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15 février 2006 3 15 /02 /février /2006 13:01

Richmond, Virginie

5 juillet 1967

 

Randall Webb, je ne vous connais pas davantage que vous me connaissez et partant, je suis convaincu que l’anonymat et l’impopularité dans laquelle nous baignons tous deux ne seront levés, pour chacun de nous, qu’une fois les fils de nos fils morts et oubliés. Cependant je vous écris car j’ai lu avec beaucoup de plaisir, que dis-je : d’enthousiasme, les modestes plaquettes traitant de votre Etat natal, le Texas, et de son incomparable scène musicale par vous qualifiée de « Psycho-batave ». Il m’a semblé que vous seriez l’interlocuteur idéal sur un problème précis, qui ne m’a pas laissé en paix depuis un an. J’avoue ne pas bien saisir ce que vous entendez par « Psycho-batave » et même je ressens quelque gêne lorsque vous en venez à scruter ce motif quasi obsessionnel chez vous de la « maison ». Par-dessus tout, le seul fait que vous éditiez à vos frais, et à toute vitesse, ces opuscules passionnants m’intrigue.

Alors, je crois, vous saurez répondre à mon attente lorsque je vous aurai confié que l’objet de mes méditations est un frère du Texas, disparu l’année dernière, notre cher Bobby Fuller. Vous devez apprendre que je suis étudiant en cinéma et qu’il n’est actuellement pas de meilleur endroit que la faculté de cinéma pour morigéner contre des hippies hédonistes ou contestataires, tout ce qui nous insupporte, vous et moi, et donc pas de meilleur endroit pour fomenter une revanche du goût et de l’intelligence sur la canaille chevelue. Souvent l’art si complet de Bobby Fuller a été l’aiguillon de mes recherches, et pour une raison très spécifique : je comprenais ses chansons comme la formalisation définitive, l’aboutissement d’un style musical épanoui et sûr de sa solidité intrinsèque. Je n’aime pas que telle musique cherche son salut auprès d’une autre musique ou même d’un autre art. Je ne conteste pas d’éventuels brillants résultats obtenus ainsi, mais cela est souvent signe d’un essoufflement et d’une perte d’aura. Vous me demanderez à quoi je juge qu’un art atteint son épanouissement. La réponse est simple : quand le génie est équitablement réparti entre tous les praticiens, qu’il est à portée de main du plus humble. Dans ces périodes généreuses de l’art, il est donné à tous de faire naître une belle création, au point que la notion de talent perd alors momentanément ses droits. Existe-t-il un mauvais roman anglais ou français entre, disons, 1840 et 1870 ? Un mauvais film noir entre 1940 et 1950 ? De même, il n’existait au fond rien de mauvais dans la musique américaine entre 1954 et 1966. Et Bobby Fuller est celui-là même qui a couronné cet âge faste et réjouissant. Il a rassemblé tout ce qui était si superbe chez ses devanciers naturels, au premier rang desquels Buddy Holly bien sûr, en une forme puissante et altière, attestée par « King Of The Wheels », « Don’t Ever Let Me Know », « My True Love » et toutes ses autres compositions. L’infortune et le désarroi ont été le lot de Bobby Fuller, mais aucune de ses chansons ne tremble, toutes ont fière allure et peuvent paraître froides et inhumaines à qui guette l’imperfection qui nous rend tel art familier. Cela est à mettre sur le compte de notre narcissisme, je suppose, que de se sentir offensé par l’absolue perfection. Non, Bobby Fuller ne me plaît pas autant parce qu’il s’associe à des moments de ma vie, au contraire je l’admire pour ce qu’il se place délibérément au-dessus de nos petites affaires, parce que son art est toute brillance, à l’image de celui de Roy Orbison. C’est là un autre problème, que nous traiterons ultérieurement : l’humanité de l’art. Pour ce qui m’intéresse aujourd’hui, je souhaiterais que vous, Randall Webb, discutiez mon interprétation de la musique de Bobby Fuller comme une musique de l’accomplissement, de la réalisation parfaite, une musique dont le propos serait de clore avec magnificence une ère de la musique américaine. Comprenez qu’il ne s’agit pas d’un néo-classicisme, qui supposerait une distance, technique ou temporelle, prise avec le modèle, mais des derniers feux du classicisme lui-même. Alors, Randall Webb, considérez-vous Bobby Fuller comme le dernier des Classiques ?

 

                                                                       Marvin Marty

                                     

 

Santa Barbara, Californie

28 octobre 1967

             Monsieur,

             Veuillez pardonner ma réponse tardive mais comme vous le savez si vous lisez mes chroniques, je suis souvent sur la route et passe peu de temps au domicile que vous avez choisi d’honorer de votre lettre, qui est celui de ma mère.

             Je dois vous avouer que votre lettre m’embarrasse un peu : Je n’aime pas m’expliquer sur ce que j’écris, puisque ce que j’ai voulu dire, je l’ai déjà écrit. Ainsi, je me permettrais l’impolitesse de ne pas répondre à vos questions d’ordre terminologique ainsi qu’à celles concernant certains de mes thèmes obsessifs. Concentrons-nous sur le cas Bobby Fuller, voulez-vous ?

             Sa musique m’a effectivement toujours paru arborer la perfection chromée de ces voitures rutilantes qu’il a parfois chantées. Son art est certes brillance comme vous le dîtes, mais pas à l’image de celui de Roy Orbison qui se déploie à la manière de l’océan moiré, et montre autant de scintillement qu’il laisse à deviner d’abysses. Bobby Fuller reste à la surface mais la surélève ; là se trouve la clef de son classicisme en perpétuelle expansion, qui peut alors difficilement passer pour de la froideur chez l’auditeur attentif. Avez-vous entendu le dernier 45 tours de The Kinks, « Autumn almanach », paru il y a quelques semaines ? Vous y entendrez Ray Davies, chanteur émotif et homme de cœur, révéler une mosaïque de tonalités aussi différentes que le sarcasme et la tendresse fraternelle. Ray Davies est l’exemple typique de ce que la critique académique nomme un songwriter, notion qui m’est assez désagréable lorsqu’elle suppose que quiconque ne faisant pas étalage de son moi n’est pas un auteur. Bien entendu tout ceci séparera pour l’éternité Bobby Fuller de Ray Davies. Vous ne saurez rien du premier, même en disséquant ses textes avec les lunettes cerclées du pédé progressif. Et c’est là que ma pensée rejoins la vôtre : Bobby Fuller n’est pas un auteur au sens européen du terme, mais non seulement le dernier des classiques, aussi le plus efficace d’entre eux, car son classicisme laisse entrevoir un lendemain autre entre le linteau et la porte. Après tout, j’aime aussi lire dans la mort singulière de notre héros : sa mort adolescente, sous le soleil de juillet qui n’a pas la douceur de celui de juin ni l’âpreté de celui d’août, parle pour sa musique. Sa musique est ainsi faite : fidèle à son lignage (Buddy Holly, Everly Brothers, Eddie Cochran), elle semble aussi encourager la descendance illégitime : je lis dans la guitare de corail de The Byrds de « Younger than yesterday » le regard bleu de Bobby Fuller, ainsi que dans le pur enthousiasme de The Dovers, mais aussi dans les rêveries plus lointaines de The Fantastic Dee-Jays. De plus, les dérèglements rythmiques de « Don’t ever let me know », la structure libre et obsessive de « Let her dance », la mélodie nouée de « Never to be forgotten » ne nous permettent-elles pas de voir en Bobby Fuller un précurseur ?

