destinais à la dentition refaite de son propriétaire, mais avant que je pusse l’abattre, l’homme hurla : « Stop it ! Io sono Bergen White ! »

 

 

                  A mon tour, je fus à terre et je me confondis en excuses pour avoir molesté le prince naturel de la séduction blanche. Je priai Bergen White d’accepter une invitation pour un restaurant de son choix, l’assurant de mon honnêteté et multipliant les gestes de révérence. Mon repentir l’émut aux larmes et il choisit un café confortable, tapissé de tentures rouges, pour cadre à la confession que vous allez lire.

 

Le café où Bergen et moi conversâmes

 

 

            « Je n’ai pas cessé d’habiter Nashville. Je possède deux autres résidences, l’une à Zurich et l’autre à Milan. Mais l’âge aidant, je crois hélas que mon appétit sexuel s’est accru, et qu’il ne saurait être satisfait ailleurs que dans une riche cité d’Italie. L’équilibre de mes pôles, puisqu’il s’agit bien de cela, a été rompu par un événement fort singulier : un soir de haute chaleur, comme seul le Tennessee en connaît, je reçus la visite de mon ami Curt Boettcher. Il s’était magnifiquement vêtu, le temps, me suis-je dit, n’a pas de prise sur cet homme, quelque force doit le préserver de l’universelle débâcle. Je lui offris une coupe de cidre, un cigare, et nous prîmes place sur la balancelle dépolie que mon grand-père avait fabriquée pour moi lorsque nous habitions Miami, Oklahoma. Les mots que m’adressa alors Curt me firent une si pénible impression que je les retins tous sans exception. « Encore cette odeur de bougainvillée, comme autrefois. Tu es un homme fidèle, la reconnaissance ne t’a pas défiguré. Je t’ai toujours apprécié, Bergen, je te considérais, avec appréhension, comme celui que j’aurais été, si le LSD ne m’avait pas avili. Tu en savais long sur le soyeux, sur la blessure sentimentale, tu n’ignorais rien des arcanes du Philtre Italo-Américain. Et, en 1970, tu as donné à l’art un unique témoignage de ton génie, un disque admirable et fécond que la concurrence, jalouse, ne daigna pas entendre. Celui qui m’a mandaté estime que l’humanité ne te mérite pas -et je partage ce jugement. Celui que je sers m’a en outre révélé que les hommes devenus gras et idiots ont laissé échapper la seule chose qui aurait pu les sauver, je veux parler de ce que tu connais mieux qu’un autre, cette fameuse Alchimie Psycho-Batave. Rassure-toi, tu en détiens toujours les clefs, mais les hommes ne veulent plus y réagir. Voilà. La bougainvillée fleurit, elle répand son parfum, et toi et moi sommes peut-être les seuls à nous en émouvoir. Les choses sont ainsi. Il n’est plus question pour toi de composer, ni même d’arranger ou d’enregistrer, tu dois laisser les hommes s’enferrer dans le piège qu’ils ont tendu à leur prochain. Néanmoins, comme Celui que tu connaîtras un jour est un être de miséricorde, l’Alchimie Psycho-Batave dont tu as tiré profit pour ta musique sera réinvestie dans le domaine privé. Autrement dit, tu vivras ce que tu as chanté : la volupté inquiète, l’aisance dans la séduction, l’amour de standing international. Tout cela t’attend, Bergen. Au revoir, mon ami. » J’ai obéi, M. Poire. Parce qu’il n’est pas dans ma nature de fâcher un ami. Et encore moins un revenant. »

 

            Là-dessus, nous nous séparâmes. Je heurtai l’épaule d’un client, qui recula de frayeur : « Poire, c’est bien vous ! Alors on visite Milan pour affaires extraconjugales ? » « Toujours aussi fatigant, Becquerel. Vous faites une transaction pour Jean Pop 2 ? Qu’avez-vous trouvé cette fois ? » « Ah ! Ah ! Poire, vous savez que je ne dévoile jamais mes trouvailles avant de les avoir authentifiées, ce qui demande un certain temps… » « Je ne vous connais pas mieux après toutes ces années, Becquerel. Comment expliquez-vous cela ? » « Appelez-moi, Poire, nous irons prendre un verre quelque part si vous le désirez. Je dois maintenant faire développer quelques pellicules. Au revoir, Monsieur Poire ».

