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19 janvier 2005 3 19 /01 /janvier /2005 23:00

          Dans la petite ville de Donnafugata, les rues ensommeillées abritent certain trésor, distrait de l’histoire et de la terre, propre à ravir l’étranger que le tourisme ne séduit plus. Entre deux façades zébrées par la vigne vierge, la salle de cinéma « Bullshito » murmure son existence, douce comme  celle d’Endymion, l’enfant Dieu. La projection du Cimetière de la Morale, le chef-d’œuvre de Kenji Fukasaku, me convainc d’entrer là où personne ne semble être entré depuis des décennies. Le film commence sans être précédé de réclames ni de hits de variété italienne. Pas même le maître de cérémonie qu’une telle oeuvre exige. Alors la traversée des neuf cercles de l’Enfer est entamée. Notre héros, Ishikawa, sombre méthodiquement dans l’authentique misère de l’homme, je veux parler d’une misère non-chrétienne, que nulle compensation spirituelle ne soulage, qui n’est pas enclose dans quelque frauduleuse dialectique, et dont la fin, c’est-à-dire la mort, est absurdement différée.

 

 

         C’est en quittant la salle que je remarque un spectateur que l’obscurité m’avait auparavant masqué. Son souffle-même, je ne l’avais pas senti. Le spectateur se signale par la beauté d’un geste singulier : en levant la paume de sa main droite, l’homme crispe avec lenteur ses premières phalanges. D’une voix blanche, celui-ci me demande d’approcher. Il est le directeur de la salle et me félicite d’être entré, il espère que la projection m’a plu et me suggère que si le film m’a correctement imprégné, je ne mourrai pas idiot. Il ajoute que j’ai désormais l’obligation métaphysique de mépriser les surgeons filmiques du temps présent. « Naturellement, vous ne pourrez plus adresser la parole à tout le monde. Il en va ainsi pour chaque film que je projette. Un film par an, c’est une fréquence raisonnable pour qui tient compte du pouvoir de distillation psycho-batave (concept-clef de notre directeur) du cinématographe. L’an passé, j’avais choisi L’Innocent de Luchino Visconti. Je n’ai eu qu’un seul visiteur du nom de Sred Sweign, peut-être le connaissez-vous ? ». Je regarde la coupe autoritaire de son nez et, répondant à quelque sollicitation divine, lui dis : « Oh Lorna, what’s wrong with you ? »

         Les traits de son visage se figent. Et pendant que je prends conscience de ma hardiesse, la tristesse des seigneurs se mire dans son œil léonin. « Vous avez deviné… Oui, le martèlement de « Lorna », sa folie grimpante et sans justification, je le perçois encore dans l’histoire d’Ishikawa, dans le crime des héros de Visconti, et dans la vigne vierge de Toscane. Oui, je suis Adrian Lloyd. Le rock’n roll n’a pas survécu à l’année 1966, et j’ai dû changer de matériau. Ma vision du martèlement a été trahie par la nouvelle génération de musiciens. Ces sous-hommes ont cru pouvoir délaisser l’instrument totémique érigé par Bo Diddley et le remplacer par des machines électroniques volées à la NASA avec l’appui des Russes. Le battement sourd et rageur de « Lorna » montrait la voie mais tout le monde s’en est détourné, les drogues psychédéliques ont abruti mes amis, la prétention et le labeur se sont installés et jamais plus on n’entendit parler de vitesse moléculaire, de flux malin et inexorable, qui étaient les maître-mots de notre scène. J’ai chanté « Lorna » au moment où The Benders chantaient « Can’t Tame Me » et The Moguls, « Another Day » : il était alors possible de conjuguer nos talents pour réformer les mœurs musicaux, balayer le jazz qui commençait à porter la toge, en finir avec le folk qui louait l’ivrognerie des pauvres et la sous-industrialisation des campagnes.