 

          On m’appelle pour dîner, je vous quitte. Sentez-vous libre de me réécrire, si le cœur vous en dit.

 

                                                                                   Randall Web

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11 novembre 2005 5 11 /11 /novembre /2005 23:00

            L’année écoulée fut marquée par l’exhumation de textes majeurs de Randall Webb et de Boulter Lewis, textes dont l’ambition synthétique en même temps que la finesse analytique, sans parler de la vigueur poétique, autorisent à nouveau l’espoir le plus fou de la théorie : rassembler le divers du champ musical en un tableau des possibilités. Webb et Lewis avaient mis en évidence l’existence de qualités spirituelles recherchées par les musiciens. Qu’est-ce qu’une qualité spirituelle ? C’est une certaine combinaison de valeurs morales et esthétiques grâce à laquelle un monde particulier peut naître. Il existe quatre qualités spirituelles : le Psycho-batave, l’Italo-américain, le Vieux loup et le Pédé progressif. A l’occasion d’un voyage dans le Massachussets en juillet 1966, Webb eut la révélation que ces qualités spirituelles n’étaient pas aussi pures au point de ne comporter aucune nuance : ainsi, il découvrit une variété de Psycho-batave que, dans sa candeur, il nomma le Psycho-batave tendre. En termes modernes, nous dirions que ce que Webb comprit alors, c’est que pour se manifester, une qualité spirituelle n’exige pas un seul et même rituel. Plus simplement, on peut atteindre à la même qualité spirituelle par des voies multiples. Ce sont les itinéraires dramatiques empruntés par les musiciens selon leur sensibilité, leur culture ou leurs aptitudes. On en dénombre quatre : le Pat, le Mood, les Couilles (« balls ») et la Toge (« toga »). En croisant les qualités spirituelles et les itinéraires dramatiques, nous obtenons les seize possibilités génériques de la musique. De ce point de vue, certains genres que la critique journalistique a arbitrairement séparés se voient confondus en une seule catégorie : il n’y a, par exemple, aucune différence de nature entre le folk punk et la soul baroque. Ce tableau classificatoire est l’œuvre du centre d’études Psycho-bataves, sa réalisation a demandé une année complète. Nous tenons à renouveler notre dette envers ces défricheurs méconnus que furent Randall Webb et Boulter Lewis, et aussi à remercier Jean Pop 2 pour la largesse philanthropique de ses crédits. That’s right.

 

 

 

   Pédé progressif Vieux loup   Italo-Américain  Psycho-batave
 Toga

 Frisco Acid Shit

Quicksilver Messenger service

 Red Greasy Punk, Chicago white blues

MC5, The Shadows Of Knight

 Deep Soul

James Carr

Pre-Moustache Psych, Maniacs

The Electric Prunes, Joe Meek

 Balls

 Hard-Prog

Deep Purple

 Northwest Stomp

The Sonics

 Stax Sound

Rufus Thomas

Aussie Beat

The Chants R&B

 Mood

 Bearded Bards

Fairport Convention

Urban Folksingers

Tim Hardin 

 Drama Soul, New York Baroque pop

Brooks O'Dell, The Left Banke

New England Garage, Sunrise Pop

The Rising Storm, The Dovers

 

 Pat

 Sunshine Pop

Sagittarius

 East L.A. Pachuco sound

Thee Midnighters

 1966 Motown, New Orleans Soul, Blue-Eyed Soul

David Ruffin, Lee Dorsey, The Young Rascals

Folk Punk, Twisted Soul Music, One-Shot Terrors

The Brogues, Sly And The Family Stone, The Bees

 

Genre

Exemple

Le Centre d'études Psycho-bataves en 1966

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20 août 2005 6 20 /08 /août /2005 22:00

Le 20 08 2005

 

 

«  SALUT CHAPEAU, DISCIPLES DU PAT,

 

 

C’est en tant que récemment promu directeur du bureau 459 du centre d’études psycho-bataves, que je me permettrai de prendre la plume.

 

Je serai bref, efficace et concis. Je me dois de reprendre les choses en main ! Car quand j’entends dire ici et là que le Pat serait une histoire de chevelure ou de tour de taille ou que sais je encore… Ceci devient intolérable, à plus forte raison que le support de diffusion qu’est le blog de sa Majesté JeanPop2 est d’une qualité indiscutable !

 

Donc, pour aller droit au but, il y a ceux qui ont le Pat et ceux qui ne l’ont pas ! Irait-on mettre en doute la négritude des Africains ? Non, et bien il en va de même pour les possesseurs (et non propriétaire) de Pat !  

 

D’autre part, ne croyez pas que ma venue sera accompagnée de réformes en tout genre (il n’est pas à l’ordre du jour que les femmes se voient affublées de Pat). Encore une fois, il y a la Pat liste officielle et l’Anti-Pat liste non moins officielle. Il faudra dorénavant vous y référer scrupuleusement. Car n’oubliez pas, le Pat n’est pas histoire de style ou d’allure, c’est une ATTITUDE !! »

 

 

Keep Da Pat !

 

 

Jean Pat, bureau 459 du centre d’études psycho-bataves.

Jean Pat

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28 juillet 2005 4 28 /07 /juillet /2005 22:00

Lesquels de ces personnages détiennent le Pat?

(Postez vos réponses justifiées de préférence

dans les commentaires en bas de l'article.

De nombreux cadeaux à gagner!)

 

Jeangopoulos

Winston Churchill

Frank Zappa

Vladimir Nabokov

Sky Saxon

Peter Sellers

Pam Grier

Tomas Milian

George Clinton

Buddy Holly

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24 juillet 2005 7 24 /07 /juillet /2005 22:00

 Ils ont le Pat !          

 Ils n'ont pas le Pat...
 Arthur Lee  Jim Morrison
 Claude Simon  Alain Robbe-Grillet
 Sam Peckinpah  Arthur Penn
 Bryan Ferry  David Bowie
 Thomas Bernhard  Hubert Selby Junior
 Jack Nicholson  Dustin Hoffman
 David Ruffin  Otis Redding
 Kleist  Goethe
 Ernst Lubitsch  Jean Renoir
 Michael Jackson  Prince
 Jeanpop2  Radio Campus Orléans
 Théophile Gautier  Charles Baudelaire
 John Turturro  Sean Penn
 Ringo Starr  George Harrisson
 Henri Michaux  André Breton
 Groucho Marx  Charlie Chaplin
 Lee Scratch Perry  Bob Marley
 Nick Tosches  Lester Bangs
 Joao Cesar Monteiro  Woody Allen
 Steely Dan  Sex Pistols
 Chateaubriand  Victor Hugo
 Aki Kaurismaki  Wim Wenders
 Paul Simon  Lou Reed
 Denis Diderot  Jean-Jacques Rousseau
 DJ Connard  Jo Stone
 Warren Oates  Robert Redford
 Mick Jagger  Brian Jones
 Leo Perutz  Franz Kafka
 Jim Jarmush  Pedro Almodovar
 Andre 3000  Will Smith
 Joseph Conrad  Henry James
 Bossa  L'Astrolabe
 Jeff Bridges  Kevin Costner
 Idi Amin Dada  Gandhi
 Grandmaster Flash  LL Cool J
 James Joyce  Marcel Proust
 Ben Gazzara  Serge Gainsbourg
 Iggy Pop  Rob Tyner
 Laurent de Médicis  Napoléon Bonaparte
 Charlton Heston  Michael Moore
 Joe Meek  Syd Barrett
 Potocki  Hoffman
 Michel Piccoli  Pierre Arditi
 Sred Sweign  François Becquerel
 Andy Gibb  Pete Townsend
 Shakespeare  Brecht
 Terry Gilliam  Tim Burton
 Tom Jones  Roky Ericson
 Lampedusa  Moravia
 Cary Grant  Clark Gable
 M. Poire  Henri Mitchell
 Jean-Benoît Puech  Bruce Springsteen
 Roman Polanski  Milos Forman
 Stevenson  Wilkie Collins
Jeangopoulos  Quincy Jones
 Vincent Gallo  Johnny Depp
 Raymond Roussel  Alfred Jarry
 Jules César  Charles de Gaulle
 Jacques Chirac  José Bové
La bande son du Pat :
 