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5 février 2005 6 05 /02 /février /2005 23:00

Un ancien camarade d'université de Jeanpop2 se souvient:

 

            "Nous avons fréquenté, Jeanpop2 et moi, la même chaire de théologie à l'université de Stockholm. Bien qu'il ne fut pas très bavard et discrètement autoritaire, je me souviens de quelques moments passés en sa compagnie, et notamment ce jour où il entra dans une fureur noire. Nous nous trouvions dans une salle de permanence et nous entretenions du grand auteur polonais Witkiewicz qui venait de s'introduire avec fracas dans la vie de Jeanpop2. Soudain, une bande de garçons boutonneux habillés par leur vieille mère firent irruption et s'installèrent autour des deux plus grandes tables. Aussitôt Jeanpop2 sussura entre ses dents "Des rôlistes..." et ces derniers de déballer leurs plateaux de jeu et leurs figurines grotesques. Bon gré mal gré, nous supportâmes la mascarade prépubère pendant cinq bonnes minutes, quand l'un de ces personnages hygiéniquement suspects prononça distinctement ces mots : "Ah oui, un gnome comme dans la chanson de Syd Barrett, ce grand malade mental de l'histoire de la musique populaire anglo-saxonne..."

            Il n'en fallut pas plus pour faire déborder Jeanpop2 : il renversa la table en hurlant de rage puis s'avança vers la troupe en l'apostrophant ainsi :

 

            "HAAAAAAAAAAAAAAAA! Vomissures acnéiques! Qu'une mort douloureuse vous frappe ainsi que toute votre purulente descendance! Lecteurs de Nick Kent! Les frissons masturbatoires que vous vous accordez à l'écoute du plus surestimé des drogués pervers nommé Syd Barrett ne vous mèneront jamais à la porte d'un mystère considérablement plus immense : Joe Meek. Remerciez le ciel que je vous permette d'entendre ici pour la première et dernière fois son nom!

 

 

            Sachez que cet homme est l'inventeur de la mélancolie appliquée à la plus basse variété. Sachez qu'il existait un homme au début des années soixante qui sut rendre irréellement bouleversante une chanson comme "Sur le pont d'Avignon" ("Bridge of Avignon" Eve Boswell). Sachez que ce même homme posa son empreinte nocturne, distordue et merveilleuse sur une centaine de titres incroyables jusqu'au milieu des années soixante, et son génie est d'avoir accompli le chemin absolument inverse à celui du sinistre chanteur de The Pink Floyd : là où ce dernier, absent au monde et aux émotions, entonne des chansons tarabiscotées avec la voix du dormeur qui ne rêve pas, Joe Meek puise dans une matière première simpliste et souvent vulgaire (de la chansonnette de salon de thé, du médiocre blues blanc élevé à la Pale Ale...) de quoi émerveiller des légions entières de militaires birmans ; c'est là que se trouve la véritable poésie, celle qui a les pieds dans la tombe et reste suspendue aux paupières du jour le plus flagrant.