 

The Moguls

 

         Nous avions négligé une chose : faute d’avoir fait la connaissance des nababs du lounge-rock new-yorkais, de sympathiser avec The Canterbury Music Festival, The Blades Of Grass ou The Tokens dont nous célébrions les productions, nous ne pûmes repousser la bave psychédélique en utilisant les superbes studios d’enregistrement de New York. Là était notre erreur : ne pas avoir su assez tôt que ces gens que nous admirions pouvaient être nos alliés. Savoir déceler ses alliés, c’est là un art magnifique, le plus grand de tous les arts, et un groupe aussi sublime que The Mystery Trend, échoué à San Francisco (ce n’était plus la ville de Vertigo), mourut lui aussi de ne pas avoir su trouver ses alliés. Les miens me sont apparus à un âge avancé, et c’est eux que j’invoque dans cette petite salle de Donnafugata –ils sont tous cinéastes, parce que l’orgueil et une puissante désillusion m’empêchent  de les reconnaître dans le rock’n roll. Vous pouvez m’en blâmer, mais mon histoire personnelle présente une série d’événements dont la gravité ferait pâlir le plus stoïque d’entre les hommes. »

         J’ai pensé, Jean Pop II, que cette rencontre devait vous être rapportée. Je n’ai pu décider Adrian Lloyd à vous écrire. Amicalement, Jean-Pierre Paul-Poire.

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13 janvier 2005 4 13 /01 /janvier /2005 23:00

C'est au restaurant que le scandale éclata. Tranquillement installé avec des amis, Jeanpop2 savourait son poulet Tandoori quand des gens aux cheveux filasse et aux vêtements tiers-mondistes firent leur entrée avec fracas : des acteurs. Ils s'assirent à une table, déclamèrent des vers assonancés, jonglèrent avec les couverts, puis se mirent en tête de bavasser de sexe avec ostentation.

Jeanpop2 renversa sa table en hurlant de rage et apostropha ainsi cette sinistre bande de saltimbanques :

 

"Rentrez sous terre, pourceaux! Vous n'êtes que du vomi séché de hippie, incrusté depuis trente-cinq ans dans les sanitaires d'un camping de Lozère! Fermez vos gueules et laissez-moi vous dresser l'histoire édifiante de The Mystery Trend comme on dresse une barricade.

San Francisco en 1966 était comme Varsovie en 1938 : l'enfer pointait à l'horizon. Les journées allaient se succéder sous un soleil blanc et quelques animaux perpétuels nommés grateful dead, country joe and the fish ou jefferson airplane, obersturmführers en guenilles, sortiraient bientôt de leurs squats caverneux pour semer les graines du terrifiant totalitarisme hippie.

Dans un coin du tableau, ce groupe qui n'a probablement jamais eu conscience d'habiter à San Francisco, the Mystery Trend, jeunes adultes en chemises, ceintures et imperméables, cheveux plutôt courts et yeux non vitreux. Leurs chansons aussi étaient courtes, bien ordonnées, sans la moindre trace d'improvisation et de débordement démonstratif.

Comme dit Alec Palao, le séminant rééditeur des bandes de The Mystery Trend, ces derniers préféraient les cocktails à l'acide, et Burt Bacharach à Ravi Shankar. Autant dire tout de suite qu'ils portaient en eux le véritable amour que les caniches en robe n'ont même pas réussi à salir. Un amour dignement exclusif et intellectuellement tendre, comme le souligne ce "Mambo for Marion" (à l'heure des dédicaces creuses telles "waltz for lumumba" ou "song for frisco"), beau comme un geste hésitant du jeune James Stewart. On ne chante pas ici un peuple ou une ville (une agrégation) mais une femme, fille, amante ou mère, soit un individu, véritable destinataire de l'amour qui le contient tout entier.

Ce groupe incapable de jammer, propre de toute drogue, désengagé, est également incapable de débordement : leur musique, d'apparence pâle et lisse, raide mais pas toujours solide, a finalement davantage la sophistication d'une production new-yorkaise, mais sans en avoir l'aplomb, comme en témoigne le très beau "There it happened again", qui ressemble à une chanson de Frank Sinatra jouée à l'heure du petit déjeuner, alors que le ventre est encore vide et les sens encore engourdis.