Nick Tosches, Pat master
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2 mai 2005 1 02 /05 /mai /2005 22:00

Folks, si le plus vétuste et le plus légendaire d’entre les styles est aujourd’hui raillé, bafoué, insulté, la faute en revient à la fois à la logique-même de sa maturation, à son irrésistible puissance économique et aux hippies malfaisants et cyniques de l’été 1967. Plus que tout autre, le style italo-américain a nourri son histoire de l’art et de la guerre, il a été un prolongement naturel, dans le domaine musical, de Hollywood et de Broadway, il a réalisé l’utopie d’une Industrie de l’Imaginaire. Comme il en fut pour nos deux précédentes revues, nous diviserons notre étude en 1) contenus 2) formes.

 

 

1. Origine, Références et Valeurs

 

            Le style italo-américain, qui doit à l’Italie une compréhension infinie de ce qu’est la sensibilité et à l’Amérique une connaissance exacte de ce qu’est le pragmatisme, s’est pour la première fois incarné dans le Doo-Wop, genre nocturne et souple, dont les principales figures Billy Ward & The Dominoes, The Marylanders, The Five Royales ou encore The Orioles ont défini avec rigueur et pour toujours l’esthétique italo-américaine. Malgré les différences de forme et de genre, tous les disques italo-américain, enregistrés de 1951 à 1972 (« The Night » de The Four Seasons), souscriront aux règles édictées par le foudroyant « Crying In The Chapel ». Ces règles, que je vais détailler, sont au nombre de trois et toutes s’articulent autour du problème typiquement italo-américain de la réception.

            S’émouvoir comporte de nombreuses nuances qui vont de la lamentation à l’enthousiasme et qui constituent le seul, et vaste sujet du style italo-américain. Lorsque Spencer Wiggins chante, le cœur reprend ses droits, la joie immédiate annihile la faculté de juger : il n’y a pas de protest-song italo-américaine, voilà pourquoi Phil Ochs enregistra Pleasures Of The Harbour. Et pourtant nul n’accusera Spencer Wiggins et Phil Ochs de sombrer dans la mièvrerie, parce qu’il est dans la nature de telles forces de charrier le drame humain dans son ensemble, dans sa complexité, sans le priver d’une seule de ses facettes. Il faut une grande sagesse, que ni l’âge ni le savoir ne permettent d’atteindre, mais que seule la vie entendue non comme la somme d’expériences mais comme le passage répété d’un état à un autre, que seule la vie procure. Le chauffeur de limousine de The Spinal Tap avait raison au sujet de Frank Sinatra : si ces Anglais pédés progressifs savaient combien Frankie a aimé et souffert, ils mesureraient la réelle profondeur de son art. Le récepteur idéal du mood italo-américain dispose d’une idée juste de toutes les variations du sentiment, aussi la joie enfantine de Buddy Holly lui est essentielle au même titre que la tristesse olympienne de Roy Orbison, toutes les deux marquées du sceau de la vie et de la vérité. Le sérieux requis ne doit pas effrayer celui que l’ironie exaspère : ce sérieux procède d’un cœur désenclavé, libre de toute entrave, mais dont la lutte émancipatrice fut jalonnée de mille défaites.

 

 

            Ce point pouvant être illustré par le superbe Comme Un Torrent de Vincente Minnelli, j’avancerai tout de suite au second point, qui retiendra l’attention dégoûtée de plus d’un Vieux Loup. La sentimentalité du style italo-américain ne tourne jamais à quelque pornographie affective en raison de ses impératifs de tenue, hérités de la glorieuse époque du Doo-Wop. Ce souci d’une présentation décente, d’une correction des manières dans la forme et l’écriture musicales a évolué, dans les années 1962/1965, vers un pharaonisme du meilleur goût. En témoignent la vogue des girl groups et plusieurs chefs-d’œuvre de Northern Soul, en particulier le bien nommé « Let It All Out » de The O’Jays. Qu’ont de commun Eddie Whitehead et The Sweet Things ? Le sens du drame et la nécessité de lui donner un tour opératique. Comme dans toute réussite hollywoodienne, le faste porte en lui une culpabilité, ou plus justement une malédiction, qui est un discours sur la grandeur et la misère de l’homme ; alors pouvait résonner dans telle chanson de The Impressions la note italo-américaine, qui n’est pas une note floue, indécidable, comme dans le j***, mais une note pressentie et permise, qui assume le pathétique de l’ensemble. Les odieux huff et gamble n’ont retenu du style italo-américain que l’extrême sophistication de la mise en place, ils en ont perdu le pathétique, en ont chassé le sentiment. Le goût de la réussite a changé de signe : le grand Van McCoy, le grand Brute Force pensaient en terme de réussite humaine et sensible, tandis que huff et gamble couraient après une réussite primaire et bestiale. Yeah folks, tout le destin de la Soul Music s’est joué dans le dévoiement du mood italo-américain. Et il est vrai que ce que nous admirons chez Eddie Whitehead n’est pas étranger à la débâcle de 1972, comme les mieux informés auront remarqué que The O’Jays de 1965 sont devenus en 1972 the o’jays de huff et gamble. Mais dans la discipline des chefs-d’œuvre 1964 du label Goldwax, nous pourrons savourer le style italo-américain, encore loin de rencontrer son destin, la plénitude d’un style que ne travaille pas son démon de la cupidité. Ainsi nous en venons au troisième point, aussi nécessaire que les deux précédents, néanmoins cause du discrédit dans lequel le génie Italo-américain est tombé de nos jours.

            Nous avons posé que la réception expliquait la nature du style Italo-américain, auprès non seulement d’hommes que les expériences ont mûris mais aussi de la famille, ce qui signifie la communauté de buts et d’intentions du style Italo-américain avec le parent obèse de la variété. Puisque le rendement légitime ce genre de production opulente, il devient difficile de ne pas associer les noms fameux de Phil Spector et de Burt Bacharach à la fois aux ravissements Italo-américains et aux mièvreries dont ils ont pu se rendre coupables. La récupération actuelle du style par les pédés progressifs permet d’y voir clair. Le constant souci de ne pas se séparer de l’homme et de ses désirs terrestres, qui a toujours caractérisé l’Italo-américain, trahit une soumission du style à son public ; créer l’esprit plutôt que le saisir dans son libre développement est contraire à la doctrine Italo-américaine, si bien que dans une société intelligente et cultivée, celle de 1964 par exemple, le genre multiplie les réussites tandis que dans une société délétère et HIPPIE comme celle de 1970, la honte s’étale, Carole King se métamorphose en carole king. Evidemment des pôles de résistance apparaissent, tels Bergen White (rencontré il y a quelques mois à Milan, voir Lettre de Lombardie) ou Al Green, mais dans un cas, nous avons affaire à une œuvre anachronique, dans l’autre, il s’agit du point limite d’industrialisation du style Italo-américain à tendance McWellback. Aussi pouvons-nous espérer que le style renaisse à la faveur d’un éveil spirituel des masses, il dépendra d’elles et de leur exigence d’art que l’Italo-américain renoue avec son génie propre.