            Il faudrait préciser ici que Joe Meek était un ingénieur du son atypique, mais ce serait réduire la portée transcendentale de l'oeuvre du génie et en faire un personnage, comme on a fait un personnage de Phil Spector ou Lamont Djangopoulos. Et c'est ainsi que des individus aussi peu recommandables qu'un Bertrand Burgalat s'emparent de Joe Meek pour en faire une curiosité de soirée à guêtres bon marché. Précisons néanmoins ces quelques faits :

            - Son studio était installé dans son propre appartement au 304 Holloway Street à Londres, où il invitait les groupes à venir enregistrer leurs parties puis à vite disparaître pour le laisser seul face aux bandes et aux multiples boîtes d'écho et de compression qu'il confectionnait lui-même, et c'est là que commençait sa véritable oeuvre : tel Raymond Roussel, il faisait boucher tous les interstices de lumière afin que son génie ne s'échappe pas à l'air libre, puis il coupait les bandes, les accélerait ou les ralentissait, tout cela avec la prescience formidable que la série B, si elle n'est pas aussi efficace que la grande production en technicolor, peut en tout cas se révéler plus émouvante. En témoigne le sublime "Little Baby" de The Blue Rondos, où un jeune chanteur prolétaire agé de seize ans est métamorphosé en un Roy Orbison qui retrouverait le corps pâle de Claudette dans la Tamise. 

            - Les détracteurs de Joe Meek se gaussent du fait qu'il ait refusé de produire les premiers essais de David Bowie et de The Beatles. On ne peut que se réjouire qu'il ne se soit pas fourvoyé dans la grotesque illusion Bowie. Pour ce qui est des seconds, rien n'est plus compréhensible et on ne peut encore une fois qu'applaudir la perspicacité de Joe Meek, puisqu'il avait déjà remarqué le génie et l'indépendance effroyablement immuable de Mc Cartney/Lennon, lui qui comptait rester seul maître à bord lors de chaque naufrage organisé du 304 Holloway Street.

            - Le 3 février 1967, soit exactement au moment où The Beatles enregistrent "A day in the life" et huit ans jour pour jour après la mort de Buddy Holly, Joe Meek abat sa logeuse à coups de revolver avant de faire sauter sa propre tête étoilée. Acte totalement justifié si l'on considère ses dernières productions, véritables suicides, que ce soit par le métal avec "Singing the blues" de Jason Eddy and The Centremen, ou par le gaz avec "Please Stay" de The Cryin' Shames.

 

The Cryin' Shames

 

            J'en ai déjà trop dit pour vos coeurs secs, mais encore ces quelques mots définitifs, que je souhaite divinement inspirés par les chansons que j'invoque : n'oubliez jamais plus "Digging for gold" de David John and the Mood, quête métaphysique étouffante ("I know there's gold here I know there's gold here where are you gold where are you gold I've been looking a long long time I've been looking a long long time and I'm going out going out going out of my mind"), d'une noirceur qui vogue des kilomètres au dessus des pets humides d'un leo ferre.

            Et surtout n'oubliez jamais plus "Don't want your lovin' no more" de The Blue Rondos, chef d'oeuvre absolu de Joe Meek, chanson démembrée, nuit presque totale, noire et jaune, mélancolie suprême d'un homme mort vierge.

            Au nom de l'ivresse du désespoir, je m'en vais maintenant vous briser les os."

 

            Ainsi fit efficacement Jeanpop2. Le lendemain, il quitta l'université et je ne le revis plus. Un certain ami me rapporta qu'il tenta quelques jours plus tard de rejoindre les Khmers rouges. Il échoua."

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27 janvier 2005 4 27 /01 /janvier /2005 23:00

       S’il paraît raisonnable de lui préférer M. Lennon lorsqu’on est jeune, il est sage et philosophiquement vrai de chérir en M. McCartney le maître absolu du songwriting. Je ne nie pas que M. McCartney, malgré « Helter Skelter », « I’m Down », « I Saw Her Standing There », « Drive My Car » et d’autres, soit avant tout un auteur de ballades et ajoute que c’est une gloire indicible que de savoir composer des refrains sentimentaux. L’ironie carnassière de M. Lennon ne lui permit jamais d’atteindre les cimes mélodiques de son partenaire d’écriture. Bien au contraire, dès 1966, M. Lennon sacrifie une partie de son génie en adoptant la triste mode hindouisante du moment. On sait qu’il acheta « Le Livre des Morts » dans une boutique chic du centre de Londres, et flatta ainsi dangereusement l’inclination du seul Beatle détestable, Georges Harrison, pour la méditation transcendantale. A cette époque, M. McCartney orchestre « Eleanor Rigby », pierre de touche de la pop baroque et pendant que ses camarades folâtrent comme des hippys millionnaires (curieux petit univers sur lequel règne l’auteur de What ? : Roman Polanski), notre ami œuvre en compagnie du vénérable Georges Martin dans la composition de bande-sons. Là encore, M. McCartney démontre qu’il est un homme de l’éternité, puisqu’au lieu de prêter son concours à de débilitantes oeuvrettes psychédéliques, il choisit des drames et des comédies nostalgiques.