Et c'est en hommage à ce merveilleux groupe de la lumière et de la mesure, appolinien à une époque salement dionysiaque, que je m'en vais maintenant vous briser les côtes."

 

Ainsi fît Jeanpop2, et il fît bien, vite et proprement.

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12 janvier 2005 3 12 /01 /janvier /2005 23:00

Cellule de crise: sauvons la dignité de Mac Becquerel

Le cousin de M. Becquerel, Mac, est toujours incarcéré dans la prison de San Quentin, où il subit le pire des déshonneurs en échange d'une protection douteuse. Nous lui avons dédié cette émission, entièrement composée de morceaux de la plus sûre virilité, afin de lui montrer notre soutien et relever sa dignité d'homme. Mac, un jour tu pourras à nouveau t'asseoir.

 

The Sonics "Cinderella"

The Pretty Things "Buzz the jerk"

The Sorrows "Let me in"

The Ranger Sound "Ricordami"

The Other Side "Out my light"

Jamo Thoma "Bahama Mama"

Bobby Freeman "I'll never fall in love again"

Kim Fowley "Night of the hunter"

Jades "Little girl"

Ike Turner and Tina "Nutbush city limits"

Del Shannon "Move it on over"

Andre Williams "Watcha gonna do"

Blacktop "Here I am I always am"

Syl Johnson "Ode to soul man"

Kent Meade "Is a bad one"

The Mummies "Die!"

The Deadly Snakes "Closed Casket"

Bunker Hill "The girl can't dance"

Bobby Patterson "Right on Jody"

The Bugs "Slide"

THe Chocolate Watch Band "Don't need your lovin'"

Soledad Brothers "Cadillac hips"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire.

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8 janvier 2005 6 08 /01 /janvier /2005 23:00

                                                                                      

 A Jean pop II, Marquis de Pompadour,

ami et frère de la connaissance

 

   Il est faux de prétendre, comme beaucoup de romanciers l'ont fait, que notre personne se composerait de plusieurs moi. Si nous voulons réinvestir cette notion d'un contenu, nous devons admettre que le moi est l'unité tant contrastée , tant menacée de toutes nos manifestations. L'erreur de Mrs W. et de M. P. consiste à nier la complexité intrinsèque du moi, comme s'il était raisonnable de réduire celui-ci à une seule attitude vitale. Au contraire, le moi est le résultat de conflits, de dissensions qui, loin de le fragmenter, en assurant la vitalité. Cette obstination à vouloir critiquer la notion de moi s'appuie finalement sur une banalité: nous sommes parfois contradictoires, ce que le sens commun a toujours su. Le moi, analytiquement singulier, serait plutôt la réunion de pôles, dont la soul music nous raconte la lutte fratricide.

 

   Il coexiste en chacun de nous, sans que cela nuise à l'intégrité de notre personnalité, un pôle David Ruffin et un pôle Lee Dorsey. Ces pôles recouvrent chacun une pluralité d'attitudes de vie et de pensée, qu'il faudrait bien sûr détailler, mais nous n'en donnerons ici que les articulations, étant entendu que cet article ne sert que de propédeutique à une nouvelle discipline de l'esprit, dont le nom reste à trouver. Avant de décrire le fonctionnement de ces deux pôles, le lecteur aimerat sans doute que chacun d'eux soit présenté pour lui-même.

   Le pôle David Ruffin est le vecteur de toutes nos pulsions mortifères, il est l'expression moderne de l'Instinct de mort. La flamboyance constitue son ressort, nourrissant un comportemment violent, égocentrique et destructeur: véritable force de frappe, pluie de napalm, le pôle David Ruffin est responsable à la fois de nos désastres et de nos éclats tragiques. Il ne s'agit pas pour autant de le condamner, ni d'apprendre à le museler, parce qu'il peut par ailleurs nous procurer une capacité surhumaine de détestation, et c'est par lui que notre sentimentalité s'exacerbe. On remarquera l'ambivalence, difficile à dissiper, de ce pôle, dont le rendement, chaotique le plus souvent, peut parfois s'avérer immense.