 

 

 

2. L’Ecriture

 

            Vous l’aurez deviné, l’écriture Italo-américaine tente de concilier deux aspects a priori contradictoires qui sont, d’une part, l’adhésion sentimentale impressioniste et d’autre part, la référence au professionnalisme et à la technique. Pour justifier ce que certains lecteurs percevront comme une aberration, nous insisterons sur le fait que du point de vue Italo-américain, la sentimentalité prouve son authenticité par l’accumulation et la sophistication, ce qui revient à dire qu’on n’honore le sentiment qu’avec force. La nudité émotive, celle des songwriters californiens, est par conséquent un concept imbécile.

            L’emploi des références joue ici un rôle crucial puisqu’écrire comme un Italo-américain, c’est-à-dire comme un Classique sensible, consiste essentiellement à raconter des drames. Mais sans égard pour l’opinion très pédé progressif d’après laquelle l’auditeur d’une chanson ou le spectateur d’un film doit repousser tout effort auctorial de manipulation affective, l’auteur Italo-américain tirera ses effets de manière intrinsèque, par le contenu du récit, et de manière extrinsèque, par l’implication émotionnelle totale. Au fond, le style Italo-américain réfute la théorie de la distanciation. Et pourtant rien ne s’oppose davantage au style Italo-américain que les mignardises de lard von trier ou de ken loch, dont les manipulations présentent le double inconvénient de servir des « idées politiques» et d’ignorer la réserve et la dignité, qui font la grandeur de Frank Capra. Si le concept de manipulation affective est recevable, celui-ci comporte donc des impératifs éthiques et esthétiques : on ne manipule pas pour rien et pas n’importe comment. Il faut placer l’homme devant son humanité et employer pour cela toutes les ressources d’un art du Sublime. Comment appliquer ces considérations à l’écriture d’un article Italo-américain ? Je ne saurais donner de meilleure indication au lecteur que de se référer au programme radiophonique de Jean Pop 2, où l’exercice régulier de la monographie Italo-américaine a acquis ses lettres de noblesse. Là ont été évoqués avec minutie et amour les destins privilégiés de Marvin Gaye, de David Ruffin, de Dennis Wilson et de Roy Orbison. Qu’il soit question de l’un d’entre eux et les séparations entre œuvre et vie deviennent inopérantes, œuvre et vie de l’artiste mais aussi œuvre et vie de l’auditeur, la puissance de l’épanchement et la capacité d’une musique à susciter l’épanchement, voilà les termes d’un discours Italo-américain. Evaluer l’importance de Dennis Wilson, ou bien de The Dovers, comme dans l’expression « Cette fille est une chanson de The Dovers/ Je me sens comme Dennis », consistera donc à en déchiffrer les signes dans la personne de Jean Pop 2, comprendre que certaines images et certains événements ont modelé son cœur, qu’ainsi la logique affective d’un homme peut se fonder sur une poignée de chansons. Pour côtoyer The Great Jean Pop 2, je peux vous affirmer que celui-ci a éclairé le monde sur le génie de Dennis Wilson, grâce à ce que son esprit a retenu comme images et événements parmi la vie de Dennis Wilson, à savoir : la chanson de 1972 « Cuddle Up » et le « Folks » adressé à la foule de Los Angeles en 1983. En mettant en lumière ces deux faits, Jean Pop 2 a fait admettre la validité artistique de l’Instantané Italo-américain, qui renouvelle ou ressuscite le genre sacré de la Pietà. Quoi de plus similaire qu’une représentation de la Vierge qui provoque douleur et pitié et un adieu larmoyant de Dennis Wilson ? Nous retrouvons nos interrogations liminaires sur la nécessité d’une manipulation affective, cette fois nous les complétons par une justification historique.

            Or la religiosité intime à l’Italo-américain ne s’exprime pas dans le secret, ni dans le kitsch contemporain, mais dans la profondeur imaginative du Baroque de la Contre-Réforme. Aussi l’Arrangeur est-il l’architecte principal du style Italo-américain. Par lui adviennent la précision, la richesse et la discipline qui conviennent au genre. N’oubliez jamais de saluer le travail d’équipe dans vos futurs articles : l’Arrangeur, comme Horace Ott dans « You Better Make Up Your Mind » chanté par Brooks O’Dell ou Van McCoy dans le déjà cité « Let It All Out » interprété par The O’Jays. Randall Webb invoquait le Dan de 1976 pour expliquer qu’il fallait s’entourer des meilleurs : sans le savoir, Webb donnait la formule du style Italo-américain, et non du style Psycho-batave. Le formalisme incarne le mauvais démon de cette approche, ne perdez pas de vue que la chanson en tant qu’Idée vaut davantage que les parties qui la composent. La virtuosité instrumentale ne mérite donc pas d’éloge outré, attirez plutôt l’attention sur la manière dont les moyens mis en œuvre servent à la perfection l’Emotion fondamentale, considérez que les talents musicaux sont comme l’hommage dû à la beauté d’une femme brune, hommage forcément intense mais à la mesure de son objet. N’admettez rien dans cet hommage que le temps n’ait pas consacré, la Beauté prisée par l’Italo-américain possède des attributs fixes et intangibles et correspond à un idéal universel et intemporel, alors ne faites pas le malin en trouvant beau ce qui prétend insulter la Beauté, ne soyez pas déviant comme lou ride.

 

 

 

3. Travaux Pratiques

 

Exercice 1

Laquelle de ces propositions, tenue par Sred Sweign, dénote un mood Italo-américain ?

 

a) “ The Night” commence par la solitude du danseur et se termine par le réconfort d’une femme brune, en quoi la séduction précaire du night-club se trouve résumée.

b) “The Night”… Peut-être s’agit-il d’un tournant ou d’une Fin. Je perçois nettement l’irrépressible.

c) « The Night » ressort sous la forme de la variété grand public ce que les Tempts ont accompli en plus sexuel.

d) « The Night » ? 1972 ? Du glam ?

 

 

Exercice 2

Complétez cette proposition par une référence Italo-américaine.

 

Perdre après avoir aimé ou s’efforcer de ne pas s’exposer à la perte en n’aimant point a été le dilemme de …

 

 

Exercice 3

Racontez sur le mode subjectif, en 5 lignes maximum, votre découverte de James Carr, en laissant percer votre fascination pour le son des disques Goldwax.

 

Exercice 4

Expliquez pourquoi l’amour ne sera plus vécu sur le même mode qu’avant depuis la séparation de The Young Rascals. Considérez la Beauté abstraitement et dans son éternité.

 

Exercice 5

Sur le groupe ou chanteur de votre choix, composez votre article Italo-américain !

 

 

 

 

VOTRE MANQUE D’ENTHOUSIASME DEVANT LA QUALITE ET LE SERIEUX DE NOS RECHERCHES MERITE BIEN UNE BORDEE D’INJURES :

 

Tas de Squares ! Sales Hippies ! Acteurs de théâtre ! Tiers-mondistes ! Germanophiles ! Mangeurs de drogues ! Peintres homosexuels modernes !  Bouchers Obèses de Terroir !