 

 

       Si l’on se réfère maintenant au disque le plus populaire des Beatles, on notera que M. McCartney fait mine de participer au courant dominant, celui du pré-psychédélisme, ses concepts-albums et ses costumes chatoyants ridicules, tout en enregistrant des chansons courtes, polies et acérées. Il laisse son apparence se conformer aux canons contemporains (et en exagérant cette conformité) et continue dignement à égrener ses joyaux mélodiques. Son ascendant sur M. Lennon, qui compose pour l’occasion ses chansons les plus futiles, est évident en cette année 1967. Les partisans de ce dernier invoquent deux années, pendant lesquelles M. Lennon l’emporterait sur son rival : 1964 et 1968. Ils admettent qu’en 1963 puis en 1965 (la meilleure année des Beatles), les deux hommes, qu’ils collaborent ou bien écrivent chacun de son côté, fournissent un nombre équivalent de chefs-d’œuvre. Pour l’année 1964, M. Lennon est quantitativement prolifique mais il n’est pas l’auteur de « Things We Said Today », de « And I Love Her ». Aurait-il eu l’audace de chanter dans une répétition hallucinatoire les vers : « And if you saw my love/ You’d love her too/ And I love her » ? Les historiens, incapables de comprendre l’ancien lyrisme, préfèrent disserter pesamment sur la « crise dylanienne » de M. Lennon… Pour l’année 1968, année du retour en grâce de M. Lennon, M. McCartney, de son côté, découvre qu’il est le plus grand auteur de torch-songs au monde. « Hey Jude » et « Junk » en portent témoignage. Ce don s’exacerbe pendant l’année 1969. Rongés par l’influence pernicieuse de Georges Harrison, homme mal aimable, les Beatles sont prêts de se séparer. Toutes les ballades de M. McCartney réussissent alors l’alchimie du particulier et de l’universel. « Two Of Us » se présente à la fois comme le récit ému des frasques de deux jeunes Anglais, le dernier regard sur l’existence irresponsable d’avant le mariage, et comme le rappel d’une ancienne complicité volée en éclats. Le commentaire serait redondant pour l’inoubliable « The Long And Winding Road » : même alchimie, difficile à atteindre pour M. Lennon qui, belle affaire, commence alors sa cure de « cri primal ». « The Long And Winding Road », dès son titre, plante un décor romanesque sentimental définitif dans lequel on reconnaît sans peine un des grands motifs imaginatifs chers à Julien Gracq. Au contraire du cliché, le grand motif imaginatif est immémorial et la pureté de ses contours fait que son sens est inépuisable, toujours réinvesti par le cœur du poète. « Penny Lane » s’en approchait, seuls le pittoresque, le démon du détail, l’en éloignaient. Mais « The Long And Winding Road », mes amis, c’est tout à la fois des romanciers comme Wilkie Collins et Thomas Hardy et des chanteurs soul comme James Carr et O.V. Wright. Longue route, battue par le vent, nuit profonde, que peu à peu la pluie décille, et qui chaque fois me conduisent à ta porte. Pareil degré de poésie se refuse à la plupart d’entre nous, et c’est pourquoi M. McCartney est bien le meilleur.