   Le pôle Lee Dorsey nourrit, quant à lui, notre pouvoir d'amabilité et de contentement. Il est une célébration innocente et joyeuse des bienfaits de la vie, un "sourire" d'après Allen Toussaint. Elégance, décontraction et familiarité lui sont dues. Ce pôle explique l'aisance, la confiance, avec lesquelles nous accomplissons nos actions. Si, à la différence du Pôle David Ruffin, le pôle Lee Dorsey ne nous entraîne pas sur les cimes de l'humanité, au moins ce dernier nous confère un équilibre et un sens de la bonté, absents du précédent.

   Le lecteur perspicace aura compris qu'aucun de ces deux pôles, et même dans leurs échanges, ne saurait justifier la création. C'est qu'il manque à notre description la notion de fluide Sly Stone. Le fluide Sly Stone circule entre les pôles et de cette circulation naît l'énergie de la création. Il est une sollicitation permanente de la force des pôles David Ruffin et Lee Dorsey. Quand le fluide parvient à stabiliser son rythme, dans une économie idéale de forces polaires, il peut donner lieu aux plus magnifiques créations, dont le parangon est justement Sly Stone. Seulement, il arrive que le fluide Sly Stone s'investisse tout entier dans un pôle particulier, dans lequel il ne peut de toute façon demeurer à loisir, et nous observons, alors que telle attitude vitale, impossible à tenir dans la réalité parce que trop éprouvante, prend miraculeusement forme. D'où l'existence du type Marvin Gaye, investissement total du fluide Sly Stone dans le pôle David Ruffin, et le type Curtis Mayfield, investissement total du fluide Sly Stone dans le pôle Lee Dorsey. Les irrégularités de la circulation fluidique permettent aussi bien d'autres genres de création, qui donneront lieu à des cas, tel le cas Betty Harris, le cas James Carr ou bien le cas Bobby Freeman, tous remarquables du fait qu'en elles-mêmes, les irrégularités ont atteint à chaque fois des zones privilégiées des deux pôles: il en résulte (qu'on pense au cas Betty Harris) une oeuvre peu cohérente, alliant les registres les plus opposés, mais toujours infaillible dans son excellence. Signalons enfin la possibilité  d'un dysfonctionnement, imputable au fluide Sly Stone lorsque celui-ci n'irrigue plus les pôles David Ruffin et Lee Dorsey mais se dépense lui-même en tant que force de vie. Quand le fluide se prend pour objet, soit la création se vide de tout sens pour aboutir au déchet (dégénérescence Parliament) soit le fluide est suffisamment bouillonant pour susciter une création singulière et fascinante (faculté Andre Williams).

 

   Nous espérons ainsi contribuer à l'essor de la science psychologique, convaincus de son importance pour un projet de paix universelle et aussi de sa nécessité dans la perpétuation de l'espèce humaine.

 

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5 janvier 2005 3 05 /01 /janvier /2005 23:00

Problèmes de famille

 

Jeanpop2 a beau être un défenseur de la famille et des traditions, il n'en pas pour autant inconscient des nombreux secrets d'alcôve sales qui ternissent l'intimité de certains chanteurs. Et c'est en toute pudeur qu'il a, avec ses fidèles sujets, dévoilé le double-sens de certaines de leurs paroles. M. Poire nous a donné une belle leçon de courage en participant à cette émission malgré son récent traumatisme. Bravo.