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14 avril 2005 4 14 /04 /avril /2005 22:00

Eté 1960 : Joop Oonk et Tjibbe Veeloo (17 et 18 ans), deux étudiants à l'école de danse de La Haye décident de se lancer dans la musique, soutenus par l'approbation totale de leurs parents. Ils rencontrent le guitariste Hans Van Eyck, plus âgé et expérimenté qu'eux, lors d'une virée nocturne où ce dernier les impressionne par sa capacité à rouler des cigarettes d'une seule main. Ils fondent quelques semaines plus tard le groupe Johnny And The Jewels, renforcé de Kees Kranenburg  Jr. à la batterie.

 

1962 : le groupe, se contentant encore de jouer des instrumentaux à la mode, tourne dans les clubs et les salles de province où il apprend à devenir homme en faisant danser de plus en plus jeune que lui. Il y fait également la rencontre du capital, incarné par Herman Batelaan, trentenaire exubérant qui devient leur manager et les rebaptise The Jumping Jewels.

 

Fin 1965 : The Jumping Jewels, invités à l'émission batave "Fanclub" jouent une version explosive de "Dedicated follower of fashion" de The Kinks, qu'ils terminent par une apostrophe au présentateur, Jan Van Gan, qu'ils qualifient de roquet sans imagination et sans savoir, ce qu'il leur vaudra d'être temporairement banni des antennes et définitivement honni par leur manager. En décembre, ce dernier leur intente un procès, leur reprochant d'avoir gardé le nom idiot dont il est l'inventeur. Le groupe devient alors The Jay-Jays.

 

Février 1966 : Hans Van Eyck, jazzman velléitaire, est renvoyé du groupe en raison de son accoitance avec les premiers hippies hollandais. Il est aussitôt remplacé par Leo Bennink, ancien membre de The Black Albinos et de René and The Alligators, guitariste ombrageux choisi pour son mutisme et sa ressemblance avec Buddy Holly.

 

11 Mai 1966 : bouleversés par la vision de "Peter Ibbetson" d'Henry Hathaway, Veeloo et Bennink décident de concert de quitter leur petite amie et composent le soir même "I keep tryin'", qui ne sortira quelques semaines plus tard qu'en face B du 45 tours  "Got love if you want it" à cause d'impératifs commerciaux qui les contraignent à enregistrer une reprise en face A. La réfèrence de ce disque sera JF 333550.

 

 

Début 1967 : lucides, Veeloo et Bennink quittent successivement le groupe. Veeloo ouvre une boutique d'alcools fins et Bennink, après avoir brièvement rejoint The Motions, disparaît de la circulation. Le groupe continue néanmoins à enregistrer quelques 45 tours capillaires avant de s'étrangler d'insignifiance.

 

Fin 1967 : enregistrement simultané du "Friday on my mind" de The Easybeats à Londres (Parlophone A 8234) et du "Seven rooms of gloom" de The Four Tops à Detroit (MS-647).

 

Fin 1969 : Randall Webb se retire des lettres et progressivement du monde.

 

13 Août 1977 : naissance de Sred Sweign à Stockholm.

 

3 septembre 1977 : discours de Michel Piccoli à La Haye, qui se termine par cette phrase : "Et c'est pour ces raisons que je salue le pouvoir créateur du peuple Batave, qui est contraint de s'imaginer ses propres montagnes" Leo Bennink, ému, monte sur l'estrade et serre la main du grand acteur français.

 

2 octobre 1978 : naissance de Jeanpop2 à Téhéran pendant la révolution.

 

7 avril 1980 : naissance de Jean-Pierre-Paul Poire à Genève. Seul évènement positif notable pour la décennie à venir.

 

28 décembre 1983 : mort de Dennis Wilson au large de Marina Del Ray, Californie.

 

1 avril 1984 : mort de Marvin Gaye à Los Angeles, Californie.

 

14 avril 1994 : Jeanpop2 reçoit avec ahurissement le choc combiné de "I keep tryin'" et du "Hey Conductor" de sonny Flaharty and The Mark V (Counterpart 2591/2), qu'il découvre postés de manière anonyme dans sa boîte aux lettres.

 

21 août 1995 : Jeanpop2, lors d'une soirée northern soul à Rome, est ébahi par le spectacle d'un homme en larmes dansant sur le "Come back" (Okeh 7303) de Ken Williams. C'est bien sûr Sred Sweign. Les deux jeunes gens se lient d'amitié et se promettent de ne jamais se dire un seul mot en trop. Ils remarquent également le très jeune et fluet disc-jockey, qui les regarde avec insistance mais a le bon goût de ne pas les aborder frontalement.

 

23 août 1995 : Jeanpop2 reçoit une nouvelle lettre anonyme par laquelle il est sommé de se rendre sous la porte Pia, muni du plus grand disque de tous les temps. Il y est attendu par le DJ de la soirée de l'avant-veille, qui n'est autre que Jean-Pierre-Paul Poire. Ce dernier éclate en sanglots en voyant "I keep tryin'" sous le bras de Jeanpop2, morceau qu'il ne connaît pourtant pas encore mais dont le titre a justement visité ses rêves la nuit précédente. Une immense amitié se lie à nouveau, même si le mystère persiste encore de nos jours : qui est l'auteur du colis?

 

 

DJ Poire s'échauffant avant un set apocalyptique

 

Printemps 2003 : Jeanpop2 et Jean-Pierre-Paul Poire théorisent la vision psycho-batave en hommage à l'immense génie et à la beauté universelle de The Jay-Jays.

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13 avril 2005 3 13 /04 /avril /2005 22:00

Nous adopterons, pour plus de maniabilité, le même plan que précédemment, à savoir : principes, analyse du style et activités. Le vieux loup, bien que succédant immédiatement au pédé progressif, se situe aux antipodes de ce dernier, dont il ne partage ni les références, ni les critères et auquel il peut s’opposer point par point. Cependant, beaucoup parmi nous sommes contradictoires et il est vrai qu’aucun homme ne peut être vieux loup ou psycho-batave jusqu’au bout : nous connaissons des phases qui nous interdisent d’assumer pleinement une seule et même attitude. Les auditeurs de Jean Pop 2 savent bien que celui-ci, qui porte avec panache le style psycho-batave, peut aisément s’adonner au style vieux loup ou pédé progressif, sans que cela, néanmoins, jure avec le fondement psycho-batave de sa personne. Il faut simplement différencier des aspirations profondes et des humeurs superficielles.