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27 janvier 2005 4 27 /01 /janvier /2005 23:00

Prolétariat

Il faut se rendre à l'évidence : il y a beaucoup de gens non aristocrates sur la planète. Au lieu de se lamenter à ce sujet, Jeanpop2 et M. Poire ont préféré aborder le problème d'un point de vue esthétique. Ainsi les basses classes et leurs caractéristiques principales (alcoolisme...) furent largement commentées au gré des chansons...

 

The Brigands "Would I still be her big man"

Flip and the Datelines "My Johnny doesn't come around anymore"

The Outsiders "Filthy rich"

The Outsiders "The guy with the long Liverpool hair"

The Lyrics "So what?"

The Jets "Worker in the night"

Thomas and Richard Frost "Gotta find a new place to stay"

The Tickle "Subway"

The Embrooks "Francis"

The Pleasure Seekers "What a way to die"

The Dukes "Friday on my mind"

Hard Times "I can't wait 'til friday comes"

Doug Brown and the Omens "TGIF"

The Ovations "I'm living good"

Lee Dorsey "Working in the coal mine"

The Underdogs "The man in the glass"

The Movement "I wanna be free"

The High Llamas "Peppy"

The Eyes "Man with money"

The Master's Apprentices "Theme for a social climber"

Ty Wagner "I'm a no-count"

Fire "Father's name is dad"

The Canterbury Fair "The man"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire.

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26 janvier 2005 3 26 /01 /janvier /2005 23:00

 

"We ignore responsibility

  And people

  They just can see

  We want to be free

  Give our hearts to the sea"

      The Sunsets "The hot generation"

 

            Le plus grand critique de tous les temps est sans conteste Randall Webb. Convaincu de correspondances planétaires complexes dans le rock mid-sixties, il passa cinq ans à parcourir terre et mer afin de tisser des liens souvent inattendus. M. Becquerel a retrouvé dans la soute d'un cargo malais un de ses carnets, absolument inédit et sensationnel, dont nous brûlons de vous livrer un extrait. A suivre.

 

            "J'ai toujours considéré l'Australie comme le bout du monde. Terre hostile et inféconde, surface plane aux plages désertes et à la végétation brûlée, voilà ce qu'elle évoquait pour l'enfant que j'étais. Il a fallu la découverte de The Atlantics pour confirmer cette vision. Et en particulier ce morceau, "Come on", beau et lent comme une marée noire.

            J'ai depuis effectué le voyage en Australie pour constater ce à quoi je m'attendais: il n'y a pas d'envers souriant à cette désolation. Les autochtones vous accueillent du poing et n'écoutent pas vos réponses à leurs questions. Les femmes, vêtues d'amples robes bleu marine, préparent pendant la journée les alcools violents que consomment les hommes le soir, ces mêmes hommes que l'on peut voir la nuit rôder en meute à la recherche de plus fort qu'eux. Les urbanistes conçoivent les villes sur le modèle de la douleur, et les paysagistes, ivres ou fatigués, laissent la nature proliférer comme elle l'entend. Les enfants se jettent du haut des rares falaises dans la mer, nagent juqu'au large jusqu'à expérimenter le goût salé de la mort puis reviennent et recommencent. Quelques années plus tard, ils se procurent des guitares rouillées et les éclaboussent de rouge.

            Russ Kruger dut se prêter à ces jeux sauvages avant de devenir chanteur à cravate, et il a fallu l'animalité morbide de The Atlantics, avec qui il a enregistré le minéral "Keep me satisfied", pour le remettre sur le chemin inverse. Très caractéristique du son de The Atlantics, ce morceau a la majesté de l'iguane, immobile, qui sent venir l'orage et dont toutes les pores sont ouvertes aux forces élémentales. Russ Kruger y semble mal à l'aise : il ne sait pas s'il doit se conformer à ses habitudes et sourire aux filles du premier rang, ou prendre un air menaçant. Il en est de toute façon absent, feuille dans la tempête. Paru pendant l'été indien de 1966, après une reprise forcément idiote de "splish splash", ce quarante-cinq tours coïncide exactement avec la consécration épiscopale des évêques Haitiens, qu'on peut voir comme la conséquence directe de cet enregistrement.