 

Bo Diddley "Diddley daddy"

Dale Hawkins "Mrs Mergritory's daughter"

The Kinks "Two sisters"

The Beach Boys "I'm bugged at my ol' man"

The Shangri-las "I can never go home anymore"

The Satisfactions "Daddy, you just gotta let him in"

Zakary Thaks "Can you hear your daddy's footsteps"

The Chants RB "Neighbour neighbour"

Les Lutins "Laissez-nous vivre"

Golden Earrings "Daddy buy me a girl"

The Moon "Mothers and fathers"

Sam Cooke "Cousin of mine"

The Wailers "Little sister"

The Cramps "The Mad Daddy"

Half pint and the Fifths "Orphan boy"

Oblivians "Hey Mama look at sis"

The Five Americans "Big cities"

We The People "My brother the man"

Tim Hardin "Last sweet moments"

The Gestures "Run run run"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire.

 

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31 décembre 2004 5 31 /12 /décembre /2004 23:00

Suite à d'anodines remarques de ses comparses, M. Poire, homme susceptible et fier, a tenté de mettre fin à ses jours. Grand bien lui prit d'être novice en ce genre de pratiques. Il est maintenant sain et sauf et recouvre la santé et le moral en Toscane. Jeanpop2 aimerait lui dédier ce poème:

 

Toute fleur n'est que de la nuit

qui feint de s'être rapprochée

 

Mais là d'où son parfum s'élève

je ne puis espérer entrer

c'est pourquoi tant il me trouble

et me fait si longtemps veiller

devant cette porte fermée

 

Toute couleur, toute vie

naît d'où le regard s'arrête

 

Poire,

ce monde n'est que la crête

d'un invisible incendie

 

M. Poire, notre très cher ami

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26 décembre 2004 7 26 /12 /décembre /2004 23:00

Jeanpop2, malade et alité, dicta cette méditation hallucinée à une scripteuse au chignon serré. Enveloppé de draps de satin pourpre, d'humeur plus ombrageuse que jamais.

 

"Seven rooms of gloom: il ne s'agit pas d'une nouvelle d'Edgar Poe, d'un film de Roger Corman ou d'une tranche honteuse de rock gothique, mais d'une chanson de The Four Tops, une des principales locomotives rutilantes de Tamla Motown, la fabuleuse usine où tous les employés étaient noirs, beaux et vêtus de vestes lamées. The Four Tops sont connus pour quelques hits (It's the same old song, Reach out I'll be there...) que d'autres, souvent Français en toute logique, ont sali de leurs mains purulentes. Mais, bien entendu, il n'y avait aucune chance qu'ils touchent à Seven rooms of gloom, puisqu'elle vole bien au-dessus de leurs membres chétifs. Chanson aussi remarquable qu'incroyablement peu remarquée et louée, chef d'oeuvre absolu de l'équipe Holland-Dozier-Holland, leur titre aussi le plus atypique, celui par lequel ils créent une percée, échappent à leur routine, à l'industrie et au calendrier.

Car ce morceau satisfait un fantasme que l'on croyait perdu pour l'inaccompli: celui de soul baroque. Dès les premiers choeurs appuyés par un clavecin squelettique, on a froid comme au contact du marbre, l'air est confiné et la lumière basse ("All the windows are painted black"). S'il y fait froid, c'est aussi que l'espace est vaste: sept chambres vides de présence humaine, peuplées de courants d'air qu'on appelle de manière plus romanesque des fantômes. Cependant la frénésie rythmique et les morsures vocales de Levi Stubbs nous retiennent d'employer à l'égard de cette chanson l'adjectif "hanté". La chanson hantée semble flotter dans les airs comme une menace et si elle gronde, c'est au loin derrière les landes. Son rythme est alangui et elle use volontiers de l'écho et de la réverbération. Elle est aérienne. La chanson possédée est tellurique: elle semble animée de tous ses membres par une présence extérieure, incontrôlable, tel un zombie mu par une force chamanique qui entamerait une danse fiévreuse. Ses mouvements sont syncopés et elle est éléctrique juqu'à la saturation.