 

1. Principes

 

            Le vieux loup se signale par sa dévotion à une certaine tradition du rock’n roll. S’il ne craint pas qu’on l’accuse de conformisme lorsqu’il fait part de son admiration pour Elvis Presley, il échappe à tout reproche de ce genre sitôt passée l’année 1972. Après cette date, il considère d’un œil maussade l’évolution des choses et choisit avec soin les quelques groupes qu’il distinguera. Etrangement, c’est donc en dehors de ses périodes de prédilection que le vieux loup se révèle irascible et exigeant. Fidèle au blues et au beat originel du rock’n roll, tout vieux loup vous dira que ce qui compte, c’est la guitare et le grain. Cela explique à la fois pourquoi certains d’entre eux ont très mal tourné et pourquoi les meilleurs inspirent le respect. Le jeune vieux loup a admiré jimi hendrix et le « zep » ; de là, il est allé puiser dans le blues du Delta, pour enfin remonter aux années 1950, qui est la troisième étape nécessaire de son évolution. La clarté de son parcours lui rend amplement justice : il est un être de grande cohérence, et son rapport à la musique est exempt de toute moralité, comme c’était le cas chez le pédé progressif. Toute sa vie, le vieux loup honorera les Pères parce qu’il est dans sa nature de marquer des filiations. Pour cette raison, la jouissance ultime pour un vieux loup consiste à vous raconter l’Histoire de sa musique, et seule la pudeur l’empêche alors de vous prendre sur ses genoux : comment Howlin’Wolf prépare Johnny Burnette qui prépare Dave Aguilar qui prépare James Williamson, etc. Le vieux loup ne manifeste jamais d’impatience, conscient que l’apprentissage est long ; s’il lui est possible, il parrainera votre groupe pour peu que la musique qu’il joue dégage quelque chose de primitif. Il ne se formalisera pas outre mesure du son que vous adoptez, pourvu que l’on devine l’état d’esprit qui préside : l’état d’esprit du punk-rock. Oui, le punk-rock est un état d’esprit. Cela s’avère assez nécessaire pour justifier le mépris déclaré du vieux loup pour tout ce qui se rapproche d’une ballade, y compris peut-être une ballade de Buddy Holly ou d’Elvis Presley. Sur ce point, le vieux loup se distingue radicalement des trois autres catégories, en ce qu’il exècre toute sentimentalité. La joie, l’ardeur, la violence et la folie sont les seules valeurs à rencontrer son assentiment. Ou bien lorsque le vieux loup vous fait l’éloge d’Otis ou de Johnny Taylor, qui ont pourtant excellé dans le genre de la ballade, il se défend de toute naïveté en invoquant la détresse du peuple noir et autres antiennes. Voulant pousser son côté tough à l’extrême, le vieux loup ne boude jamais son plaisir devant le rock’n roll, à condition que son authenticité ne souffre aucun doute. Pourtant, faute d’une jeunesse exemplaire sur le plan du goût, le vieux loup manque de s’interroger sur son attachement pour des groupes comme the led zeppelin, the cream ou encore the mc5. Chacun sa croix, the mc5 vaut bien the smiths, mais certainement pas The Easybeats.

 

"Michael Jackson is true at heart" Stu Cook des Creedence

 

 2. L’écriture

 

            Le style vieux loup commence lui aussi par des références, que par excès de familiarité il cite sous forme de diminutifs. Vous devrez maîtriser chacun d’eux sous peine de passer pour un pied tendre. Il vous faudra même reconnaître l’existence de musiciens comme jimmy page, eric clapton, ou john mayall, chose délicate, qui cependant n’effraiera pas ceux qui ont volontiers retenu les noms fastidieux de the cure ou the rem. Outre les sobriquets tels que le King pour Elvis Presley ou la Reine pour aretha franklin, il existe ainsi quantité de petits noms, dont je vous livre les plus usités. Prenez garde à les bien prononcer : n’oubliez pas qu’en tant que vieux loup, l’accent est rédhibitoire parce qu’il connote l’affectation. Voici les diminutifs les plus fréquents : le Five (the mc5), les Stouge (The Stooges), les Creedence (Creedence Clearwater Revival), le Zep (the led zeppelin), le Dead (the gratefool dead), les Stone (The Rolling Stones), Otis (Otis Redding), James (James Brown), Sky (Sky Saxon), les Elevators (The Thirteen Floor Elevators), les Dolls (the new york dolls), les Pistols (the sex pistols), les Def (The Def Leppard), etc. Il s’agit là de références célèbres, que vous rencontrerez forcément dans vos lectures vieux loup, mais j’insiste sur le fait que les très nobles vieux loups sont incollables sur l’underground, qu’ils disposent, en particulier pour les années 1977/1982, de noms que même votre auteur ne connaît pas. Ne les embêtez pas sur ce terrain, ils pourraient vous en remontrer.

            Pour ce qui regarde la syntaxe et le type de progression que vous devrez choisir, il faut considérer le fait que la langue du vieux loup combat toute rhétorique, surtout littéraire. La langue employée doit se rapprocher de la langue parlée à l’oral, qui n’est pas la langue de Jean Pop 2, spontanément brillante et poétique. Je vous recommande d’émailler votre écriture de termes argotiques et injurieux ; ils sont l’indicateur de la vie et du courage. Le lexique de la guitare doit être su parfaitement. La syntaxe doit comporter beaucoup de tournures exclamatives ou si elle tente de les modérer, optez pour l’accumulation. Votre lecteur doit avoir l’impression qu’il bavarde avec son aîné : soyez chaleureux et ne ménagez pas votre culture. Si vous vous échauffez, adoptez un ton acariâtre et déversez votre bile sur la variété et la « techno », qui englobe tout ce que le vieux loup déteste et d’une certaine manière, représente pour lui la musique anti-rock’n roll que les jeunes écoutent. Au moins, ce type d’approche grossière permet d’éviter bon nombre de mensonges musicaux : le vieux loup ignore de quoi sont faits les disques de the massive attaque mais il sait intuitivement que cela ne vaut rien. Condamnez sans crainte.

            Un autre aspect, particulièrement retors, doit être traité maintenant. Au contraire des autres, le vieux loup se fait une conception artistique haute du rock. Et cette conception relève de l’académisme, je veux dire par là que pour un psycho-batave, le rock est essentiel mais sur un autre plan que celui de la légitimation. Le plus naïf des vieux loups voudrait que le rock constitue un mode de vie, le plus opposé possible au mode de vie bourgeois, relayant ainsi les anciennes préoccupations de la littérature. La chose est concevable lorsqu’on étudie certaines périodes mais le contenu conceptuel reste vague et ténu ; très souvent, le vieux loup vous entretient de héros disparus dans une langue de martyrologue : un tel est mort d’avoir incarné la passion du rock, tel Jeffrey Lee Pierce au foie perforé. Si les termes ne sont pas chrétiens, ils peuvent devenir sociologiques : le vieux loup voudrait défier la société bourgeoise, qu’il accuse de nourrir les inhibitions affectives de millions de jeunes gens. D’ailleurs, le lexique de la sexualité agressive abonde dans ce qu’il écrit. Bref, le monde attend sa grande libération dionysiaque, créée par le rock. Le fait d’assigner un rôle à la fois critique et providentiel au rock, vécu sur le mode de la passion, signale le vieux loup. Il est le seul à penser en termes de Sens, le seul à envisager des fins dernières, là où le psycho-batave, pourtant attaché à l’idée de Salut, n’entend par là qu’un pouvoir accru d’Expression, augmentant les territoires de l’Imaginaire.

 

Le bras psycho-batave de Rick, du Def 

 

 3. Travaux Pratiques

 

Exercice 1

           

Parmi ces propositions, laquelle peut-on attribuer à un vieux loup ?

a) Bo Diddley a renversé la valeur mortifère de la Répétition

b) Bo a donné au rock sa force érectile

c) Le Diddley Beat fonctionne bien dans un certain genre

d) Bo Diddley est celui qui a injecté de la sorcellerie africaine dans le rock

 

Exercice 2

Complète cette proposition par une référence vieux loup

L’album empile jouissivement les riffs à la…

 

Exercice 3

Vantez les mérites certains du dernier disque de Hipbone Slim en utilisant trois termes argotiques. Expliquez, en adoptant un ton menaçant, pourquoi the motorhead sape les fondements de notre morale judéo-chrétienne (vous devrez citer une référence vieux loup, et la mentionner comme un vieux loup le ferait).