 

 

            Cette violence rentrée éclate, on a envie de dire vomit, tant l'opération se fait par à-coups hocquetants, avec "You're driving me insane" de The Missing Links. Voyous de terrain vague, qui comme leur nom l'indique sont absolument perdus, sciés du cordon ombilical d'une famille, d'une culture, d'une existence sociale. En témoigne cette ligne monstrueusement analphabète : "when I kiss your lips you're driving me insane". Il s'agit cependant, dans le rock australien, d'un cas isolé de psychotisme. Contrairement au rockabilly ou aux groupes les plus déments du rock garage américain (songeons à The Bees ou The Cavemen), aucun recul ironique ou psychédélique n'est possible ici : il est difficile d'esquisser un  sourire à l'écoute de ce titre, et s'il pointe quand même, il se fige vite en une grimace bestiale.

           Cette part animale peut également nous rappeler la rudesse white-trash des groupes contemporains texans, mais que l'on se détrompe vite : The Missing Links sont  insoucieux et incapables de faire preuve de la tendresse épisodique qui anime des groupes tels que Kenny and the Kasuals ou The Bad Seeds.

             On est alors tenté de rapprocher cette approche hautement virile du rock avec l'esprit Northwest représenté par The Sonics ou The Wailers. Erreur encore : la première préoccupation des précédents est d'apporter un bon moment au public des salles communales, de perpétuer un esprit festif du rock, hérité de Little Richard et du surf-rock, en le rendant à l'occasion moins futile et plus sombre. Mais on reste tout de même loin des terres australes impossibles :  ainsi ces deux morceaux, "Watch out" de The Id et "Zoom zoom zoom" de The Cam-Pact, qui sont deux essais, disons de frat-rock et de bubblegum. Qui ne donnent aucunement envie de danser ou de s'amuser, mais de tuer de sang froid.

            Incapable de divertir, de chaleur, d'enfance et d'amour, les Australiens sont condamnés... (ici, le texte devient illisible sur quelques lignes)... "Gypsy woman" de The Allusions, où, d'une banale descente d'accord (c'est une reprise de Ricky Nelson) le groupe se jette avec un abandon total, sacrifiant pour cela tout ce qu'il n'a jamais possédé, un sol sous ses pieds."

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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 23:00

Solos ineptes donc géniaux

 

Jeanpop2, en poète primitif qu'il est, a donné la belle part ce soir là aux éruptions lyriques et déréglées que sont les mauvais solos de guitare, d'harmonica ou d'ocarina. M. Poire et M. Becquerel ont honoré cette émission de leur présence irradiante. Une conversation téléphonique s'est établie avec Mac Becquerel en direct de la prison de San Quentin, mais ce dernier ne s'étant pas montré très coopératif, il ne sera pas salué ici. Ne sera pas salué également M. Lesec, définitivement congédié de l'émission depuis qu'il a été trouvé chez lui des disques de "jazz".

 

The Brogues "I ain't no miracle worker"

The Troggs "Wild thing"

The Shyres "Where is love"

John and Gunther "Hey hey babe"

The Beaux Jens "She was mine"

The Thunders "Take me the way I am"

The Morticians "Gonna take a while"

Canterbury Music Festival "Poor man"

Hasil Adkins "Rockin' Robin"

Butch Paulson "Man from mars"

The Last Straws "A woman of gradual decline"

James T. and the workers "That is all"

The Galabooches "It'll never work out"

Af-Tabs "The Broom"

Ween "Never squeal"

Steely Dan "Everyone's gone to the movies"

Tyme "Land of 1000 dances"

John Brown's Bodies "Out of my mind"

The Kinks "Til the end of the day"

Zorba and the Greeks "One and only girl"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire.

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