Levi Stubbs et Kim Fowley (centre) 

Levi Stubbs est possédé. Asphyxié par la douleur, il vocifère dans l'ombre. Mais on n'est pas possédé que par l'angoisse. La preuve en est avec General Johnson, le génial chanteur de Chairmen of the board, groupe fréquemment comparé aux Four Tops pour sa collaboration avec Holland-Dozier-Holland. Cependant, le génie de General Johnson se situe de l'autre côté du spectre: s'il est possédé, comme dans Working on a building of love, c'est par une euphorie dévorante, une joie démente qui se révèle finalement aussi effroyable que la rage aveugle de Levi Stubbs. Quel que soit le sentiment qui l'anime, le possédé le porte au plus haut point, et tel James Cagney à la fin de White Heat, il coupe les ponts avec tout commerce humain pour devenir lui-même incandescent jusqu'à brûler la pellicule.

Je suis fatigué maintenant. Faites taire les chats qui se bagarrent dans le couloir. Je ne suis là pour personne. Ce matin, j'interdis au soleil de se lever." 

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24 décembre 2004 5 24 /12 /décembre /2004 23:00

Chansons engagées (hahaha)

 

Le ton était donné: faisant fi de l'euphorie inconsciente et générale qui caractérise toutes fins d'années, Jeanpop2 et Jean-Pierre-Paul Poire prouvèrent une fois pour toutes qu'ils sont des citoyens du monde et respectent les bêtes à poil. M. Becquerel, du fait de son mauvais comportement lors de l'émission précédente, fut privé d'antenne.

 

Terry Randall "Sos"

The Standells "Riot on sunset strip"

The Music Machine "The eagle never hunts the fly"

The Yo yo's "Crack in my wall"

The Cool Sounds "Where do we go from here"

Los Chijuas "En su barrio"

The Hoochie Coochies "I'm a boy"

Ray Scott "The Prayer"

The Spiders "Mr Tax"

RL Burnside "Tojo told Hitler"

The Hunters "Russian spy and I"

The Perpetuated Spirits of Turpentine "I'm a double naught spy"

The Sloths "Makin' love"

The Shaynes "From my window"

Curtis Mayfield "To be invisible"

Phil Ochs "Cross my heart"

Sermon de Jeanpop2

The Bagdads "Green power"

Guitar Wolf "After school thunder"

Neil Young "Love in mind"

Montage "Grand pianist"

Of Montreal "Rose Robert"

John Lennon "I found out"

The Beach Boys "Disney girls (1957)"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire.

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16 décembre 2004 4 16 /12 /décembre /2004 23:00

Even squares can dance! Those two guys are getting wild and hot! And if you girls see them in your neighbourhood, give'em oral sex or die ! 

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16 décembre 2004 4 16 /12 /décembre /2004 23:00

Jeanpop2 et les relations entre sexes

 

Dans ce deuxième volet, la doctrine sexuelle, sentimentale et domestique de Jean Pop 2 fut abordée et discutée dans ses plus secrets replis. Comme précédemment, la tentation est grande de rabaisser cette doctrine à un traditionnalisme moribond, mais il apparaît très vite que ses dimensions et enjeux sont multiples, et réclament une classification ferme.

 

L. : Couderc me suggérait que Jean Pop 2, s'il était au fait des méthodes contraceptives et des maladies vénériennes, n'en perpétuait pas moins une pensée du sexe idéaliste et irresponsable.

B. : Le sexe ne constitue qu'une faible part de cette pensée, et je souhaiterais qu'au préalable, nous en présentions les axes principaux.

P. : Pour m'être longtemps penché sur le problème, j'en distingue trois dont l'importance s'avère égale dans le système entier. Le premier axe, qui inscrit Jean Pop 2 à la fois dans une filiation sensible de type Samuel Richardson et dans une filiation romantique doublement représentée par Maturin et André Breton, est l'axe du sentiment. Emerveillement pudique, aux frontières de la magie.

B. : C'est, je crois, dans ce cadre que d'une part, The Dovers, et d'autre part, The Music Machine, jouent un rôle de référent. Il n'est pas rare d'entendre Jean Pop 2 louer la beauté d'une femme en la comparant à une chanson de The Dovers. Que veut-il dire par là ?