 

Exercice 4

Expliquez en cinq lignes maximum pourquoi le punk-rock est un état d’esprit.

 

Exercice 5

Rédigez votre article vieux loup !

 

N’OUBLIEZ DE NOUS POSTER VOS REPONSES EN COMMENTAIRES. PRIX POUR LES MEILLEURS !

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4 avril 2005 1 04 /04 /avril /2005 22:00

     Ecrire comme un pédé progressif exige un entraînement quotidien tant sur le plan stylistique que sur celui de la méthode. Nous dissocierons, peut-être artificiellement, ces deux aspects le temps d’exposer les principes d’une telle écriture, dont le lecteur vérifiera la validité en se reportant au premier texte sur Buddy Holly. Nous terminerons par une série d’exercices à la difficulté croissante. Notez enfin que nous évoquons le style pédé progressif, et pas la musique pédé progressif, qui dans de nombreux cas reste ignorée des principaux intéressés.

 

1. Valeurs et références/Rapport aux autorités

 

            Un premier élément est la nécessaire dévotion au revival pop en Angleterre, incarné par le groupe the smiths. Comme the smiths ploie tout entier sous la personnalité morbide de leur chanteur morrissey, leurs admirateurs sont bien souvent aveugles à l’indigence sonore de leurs disques, passée l’année 1983. Mais au lieu de discuter la qualité musicale de the smiths, je préfère attirer l’attention sur les conséquences psychologiques de cette adhésion sans réserves. Le thuriféraire de morissey se forge bien rapidement une idée non-musicale, dogmatique, de la pop music. Pour lui, celle-ci doit être claire, littéraire, mélodieuse et surtout pathétique. D’où son goût pour les baladins tristes, tels michel stipe ou nic drake, et même Ian curtis. Evidemment toute joie connote l’abrutissement. Cependant, le pédé progressif, obnubilé par la ville de Manchester, avoue un penchant pour la musique disco de the new order et the happy mondays : il la justifie invariablement par la « mélancolie » qui émanerait de leur variété prolétaire. Ainsi the pet shop boys et the pulp se trouvent aussi rachetés. Bientôt il devient urgent de célébrer les pères, qui appartiennent aux années 1960 et qui seraient pour la plupart « méconnus ». De grands groupes comme The Kinks ou The Left Banke ont été honorés, en raison de leur munificence mélodique et orchestrale. En revanche, des mensonges tels que the velvet underground ou nic drake ont été colportés : les pédés progressifs louent chez eux des qualités morales, des poses esthétiques, mais pas la musique. L’autre repère pour les années 1960 est constitué par The Beach Boys. Encore doit-on limiter The Beach Boys à l’album « Pet Sounds », et élargir pour les plus dogmatiques pédés progressifs à « Smiley Smile », qui fait naître de laborieuses dissertations sur le thème de l’infinitude. Pourquoi ? « Pet Sounds » a été réalisé presque sans le concours des autres membres du groupe, qui tournaient au Japon, patrie de The Spiders. C’est donc l’œuvre d’un génie solitaire, en phase de repli, qui souhaite faire oublier la prétendue frivolité de ses précédents disques. Pour un pédé progressif, Dennis Wilson n’existe tout simplement pas. Le mythe « Pet Sounds » relève également de la mystique de l’en-soi et du pour-soi, telle que la pratique le pédé progressif, qui apprécie qu’un disque douloureux soit enregistré par un groupe apparemment niais. De même, le cinéaste Jacques Demy qui œuvre dans le plus sentimental des genres, la comédie musicale. Tout pédé progressif est fier de pouvoir déceler dans ce que d’aucuns jugent mièvre, une profondeur insoupçonnée. Ah ! Ah ! le dispensable andré gide l’écrivait à propos de La Bruyère : « Si claire est l’eau de ses bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur ». Tout à fait pédé progressif comme analyse : pas de complexité affichée, pas de simplicité affichée, mais une complexité tapie dans la simplicité.

En vieillissant, le pédé progressif diversifie son approche ; son dogmatisme, qui est, malgré tout, ce qu’il a de meilleur, s’effrite. Soucieux de ne rien perdre du monde qui l’entoure, notre ami se fourvoie dans le piège new-wave/chanson française/musique électronique islandaise/trip-hop viennois/néo-folk WASP. Dans son irrésistible ascension vers la Culture, le pédé progressif ne nourrit plus aucune exigence et c’est là qu’il cesse de nous intéresser. En proie en doute, il revisite l’Histoire mais, hélas, tout le porte à ne privilégier que les très grandes gloires de la radio : il se demande ainsi sérieusement si the carpenters est un excellent groupe (« si claire est l’eau de ses bassins… »), pensant que la question présente un intérêt alors qu’elle n’en a absolument aucun ; il se trouve malin lorsqu’il souligne les mérites irréels de aba et de the 10sissi ; il résume la soul-music à une rivalité Stax/Motown. Laissons-le barboter dans son ironie et son inculture, et avançons dans la connaissance du style pédé progressif.

 

                   biorc allant chercher des provisions, surprise par des papparazzi

 

2. L’écriture : L’emploi des références/Procédés et progression

 

            N’oubliez pas de convoquer les références sus-mentionnées chaque fois que l’occasion se présente. Faire miroiter son savoir, si exigu soit-il, permet d’en dissimuler le caractère lacunaire. Alors n’hésitez pas et gardez à l’esprit que pour un pédé progressif, les équations suivantes prévalent : -velvet underground : groupe mature pour initiés

-         The Kinks : groupe pittoresque d’Angleterre, maître en mélodies

-         The Left Banke : groupe américain intelligent et raffiné

-         Scott Walker : comte Dracula

-         nic drake : poète élégiaque

-         Love : précurseurs de The Pale fountains

Cela devrait suffire pour commencer. Il est possible d’exceller dans le style pédé progressif avec un ensemble de dix références sixties, simplement. Le reste est jeté dans la fondrière du garage-rock, qui comme chaque pédé progressif vous le dira, prépare le mouvement punk londonien de 1977, lui-même annoncé par the new york dolls, le groupe préféré de morrissey –tout se tient. En revanche, et là votre auteur confesse qu’il en sait bien peu sur le sujet, soyez experts dans la new wave, le label 4ad et les disques sarah records : le pédé progressif, au meilleur de sa forme, se souvient de the feelies, the sad lovers and giants et the bradford. N’allez pas jusqu’à les réhabiliter, car ce serait méconnaître la nature essentiellement conservatrice du pédé progressif, qui ne réhabilite que les Grands. Par les temps qui courent, nous vous conseillons de miser sur the cure, groupe du « trauma adolescent ». Quelles seront vos références pour les années 1990 et 2000 ? Sans trop rentrer dans les détails (pour la période 1990/1995, engouement pour le rien acoustique redneck, emblématisé par vic chessnut), vous pouvez tout citer pourvu que ce soit électronique, pensif, invertébré, anti-Bush, modeste, authentique, feutré et comme parfois, il est nécessaire de passer pour un mondain aisé et pas coincé, ouvert d’esprit, montrez que vous aimez la musique de club « hédoniste » (c’est bien le mot) et les beats « acérés et lubriques » du hip-hop… anglais. Voici pour conclure sur ce point 4 noms intouchables : biorc, the rem, the radiohead, bec.