C. : Jean Pop 2 dissimule mal sa tendance au satyrianisme.

P. : Au-delà d'une technique de séduction, il faut saisir la qualité solaire, hölderlinienne, de cet amour. De là une constellation comprenant Marvin Gaye, Dennis Wilson et Roy Orbison. Comme la musique, la beauté d'une femme est immatérielle ; la blancheur d'un sentiment pur s'y reflète et ressort grandie, finalement et de manière paradoxale -car je vous rappelle que la beauté n'existe pas- de son propre pouvoir d'auto-exaltation. D'où l'ivresse et le pathétique de cet amour, lorsqu'il s'aperçoit qu'il est issu de lui-même.

C. : Vous êtes en train de nous expliquer que cet amour pourrait naître d'un tas de fumier, pourvu que l'esprit s'y concentre suffisamment.

B. : C'est évidemment une lacune, mais j'y vois le terrible lot d'inconscience propre à chaque amour. En revanche, je comprends fort peu ce qui rattache cette conception romantique du sentiment à l'austérité des principes domestiques de Jean Pop 2.

MM.Poire et Lesec

P. : Si vous m'autorisez à développer ce qui est le deuxième axe, c'est-à-dire la conjugalité, je m'empresserais de préciser que toute la pensée de Jean Pop 2, visant à l'équilibre, cherche à compenser ses aspects déréglés par une rigueur quelque peu maniaque dans d'autres domaines. Gardez à l'esprit que Jean Pop 2 ne soucie pas de s'élever au dessus de l'humanité, mais qu'au contraire, il en exprime le suc. Alors, son approche quasi piétiste de la conjugalité s'explique.

L. : Piétiste ? Qui est Pié ? Cela m'évoque un chef cambodgien...

B. : ...

P. : La dévotion de Jean Pop 2 pour Slim Whitman ou James Stewart a créé chez lui un attachement pour les valeurs pérennes de fidélité, d'éducation, de modestie et de propreté. Deux êtres, que Dieu a réunis, doivent ensemble aller au bout de la route, et il n'est nulle maladie, nul conflit, nulle dispute susceptibles de défaire le lien divin. Comme l'écrit Jean Pop 2, le foyer sera le gardien de ton âme. Les media gauchistes, fémino-homoïstes ont durement reproché à Jean Pop 2 de laisser libre cours à la tyrannie domestique. C'est oublier que Jean Pop 2 compte parmi ses chansons favorites "Stand By Your Man" et qu'il serait le premier à fusiller les maris qui battent leur femme.

B. : Ne pas penser que la vie du foyer nuise à l'épanouissement personnel. C'est une vision naïve, qu'il serait facile de démonter.

C. : Le foyer, c'est également là qu'on s'accouple, non ?

P. : Tout à fait, c'est le troisième axe. Le sexe.

L. : Oui ?

P. : Là encore, plutôt que souscrire au discours dominant qui veut faire du sexe une fête permanente et décontractée, sans non plus reconnaître la vision froide et avilissante des Décadents, Jean Pop 2 poursuit dans une voie originale. La référence aux Jay-Jays est ici fondamentale puisqu'à elle seule, la chanson "I Keep Tryin'" a permis à JeanPop 2 d'envisager une praxis inédite du sexe, qu'il a baptisée le Jeu de l'Ombre et de la Proie, ou l'Art de la Traque Psycho-Batave.

C. : Est-il besoin d'entourer le sexe de concepts si fantomatiques ? Jean Pop 2 copule comme vous et moi, j'imagine. Il a donc une idée de ce qu'est une décharge d'énergie sexuelle !

P. : Ses pratiques restent un mystère. Il est néanmoins admis que la doctrine sexuelle de Jean Pop 2 relève plus ou moins de la mystique, d'un niveau de conscience accrue. Peut-être est-il malaisé d'en parler en termes discursifs.

L. : C'est une affaire privée, c'est entendu, mais ça doit quand même être du joli.

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