 

tom york de the radiohed 

 

            Quelques procédés d’écriture s’imposent maintenant. Je ferai vite, en me contentant d’indiquer ce qu’il convient de faire, sans le justifier. En ce qui concerne la structure qu’il vous faut adopter, il existe deux règles : déployer en introduction une toile de fond culturelle/ terminer par un trait d’humour ou de poésie. Si vous respectez ces deux règles, vous pouvez alors librement concevoir le reste de votre article. Ne perdez cependant pas de vue qu’un bon disque de pédé progressif est fondé sur un contraste entre l’être et le paraître. Aussi vous devrez à un moment ou un autre articuler une opposition, voire un paradoxe, par exemple opposer la douceur des mélodies à la cruauté des paroles. Ce genre de mélange est prisé par le pédé progressif. Servez-vous de métaphores et de comparaisons, afin de laisser sentir votre bagage littéraire : un tel sera un « cancre », parce qu’il n’enregistre pas ses disques avec les mêmes moyens que fil collins, un autre sera un « savant fou » parce qu’il a brisé l’uniformité d’un rythme… Ensuite, ne mesurez plus votre ardeur et multipliez les hyperboles ironiques : « à l’écoute de pareilles merveilles, on réclame illico la reformation de the velvet underground avec le bassiste de belle et sébastien à la composition ». Vous pouvez aussi, comme dans le premier article sur Buddy Holly, employer dans une même phrase le pronom personnel indéfini, qui donnera une allure de vérité générale à ce que vous écrivez, et le futur de l’indicatif, qui grave dans le marbre votre réaction ou votre jugement : l’effet est typiquement « pédé progressif ». Pour finir, vous devez suggérer que tel album est si riche qu’on n’en finira jamais de l’explorer, que celui-ci ouvre des pistes pour les dix années à venir, bref que ce n’est pas une mince affaire. Voilà tout ce dont vous avez besoin : les travaux pratiques vous attendent.

 

 

3. Travaux pratiques 

 

 

Exercice 1.

 

Parmi ces phrases, laquelle sort de la plume d’un pédé progressif. Justifiez.

a) ce disque marque l’apogée du style doo-wop

b) c’est ainsi et pas autrement

c) le spleen prend d’assaut le dance-floor

d) c’est Marshall à fond

 

Exercice 2

 

Complétez la proposition suivante par une référence de pédé progressif.

 

Depuis …, jamais le songwriting n’avait été poussé si loin dans l’exposition des blessures et des fêlures.

 

Exercice 3

 

Inventez une opposition pour défendre un album solo de guy chadwique ; trouvez un poncif biblique pour encenser le dernier disque de nic cave ; mettez en rapport la musique de the radiohead et leur engagement politique : dites qu’il s’agit d’un « rock politique », et citez des précédents.

 

Exercice 4

 

Donnez 4 qualités pédé progressif de the kills. Imaginez l’ordre dans lequel vous les présenteriez.

 

 

Exercice 5

 

Ecrivez votre article pédé progressif sur le groupe de votre choix (prix pour le meilleur). Bon courage !

 

 

POSTEZ NOUS EN COMMENTAIRE LE RESULTAT DES EXERCICES, EN PARTICULIER L’EXERCICE 5. PROCHAINEMENT, POUR LES PLUS JEUNES, LE STYLE VIEUX LOUP.

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3 avril 2005 7 03 /04 /avril /2005 22:00

Yeah. Nombreux sont les lecteurs qui nous écrivent pour demander de plus amples informations sur les catégories psychologiques révélées par notre test de personnalité. Les définitions alors proposées n’ayant pas étanché votre curiosité, nous donnons à lire les jugements pédé progressif, vieux loup, italo-américain et psycho-batave sur le grand Buddy Holly, chanteur assez fameux pour être connu de nos quatre protagonistes. Nous espérons qu’une parole vive, davantage qu’une abstraction analytique, témoigne de la psychologie de ses locuteurs.

 

Buddy Holly et le pédé progressif

 

            « Buddy Holly, c’est l’Amérique fifties en technicolor, qui pense dans sa majorité que le rock est la musique du diable. Ses chansons évoquent les Buick et les bals de promotion, tout un univers de prospérité et d’innocence dont il faudra attendre David Lynch pour qu’il laisse percer son inquiétante étrangeté. Parce que depuis Blue Velvet, plus moyen de regarder ce monde sans en flairer la pourriture masquée. On sera ainsi saisi de terreur à l’écoute de l’apparemment anodin Everyday, qu’on imagine chanté à tue-tête par un Dennis Hopper fou à lier. Mais Buddy Holly est surtout l’un des inventeurs de la pop, et dans son personnage de frêle escogriffe à montures carrées, on devine l’éclosion future de jonathan richman et de ron sexsmith. Chez lui, comme chez ses héritiers, la tendresse n’est jamais éloignée de la fêlure. Derrière ces mélodies acidulées, ces paroles naïves (lou reed est encore étudiant), les peines de cœur affluent, les drames forment un horizon secret que l’on n’a pas fini de sonder. »

 

Buddy Holly et le vieux loup

 

            « Buddy est un bon gratteux, même s’il n’est pas de la trempe de Link ou de Bo. En revanche, ses chansons sont construites très finement et son interprétation assimile de façon personnelle le style rockabilly. Pourtant Buddy est un cœur tendre et c’est ça, justement, son côté romantique, qui le rend si particulier. Ses ballades vous accompagnent dans les moments difficiles, Buddy est penché sur votre épaule lorsque votre girlfriend s’est barrée, c’est lui qui vous console. Ce mec, que la mort a fauché dans un avion avec Ritchie et comme Otis, plus tard, ce mec en savait long sur la vie. Et puis c’est pas pour rien que Lennon lui a volé son look, que Bobby Fuller lui a emprunté son jeu de guitare : Buddy est un putain de mythe pour les vrais tombeurs. »

 

"Mickael Jackson is a model citizen" Buddy Holly

 

Buddy Holly et l’italo-américain

 

            « Parce qu’elle véhicule une bonne image de la vie, je peux laisser ma femme et mes enfants écouter la musique de Buddy Holly. La clarté et la discipline de ses chansons me rappellent que l’Amérique abritait jadis de formidables ateliers d’écriture, que des jeunes hommes très convenables, aux cheveux courts, aux costumes soignés, s’y trouvaient réunis, animés par un commun professionnalisme et une égale passion pour l’art. Certes Buddy Holly n’a pas triomphé comme Elvis Presley, et son art n’a jamais revêtu les dimensions pharaonesques des chansons de Roy Orbison, le seul connaisseur du cœur humain. Néanmoins, une chanson comme Valley Of Tears, la plus grande jamais chantée par Buddy Holly, condense tout ce qui fait le génie lyrique, en ce que la détresse qu’elle exprime conserve sa dignité. On mesure ce qui sépare l’éducation de Buddy Holly de la nullité crasse  de jeferson airplane. »

 

 

Buddy Holly et le psycho-batave

 

            Buddy Holly a écrit, joué et chanté des chansons courtes, rapides, rythmées par la guitare, peu mais exactement arrangées, habitées par le souffle mélodique, portées par le jeu net et lumineux des instruments, parfois renforcées de chœurs virils, traitant sans ironie de thèmes universels, principalement l’amour. Buddy Holly est un prince.

 

 

 

Yeah. Si les nuances n’apparaissent qu’au prix de grands efforts, nous procèderons avec plaisir à une étude de texte. Pour cela, écrivez-nous afin de nous indiquer les passages problématiques.

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